Adieu l’Amérique et bon vent

Adieu l’Amérique et bon vent

Il est intéressant de constater à quel point l’impérialisme a “réussi” aux Etats-Unis. A la fin de l’année dernière, les Etats-Unis ont été éjectés de l’Irak après avoir dépensé quelques milliers de milliards de dollars pour tuer des centaines de milliers d’Irakiens et d’Américains. Al-Qaeda, qui n’était pas présent en Irak lorsque les Etats-Unis sont arrivés, a récemment effectué des attentats à la bombe qui ont tué des centaines d’Irakiens, principalement des civils. Et suite à l’intervention des Etats-Unis, le plus proche allié de l’Irak est désormais l’Iran, et non les Etats-Unis.

Epouvanté par les excès de l’armée US, le président Afghan Hamid Karzai a réagit, d’abord en exigeant que les soldats US soient confinés dans leurs bases, une mesure qui signifierait que la présence US en Afghanistan pourrait bien prendre fin plus tôt que prévu ainsi que la perte de quelques milliers de milliards de dollars supplémentaires après la mort de quelques dizaines de milliers de soldats de la coalition et de civils afghans. Même si Karzai accepte une présence états-unienne mise sous le contrôle de son propre gouvernement « souverain », la suite des événements est prévisible et il ne manque plus qu’une date définitive d’évacuation. Sans oublier que les Talibans effectueront certainement un retour sous une forme ou sous une autre.

Pendant ce temps, dans le Pakis
tan voisin, le parlement discute sur la fin de la coopération avec les Etats-Unis à cause des campagnes de drones qui se poursuivent et qui, comme prévu, tuent principalement des civils. Le Pakistan possède l’arme nucléaire et de vrais terroristes qui rôdent dans les régions tribales. Le retrait du Pakistan révélera au grand jour le gâchis de ces 11 dernières années, lorsque Washington quittera l’Asie Centrale en laissant derrière elle une situation bien pire que lorsque l’armée US et la CIA sont arrivées.

Comment une grande nation, avec de si vastes ressources en matière de renseignement et de diplomatie, peut-elle être aussi sourde et aveugle ? Un article publié la semaine dernière dans le Washington Post illustre parfaitement la futilité absolue de la politique étrangère de l’administration Obama. L’article commence ainsi :

Le président Obama a prononcé mardi son message annuel au peuple iranien, sur un ton bien plus polémique que d’habitude et dans lequel il a déclaré qu’il chercherait des moyens pour briser la barrière électronique que Téhéran a dressée autour de l’Internet et des autres moyens de communication. « Je veux que le peuple iranien sache que l’Amérique cherche le dialogue pour entendre votre point de vue et comprendre vos aspirations, » a dit Obama lors de la commémoration du Nowruz, le nouvel an perse. « Les Etats-Unis continueront à attirer l’attention sur la barrière électronique qui isole le peuple iranien du reste du monde » a-t-il dit. «  Et nous espérons que d’autres se joindront à nous pour faire avancer cette liberté fondamentale du peuple iranien : la liberté d’échanger les uns avec les autres et avec le reste de l’humanité ». Depuis sa prise de fonction, Obama a profité de ses messages délivrés pour le Nowruz pour s’adresser directement aux Iraniens et tenter de trouver un terrain d’entente entre les Etats-Unis et la République islamique.

Malheureusement, ce n’est pas le peuple iranien qui contrôle la politique étrangère de l’Iran mais son gouvernement. La préoccupation du Président Obama pour leurs aspirations est aussi bidon que son intention de donner un véritable état aux Palestiniens. Est-ce qu’il comprend au moins ce qui se passe en Iran ou est-ce seulement un discours destiné à un auditoire interne ? Et parler de la liberté de l’Internet est d’une hypocrisie insondable car il n’y a pas d’autre pays qui s’ingère plus dans la cyber-espace que les Etats-Unis d’Amérique. Et ce n’est pas un Internet plus libre qui empêchera la guerre, surtout lorsque les Israéliens et le Congrès US semblent décidés à y entrer, quoi que puisse faire l’Iran. En réalité, la Maison Blanche cherche à tout prix à éviter le dialogue avec l’Iran parce qu’Obama a l’intention d’être réélu et il ne veut surtout pas s’attirer les foudres du lobby pro-israélien. Ce qui signifie qu’il ne se passera rien cette année, sauf si Israël décide de passer à l’action. Une situation de « ni guerre, ni paix » est précisément ce que l’administration US recherche.

