Aucun changement en vue, malheureusement, dans la politique américaine de l’OTAN

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Si le nouveau vice-président des Etats-Unis, Joseph R. Biden, était apparu le 7 février devant la Conférence de Munich sur la sécurité* et avait utilisé sa première apparition sur la scène internationale, qui fut suivie avec grande attention, pour dire ouvertement devant le monde entier: Nous, le gouvernement des Etats-Unis, nous sommes consternés devant les crimes commis par la politique de notre pays causant d’innombrables victimes. Nous ne poursuivrons en aucun cas cette politique. Bien au contraire, nous mettrons tout en œuvre pour réparer les graves injustices commises envers les pays du monde et demander des comptes à toutes les personnes qui ont commis des crimes, quels que soient leur rang et leur nom.

Et si cela avait été présenté correctement et honnêtement, alors Munich aurait été un signal de changement dans le monde. Un tournant, dont l’humanité a tant besoin pour recevoir un bol d’air frais.

Mais comme ce nouveau vice-président n’a pas été dans ce sens, mais a présenté pour l’essentiel les mêmes mensonges destinés à justifier la volonté de domination que le gouvernement précédent, se contentant de présenter une nouvelle tactique («nous adop­tons un ton nouveau», «nous écouterons les autres», «nous causerons avec tout le monde», «nous ne piétinerons plus au vu et au su de tout le monde le droit international, mais au contraire nous nous efforcerons de mettre en place des interprétations utiles de ce droit», «car nous avons besoin de vous autres pour nos objectifs», «nous appelons cela ‹gouvernement global›») et qu’il a de plus amené avec lui Joseph S. Nye, l’idéologue qui a mis en train la perfide «puissance douce» («soft power») et n’a pas exprimé le moindre mot quant à la volonté de domination démesurée et injustifiée du système malfaisant et injustifiable des Etats-Unis dans leur volonté d’exploitation du monde, ainsi le signal de Munich fut tout autre que ce que l’on en attendait:

Nous ne sommes toujours pas prêts à avouer les injustices commises et à marquer un arrêt. Au contraire: nous ne cessons de penser, nous Américains, pris d’un orgueil fou, que notre politique de domination du monde a été couronnée de succès. Toutefois, nous n’y arrivons plus tout seuls. Et nous ne voyons pas pourquoi nous devrions supporter seuls les coûts de notre politique. Les autres, nos «alliés», doivent contribuer nettement davantage à remplir notre trésor et mettre à disposition beaucoup plus de brigands lors de nos expéditions criminelles à travers le monde. Mais c’est nous qui restons le chef!

La chancelière allemande Angela Merkel, dont le rôle, depuis son accession au pouvoir, consiste à jouer, en Europe, la courroie de transmission de la volonté de domination américaine, a déclaré qu’au cours des décennies passées «nous avons pu montrer que nous avançons»; que «les conflits internationaux ne peuvent plus trouver de solution par un pays seul»; que «nous avons besoin les uns des autres»; que, dans ce cas, «l’axe transatlantique [sic!] offre la base de l’architecture de notre sécurité»; que «la conception d’une sécurité en réseau donne la bonne réponse aux défis du XXIe siècle.»

Pour appliquer la politique de domination mondiale il ne suffit plus de se contenter de mettre en marche les armées; il faut de plus «un ensemble de mesures politiques et policières, de politique de développement, pour une part de politique culturelle et puis, bien sûr [sic !], le cas échéant, de forces militaires.»**

Madame Merkel a aussi nommé le pays où il est actuellement le plus urgent d’appliquer la «sécurité en réseau»: l’Afghanistan. Elle s’est exprimée ainsi: «A mon avis, c’est dans la mission en Afghanistan que nous nous sommes le plus rapprochés de notre but.»

Donc, les Afghans devront se soumettre entièrement. Et les tueries quotidiennes devront être renforcées à l’aide de milliers de soldats «alliés» supplémentaires. Parallèlement, on ne cesse de mentir aux populations des pays agresseurs. Le 10 février, même le «Deutschlandfunk» rapportait que des équipages d’hélicoptères des troupes d’occupation avaient récemment terrorisé un village dans le nord de l’Afghanistan, dans le secteur de commandement de la Bundeswehr, laquelle se perd dans des contradictions sans fin.

Une enquête menée par un institut afghan (Afghan Institute for Social and Public Opinion) à la demande des chaînes de télévision ARD, ABC et BBC et publiée récemment, a montré clairement ce que les Afghans pensent des troupes d’occupation: «Sept ans après la chute des Talibans, la majorité des Afghans a perdu l’espoir d’un avenir paisible. Subissant jour après jour la guerre, la violence, la corruption et la pauvreté, la confiance en les Etats-Unis et l’OTAN, qui fut grande au début, s’est transformée en résignation, refus et haine grandissante. […] Après sept ans de guerre, les Afghans tirent un bilan désastreux pour les Etats-Unis et les troupes de l’OTAN. […] De toute façon, les troupes étrangères ne sont plus regardées comme des alliées dans la lutte contre un ennemi commun, mais reconnues de plus en plus comme participant à la misère régnante. De ce fait, une part grandissante du peuple afghan se prononce pour un retrait des USA et de l’OTAN – dans le sud-est où se déroule le gros des combats, ils sont 71% […]. On comprend que personne, dans les provinces de guerre de Kandahar et Helmand, ne soit favorable à un renforcement du contingent de troupes. C’est une situation explosive: car le doublement des effectifs des troupes américaines de 30 000 soldats est actuellement le seul élément concret de la stratégie du président américain Obama.» (cf. «Der Hass auf den Westen wächst», www.tagesschau.de  du 10/2/09)

Kishore Mahbubani, professeur et recteur de l’Ecole Lee Kuan Yew de politiques publiques de l’Université nationale de Singapour, n’a pas eu besoin à Munich de grandes paroles pour mettre le doigt sur la plaie: «Il est paradoxal que le monde pense comme avant, alors qu’il aurait besoin d’une nouvelle pensée concernant la «gouvernance globale» […] Bricoler ne sert à rien […] Nous arrivons à la fin de 200 ans de domination de l’Occident sur l’histoire mondiale. Les nouvelles puissances ne font pas toutes partie de l’Occident. Et pourtant, l’Occident se cramponne pour être sur-représenté dans les institutions internationales. […]

Les grandes puissances qui ont dominé jusqu’à présent ne peuvent plus dicter la politique mondiale comme ce fut le cas aux XIXe et XXe siècles. La majorité de la population du monde ne veut plus être objet de la politique mondiale, mais sujet. Les peuples veulent pouvoir mieux contrôler leur destin, ils ne veulent plus que leurs intérêts soient ignorés.»  

*    Presque tous les discours de la Conférence sur la sécurité peuvent être consultés sur le site Internet de la conférence www.securityconference.de. C’est fort recommandé, du fait qu’on peut y lire ce qui a véritablement été dit, par exemple l’intervention du porte-parole du Parlement iranien, Ali Laridschani, qui fut déformée par beaucoup de médias occidentaux.

**     Le nouveau conseiller à la sécurité des USA, le général James Jones, emboîta le pas à Madame Merkel, citant à Munich le nouveau président des Etats-Unis Obama: pour maîtriser avec succès les défis du XXIe siècle, les USA doivent en intégrer tous les éléments: «Nos forces militaires et notre diplomatie, notre économie et nos services secrets, notre capacité d’imposer le droit, notre influence culturelle et, comme évoqué hier, la force de notre exemple moral, autrement dit: nos valeurs.»


Articles Par : Karl Müller

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