Comment la CIA contribua en fin de compte à l’exil du Dalaï-lama

Région :

Il est largement admis que le Dalaï-lama s’est enfui du Tibet dès la prise de contrôle de la région par les troupes chinoises. En réalité, neufs ans séparent ces deux événements.

Après la chute de la dynastie chinoise Qing, la légitimité de l’indépendance autoproclamée du Tibet en 1913 ne fut jamais reconnue par aucun pays. Ainsi, dès que la Chine eut réglé le problème de la guerre civile, elle considéra tout naturel de s’attribuer les territoires propriétés d’État des Qing.

Dès la victoire de l’Armée de Libération du Peuple de Chine sur les forces tibétaines, le 7 octobre 1950, Beijing lança une campagne de réintégration du Tibet dans la République Populaire de Chine.

Les États-Unis se sont intéressés à la région en tant que nouveau motif pour s’opposer à la Chine Communiste. Dans son livre “Fighting Dirty: The Inside Story of Covert Operations From Ho Chi Minh to Osama Bin Laden” (Sale combat : Les dessous d’une tradition d’opérations secrètes, de Ho Chi Minh à Oussama Ben Laden), Peter Harclerode déclare : Ils ont promis d’appuyer et de soutenir la résistance tibétaine contre le contrôle communiste et de fournir de l’aide financière aux insurgés tibétains.

Pour le Département d’État étasunien, le Dalaï-lama était plus utile dans l’opposition active à Beijing. C’est pourquoi la CIA a vivement encouragé le leader tibétain à partir en exil dans un État proche, comme l’Inde, Ceylan ou la Thaïlande, pour devenir le symbole de la résistance du Tibet à la Chine Communiste.

En 1951, le 14ème Dalaï-lama, Tenzin Gyatso, avait préféré rester à Lhassa et accepté officiellement « Le Plan en 17 Points » du traité de paix unifiant le Tibet à la République Populaire de Chine.

Trois ans plus tard, le Dalaï-lama était élu vice-président de l’Assemblée Nationale Populaire Chinoise, faisant ainsi son entrée dans le gratin dirigeant de Chine.

En 1956, l’alliance tribale tibétaine « Armée Nationale des défenseurs de la foi » a tenté d’exhorter les habitants à la lutte contre les Chinois et il a été demandé au Dalaï-lama d’accorder son « soutien spirituel et son leadership » à la résistance, ce qu’il a refusé.

L’alliance a néanmoins obtenu l’aide de la CIA, à l’insu du Dalaï-lama. Six Tibétains triés sur le volet ont été formés à l’usage des armes légères, aux destructions, à la pose de mines et au sabotage sur la base militaire étasunienne de l’île de Saipan, afin qu’ils puissent participer à l’opération secrète de la CIA baptisée « Saint Circus. »

En automne 1957, deux de ces tibétains fraîchement formés ont été parachutés au Tibet pour remettre un message secret du gouvernement des États-Unis au Dalaï-Lama, proposant de l’aide au cas où Sa Sainteté la demanderait. Encore une fois, le Dalaï-lama a refusé.

Puis, au début de l’année 1958, des agents de la CIA à Lhassa ont délivré un nouveau message secret des États-Unis, exhortant le Dalaï-lama à faire une demande officielle d’assistance étasunienne, ce qu’il a refusé, en dépit du fait qu’il aurait été soutenu par l’alliance tribale nouvellement formé Chushi Gangdrug (Quatre Fleuves, Six Montagnes). Le Dalaï-lama a toujours fait preuve de cohérence en évitant l’aide étrangère pour épargner à ses compatriotes toute guerre éventuelle avec la Chine, mais il n’a pas réussi.

Le 16 juin 1958, l’aile militaire de Chushi Gangdrug a formé l’Armée des Volontaires de la Défense Nationale, qui a entamé une guerre de révolte à grande échelle un an avant le démarrage du fameux soulèvement tibétain (du 10 mars 1959).

Aussi, en 1958, la CIA a inauguré un nouveau programme de formation pour les futurs guérilleros tibétains. Baptisée « Programme Colorado, » il a duré sept ans à Camp Hale, au voisinage de Butts Field Air Force Base dans le Colorado. Pas moins de 200 Tibétains ont été formés durant ces années. Dans le même temps, la CIA, veillait à ce que les Tibétains soient armés en passant des armes et du matériel pour leurs guérilla.

Au total, de juillet 1959 jusqu’à mai 1960, environ 362 tonnes d’armes, munitions et équipements, ainsi que 85 spécialistes formés à la guérilla, ont été passés au Tibet,

Le Département d’Etat étasunien a fermé définitivement le projet Tibet quinze ans plus tard, quand, en 1974, il a cessé officiellement d’aider le gouvernement tibétain en exil.

À la suite du soulèvement de 1959, le Dalaï-lama s’est enfui en Inde, où il demeure en exil jusqu’à ce jour.

 

Article original en anglais : www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=12804

Traduction : Pétrus Lombard.

Articles Par : Global Research

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