Contre le mauvais usage de l’uranium

Information sur les travaux du World Depleted Uranium Centre

Le Mal
Un homme – c’était encore tout à fait inoffensif –
Expliqua les quanta (entreprise difficile!).
Un second, qui explorait l’univers, étudia la relativité.
Un troisième supposa, encore innocemment,
Que l’uranium recelait un secret.
Un quatrième ne put résister à l’idée
De la fission nucléaire.
Un cinquième – pure activité scientifique –
Déchaîna la force atomique.
Un sixième – également de bonne foi -
Voulut l’exploiter, mais à des fins pacifiques.
Ils étaient tous innocents:
Qui pourrait les condamner individuellement?
Est-ce seulement le septième, qui imagina les bombes,
Le huitième, qui les fabriqua,
Est-ce celui qui les largua
Qui fut le plus nuisible?
On ne mettra jamais la main sur le Diable
Qui était là dès le départ.
Eugen Roth, écrivain (1895–1976)

Résumé

Des dizaines de milliers d’anciens combattants et d’innombrables habitants des régions en proie à la guerre en Irak, en Afghanistan, en Bosnie, au Kosovo ont été irradiés à la suite des opérations militaires.

Bien qu’on n’ait pas utilisé d’armes nucléaires «classiques», soldats et population ont subi une contamination radioactive car les armes modernes antichars et antibunker contiennent de l’uranium appauvri (UA). Cela tient au fait que la masse spécifique élevée de l’uranium leur confère une force de pénétration extrêmement puissante en comparaison de celle des armes constituées d’autres matériaux. C’est pourquoi les munitions à l’UA sont très appréciées des militaires. Et l’industrie nucléaire en profite également car l’UA est un déchet provenant de la fabrication du combustible des centrales nucléaires et de l’uranium destiné aux armes.

Toutefois, lorsque la poussière d’UA est inhalée par l’homme, elle a des effets extrêmement destructeurs. En effet,
•    l’uranium est soluble dans l’eau,
•    chimiquement toxique,
•    et radioactif.

La radioactivité et la toxicité chimique endommagent les cellules et le matériel génétique.
Pendant les opérations militaires en Irak, en Afghanistan, en Bosnie et au Kosovo, des milliers de tonnes de munitions à l’UA ont été tirées et l’UA qu’elles contenaient a été libéré. Les hommes, les animaux et les plantes ont été contaminés et le seront encore longtemps.
•    Au moment de l’impact, les munitions à l’UA dégagent de très fines poussières toxiques et radioactives qui continuent de se propager après les combats.
•    Même lorsque les munitions à l’UA «ne font que» reposer sur le sol, elles se décomposent lentement et leur contenu toxique pénètre dans le sol et la nappe phréatique (solubilité).

Les conséquences dramatiques aussi bien pour les anciens combattants que pour la population des régions ayant subi la guerre sont:
•    des dommages dus à l’irradiation, qui entraînent une quantité de graves maladies;
•    une augmentation des malformations congénitales chez les nouveau-nés et des dommages génétiques qui se transmettent aux générations suivantes.

Mais ce ne sont pas seulement les anciens combattants et la population des régions ayant subi la guerre qui sont touchés. On sait maintenant qu’il faut parler de contamination mondiale.

En effet, il est prouvé que les poussières toxiques et radioactives d’UA se répandent dans l’atmosphère et atteignent les régions éloignées des zones de guerre. En outre, il existe dans de nombreux pays, p. ex. en Allemagne, une série de terrains militaires qui ont été contaminés par l’utilisation de munitions à l’UA.
Pour éviter que l’on continue de polluer la planète, le World Depleted Uranium Centre (WODUC) que je dirige lutte contre la poursuite de l’utilisation civile et militaire de l’UA. Le WODUC est un organisme scientifique sans attaches gouvernementales qui dépend des dons d’individus et d’organisations qui lui sont favorables. Un soutien gouvernemental ou industriel est absolument exclu.

