Bush, Clinton et les crimes de l’impérialisme américain en Haïti

L’administration Obama a annoncé que ce serait les ex-présidents Bill Clinton et George W. Bush qui allaient diriger la collecte des fonds destinés aux opérations de secours après le tremblement de terre d’Haïti. Dans son discours radiodiffusé du 16 janvier, Obama a déclaré : « Ces deux leaders sont porteurs d’un message très clair au peuple d’Haïti et au monde. A l’heure du besoin, les Etats-Unis sont unis ».

La nomination de Clinton et Bush a une signification réelle, mais il ne s’agit pas de celle que la Maison Blanche et les médias ont suggéré. En choisissant ses deux prédécesseurs immédiats — ceux qui on déterminé depuis 1993 la politique américaine dans les Caraïbes — Obama montre que la terrible tragédie humaine d’Haïti ne changera rien au rôle prédateur joué par l’impérialisme américain dans ce pays semi colonial et appauvri.

Clinton et Bush ont été, pendant huit années chacun, directement et au plus haut point impliqués dans une suite de machinations politiques et d’interventions militaires qui ont principalement contribué à perpétuer la pauvreté, l’arriération et la répression en Haïti et qui ont profondément amplifié le désastre ayant frappé ce pays la semaine dernière. Tous deux ont le sang d’ouvriers et de paysans haïtiens sur les mains.

Clinton est arrivé au pouvoir immédiatement après le coup d’Etat militaire qui a chassé du pouvoir le premier président démocratiquement élu d’Haïti, le prêtre populiste Jean-Bertrand Aristide. Ce coup d’Etat fut appuyé par l’administration de Bush père, qui considérait Aristide comme trop radical, indésirable et potentiellement dangereux.

La nouvelle administration démocrate introduisit un changement de tactique politique. Clinton imposa à la junte haïtienne des sanctions économiques qui détruisirent les industries d’exportations commençantes d’Haïti, puis il envoya – pour la troisième fois au cours du vingtième siècle – les Marines dans le pays afin de forcer le Général Raoul Cedras, le chef de la junte, à partir. Les Etats-Unis rétablirent Aristide à la présidence après qu’il ait donné l’assurance qu’il ne ferait rien pour braver la domination de Washington où celle de l’élite haïtienne et qu’il quitterait ses fonctions en 1996 sans chercher une réélection.

Après qu’Aristide, obéissant, ait quitté ses fonctions au moment prévu, c’est René Préval qui lui succéda, passant le premier de ses mandats (1996 à 2001) à mettre en oeuvre les diktats du « programme d’ajustement structurel » du Fonds monétaire international qui détruisit l’emploi, imposa des coupes dans les services publics et ruina les producteurs de riz d’Haïti.

Lorsque le parti d’Aristide, Fanmi Lavalas, remporta une nette victoire aux élections parlementaires de mai 2000, l’administration Clinton et le Congrès contrôlé par les Républicains refusèrent d’accepter le résultat de l’élection et supprimèrent l’aide américaine. Aristide lui-même retourna à la présidence après une large victoire à l’élection présidentielle de novembre 2000, seulement pour trouver devant lui un ennemi irréductible : l’administration Bush nouvellement élue aux Etats-Unis.

Haïti fut systématiquement affamée pendant trois ans par la suppression de l’aide américaine et par les mesures prises par l’administration Bush afin de bloquer l’aide internationale et d’isoler le gouvernement Aristide. Pour finir, en février 2004, sur fond de mouvements de protestation fomentés par l’élite dirigeante haïtienne, soutenue en secret par les Etats-Unis, l’armée américaine intervint de nouveau dans le pays, se saisissant d’Aristide et le conduisant hors du pays en exil.

Les Marines donnèrent le contrôle du pays à une force de maintien de la paix des Nations unies dont le Brésil fournit le plus important contingent. Cette force soutint toute une suite de premiers ministres haïtiens non élus jusqu’à l’élection de 2006 d’où furent seuls largement exclus les candidats de Fanmi Lavalas. René Préval fut alors élu président pour la seconde fois, son mandat devant se terminer à la fin de cette année. Jadis partisan et, selon ses propres dires, « jumeau » politique d’Aristide, Préval a depuis longtemps fait la paix tant avec Washington qu’avec l’élite haïtienne et son second mandat s’est caractérisé par une obéissance servile vis-à-vis des injonctions économiques de Wall Street et du Fond monétaire international.

Pendant les administrations Clinton et Bush, l’exigence américaine d’adhésion à la politique d’austérité du FMI s’accompagna d’un programme virulent de répression des Haïtiens fuyant leur pays natal afin de chercher refuge et une vie meilleure aux Etats-Unis. Lors de sa première campagne présidentielle, en 1992, Clinton avait critiqué cette persécution et le rapatriement forcé des réfugiés haïtiens, pour ensuite se dédire et poursuivre, sans aucune modification, cette même politique. Pendant dix sept ans – et cela continue sans aucun changement de la part d’Obama – des centaines de réfugiés sont morts dans de petites embarcations essayant d’échapper au blocus des gardes des côtes américains.

Plus récemment, Clinton, nommé envoyé spécial des Nations Unies à Haïti, a soutenu le régime corrompu de Préval et cherché à faire d’Haïti la base d’une industrie du vêtement rentable, contrôlée par les Etats-Unis et fondée sur des salaires proche de la famine. Des émeutes de la faim secouèrent le pays en avril 2008 mais cela n’empêcha pas Préval de bloquer des lois qui auraient augmenté le salaire minimum de 1,72 dollar par jour des ouvriers des usines de vêtements.

Quant à George W. Bush, son choix en tant que codirigeant d’une prétendue campagne humanitaire est une insulte tant au peuple haïtien qu’au peuple américain. Sa nomination par Obama est la continuation des efforts persévérants faits depuis l’élection du président démocrate, elle-même le produit de la haine populaire vis-à-vis de Bush et de son parti, pour réhabiliter les Républicains.

L’accomplissement le plus marquant de Bush (un criminel de guerre impénitent responsable du massacre d’un million d’Irakiens) sur le plan de la politique intérieure est l’échec abject de son gouvernement à empêcher que la Nouvelle Orléans et la côte du Golf du Mexique ne soient ravagées par l’ouragan Katrina, puis à organiser des opérations efficientes de secours et de reconstruction.

C’est là le palmarès des deux hommes sélectionnés par Obama en tant que visages publics de la dernière initiative américaine en Haïti. Durant le week-end, Bush et Clinton firent un certain nombre d’apparitions médiatiques parmi lesquelles des interviews sur les cinq chaînes d’informations télévisées où ils insistèrent sur le besoin de restaurer la « stabilité » en Haïti et sur le rôle important que les Etats-Unis auraient à jouer dans cet effort.

Bush et Clinton incarnent le rôle pernicieux et réactionnaire joué par l’impérialisme américain en Haïti au cours du siècle passé. Il n’est pas exagéré de dire que la politique de leurs administrations ont causé autant de morts et de ravages dans ce pays que le tremblement de terre lui-même.

Article original, WSWS, paru le 18 janvier 2010.

Articles Par : Patrick Martin

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