Afrique: Les quatre mesures préconisées par le comité pour l’annulation de la dette (CADTM)

Pour éviter de retomber dans un nouveau processus de réendettement, les pays africains devraient se conformer aux quatre recommandations du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM www.cadtm.org ). A savoir ne plus brader leurs ressources naturelles, renationaliser les entreprises privées, engager une réforme fiscale pour que les riches paient proportionnellement à leurs richesses et rapatrier les biens mal acquis.

Une fois qu’on a des allégements ou effacements de dettes, comment les pays en développement peuvent-ils éviter de retomber dans un nouveau processus de réendettement ?

A cette question, Eric Toussaint, président du Comité pour l’annulation de la dette (Cadtm), propose quatre mesures concrètes. La première de toutes, c’est d’éviter de brader ses ressources naturelles.

‘La plupart des pays en développement, et les pays africains ne font pas exception, bradent leurs ressources naturelles avec les anciens pays colonisateurs. Mais il y a un nouvel acteur qu’est la Chine qui vient avec des conditions moins draconiennes que les anciennes puissances coloniales, mais qui est très gourmand en terme de ressources naturelles. La Chine signe des contrats de dix ans à quinze ans avec garantie de fourniture de volumes extrêmement élevés de ressources naturelles à puiser dans le système’.

Selon M. Toussaint, cela veut dire très concrètement ‘qu’il faut remettre à plat tous les contrats. Et c’est cela que le gouvernement du président Evo Morales qui est venu prendre la parole au Forum social mondial, est venu dire aux participants et c’est ce qu’il a fait chez lui.

Il a renégocié systématiquement tous les contrats avec les transnationales qui exploitent les ressources naturelles. L’effet de cela c’est que la Bolivie a multiplié par cinq ses recettes budgétaires.

C’est-à-dire qu’elle n’a pas eu besoin de financement auprès de la Banque mondiale et du Fmi parce qu’il y avait des recettes en monnaies sonnantes et trébuchantes qui rentraient dans les caisses’.

Le deuxième conseil d’Eric Toussaint aux pays en développement qui veulent échapper à un nouveau cycle d’endettement, c’est de ‘renationaliser les entreprises privatisées à tour de bras’. En troisième lieu, il faut une réforme fiscale.

‘Les politiques fiscales dans les pays en développement, dans les pays africains qui sont largement dictées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, consistent à réduire au minimum les taxes payées par les transnationales sur leur profit, par les riches qui gagnent des revenus élevés.

Et ce que font les gouvernements sur recommandations de la Banque mondiale et du Fonds monétaire, c’est d’augmenter la Taxe sur la valeur ajoutée (Tva) qui est l’impôt le plus impopulaire et le plus injuste’.

Et de citer l’exemple des 80 % des familles sénégalaises qui consacrent 90 % de leurs revenus à la consommation courante et qui paient une Tva de 18 %, tandis que les riches qui consacrent 10 % de leurs revenus mensuels à la consommation, paient 18 %. Mais 18 % sur 10 % fait moins de 2 %. Pour le président du Cadtm, il faut une réforme fiscale pour que les riches paient proportionnellement à leurs richesses.

Last but not least, la quatrième mesure à prendre par les pays africains, c’est, selon toujours Eric Toussaint, de ‘rapatrier les biens mal acquis. Des richesses extrêmement importantes sous la forme de dépôts en liquide ont été déposées dans les banques occidentales pendant des années par les élites africaines.

Nous avons fait le calcul au niveau du Cadtm : rien qu’en dépôt liquide des résidants en Afrique dans les banques du Nord est trois fois le montant de la dette externe totale de l’Afrique qui est 134 milliards de dollars. Vous pouvez trouver cela dans les rapports trimestriels de la Banque des règlements internationaux basée à Bâle, en Suisse’, lance-t-il.

Articles Par : Mamadou Sarr

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