Qui, à part la bande de conseillers en politique étrangère qui entourent les trois principaux candidats républicains à la présidence, qui tous salivent à l’idée d’une guerre, peut nier que les Etats-Unis sont engagés dans la pente raide du déclin ? Si des états habituellement serviles comme l’Irak et l’Afghanistan trouvent le courage pour envoyer balader Obama, alors n’importe qui en est capable. En fait, tout le monde devrait le faire, en prenant exemple sur les Égyptiens qui ont jeté en prison la bande habituelle de militants du National Endowment for Democracy décidés à importer la démocratie américaine au reste du monde. Le président russe Vladimir Poutine serait d’accord avec les Egyptiens, et se demanderait pourquoi il y a tant d’ONG américains et européens qui sillonnent son pays pour expliquer aux gens quel genre de révolution colorée ils auraient besoin pour le renverser. Apparemment, le reste du monde est en manque de démocratie à la sauce US, si on en croit les justifications d’Eric Holder, ministre de la justice, pour les assassinats de citoyens étrangers et ses explications sur les bienfaits de la guerre par drones interposés. Et il y a aussi la déclaration contenue dans la loi National Defense Authorization Act qui stipule que le monde entier est devenu un champ de bataille et que n’importe qui peut devenir un combattant ennemi. Ou le décret présidentiel qui autorisera le gouvernement à prendre le contrôle de toutes les ressources nationales en cas d’état d’urgence. Et qui décrète l’état d’urgence ? La Maison Blanche, pardi !

Lorsque tout le monde aura enfin compris qu’ils n’ont pas vraiment besoin que ce que l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright a appelé « la nation indispensable » qui « voit loin » , ils pourront enfin se consacrer à faire le ménage chez eux. Un Moyen Orient débarrassé des ingérences de Washington signifierait que les Israéliens et leurs voisins pourraient enfin se parler et établir un modus vivendi. Les Afghans et les Pakistanais seront obligés de trouver une solution. Les Iraniens pourraient même décider que plus personne ne les menace et se débarrasser d’une partie de leur paranoïa. Idem pour les Nord Coréens. Les Américains pourraient enfin retourner faire ce pour quoi ils sont doués : fabriquer des choses, être inventifs, et mener une vie tranquille sans ressentir le besoin d’envahir un pays ou d’imposer leurs diktats à quelques gouvernements par-ci par-là. Ce serait adieu à toutes ces choses inutiles et bon vent l’Amérique – cette fois dans le bon sens du terme.

Philip Giraldi

Article original en anglais : http://original.antiwar.com/giraldi/2012/03/28/good-night-am…

Traduction par VD pour le Grand Soir


Philip Giraldi
est un ancien officier de la CIA et contributeur au magazine The American Conservative et directeur exécutif du Council for the National Interest.

Ancien officier de la CIA, spécialiste en contre-terrorisme. Il s’était distingué en 2005 en révélant les plans de Cheney de préparation d’une attaque nucléaire contre l’Iran. En 2008, il a publié dans le Huffington Post Le retour de Dick Cheney” (traduit par ReOpenNews), une analyse de l’évolution des discours de l’administration US vis-à-vis de l’Iran. Il est aussi l’auteur d’un article retentissant paru dans le journal The American Conservative, “Administration américaine : y aurait-il une pieuvre ?” où, avec la whistleblower (lanceuse d’alerte) Sibel Edmonds, il analysait l’étendue de la corruption au sein du FBI et de l’administration US. Il publie régulièrement sur le site AntiWar.

Articles Par : Philip Giraldi

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