Ce que la science nous apprend sur l’UA

L’uranium est un métal lourd. D’une masse atomique relative généralement de 238, c’est l’élément chimique le plus lourd qui existe à l’état naturel. L’uranium naturel est un mélange de différents isotopes:1 99,3% d’uranium 238, 0,7% d’uranium 235 et 0,006% d’uranium 234. Seul l’isotope 235 est utilisé pour les bombes et le combustible des centrales nucléaires. Pour faire fonctionner une centrale ou faire exploser une bombe nucléaire, l’uranium 235 doit avoir des concentrations plus élevées que l’uranium naturel.

On appelle enrichissement la concentration de l’uranium 235. Le processus d’enrichissement produit des déchets sous forme d’uranium appauvri (UA) qui consistent presque exclusivement d’uranium 238. De 8 kilos d’uranium naturel on tire 1 kilo de combustible de centrale nucléaire et il reste 7 kilos de déchets constitués d’UA. Pour fabriquer une bombe nucléaire, il faut de l’uranium hautement enrichi. Ici, pour 1 kilo d’uranium destiné aux bombes, on obtient environ 100 kilos d’UA, ce qui représente environ 3 millions de tonnes dans le monde entier.

L’UA possède 6 propriétés importantes:
1re propriété: L’UA est extrêmement lourd. Sa densité est de 19,2 g/cm3, si bien qu’il est 1,7 fois plus lourd que le plomb. Il est donc particulièrement indiqué pour les armes antibunker. En outre, il connaît quelque 700 utilisations civiles différentes, notamment celle de contrepoids pour les avions.

2e propriété: L’UA est soluble dans l’eau, si bien que même les restes de munitions à l’UA qui traînent sur le sol sont attaqués par l’eau et l’UA pénètre dans le sol et la nappe phréatique puis, finalement, dans la chaîne alimentaire.

Ainsi, à raison de 3900 tirs à la minute, l’avion de chasse A-10 «Phacochère» disperse dans l’environnement de grandes quantités d’UA. 99% des munitions ratent leur cible et pénètrent dans la terre. Un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) constate qu’en Bosnie, les munitions à l’UA ont, depuis la guerre, perdu 25% de leur poids. Ces 25% sont en route vers nos assiettes (cycle écologique). Le PNUE demande une surveillance de l’eau potable.

3e propriété: L’UA est pyrophore. En pénétrant dans un blindage, un projectile à l’UA provoque d’énormes pressions et dégage des températures très élevées.

L’UA s’enflamme et brûle à 3000° C. A ce moment-là se forment d’une part des particules extrêmement fines d’oxyde d’uranium d’un diamètre de 0,001 à 0,1 µm (c’est-à-dire de 0,001 à 0,1 millionième de mètre) et d’autre part, en raison des températures élevées, tout un cocktail de substances hautement toxiques et cancérogènes qui sont dues à la combustion de l’«intérieur» du blindé touché. Ce cocktail chimique se dépose sur les particules d’oxyde d’uranium.
Les particules de cette taille se comportent comme des gaz, c’est-à-dire qu’elles pénètrent dans notre organisme par l’air inhalé ou la nourriture consommée non seulement à l’endroit où elles se sont formées mais, entraînées par les courants atmosphériques, elles se propagent sur toute la planète. Ainsi, le PNUE a trouvé de l’UA à des endroits où il n’y avait pas eu de combats.

Environ 40% de la poussière d’oxyde d’uranium sont solubles dans l’eau. Le reste est constitué d’UA céramique non soluble dans l’eau. Cet UA céramique est stocké par l’organisme et libère constamment de l’UA qui pénètre dans le métabolisme.

4e et 5 propriétés: L’UA présente une toxicité chimique et radiologique. L’uranium est un élément chimique à deux «visages», à deux propriétés: d’une part la toxicité chimique qui provient de l’enveloppe de l’atome d’uranium et d’autre part sa radioactivité, qui provient du noyau de l’atome (représenté sous la forme d’une petite boule en son milieu).

La toxicité chimique comprend notamment l’atteinte des globules blancs qui provoque une leucémie, celle des globules rouges à la suite du remplacement des molécules de fer dans l’hémoglobine, l’atteinte des cellules nerveuses (une forte proportion d’anciens combattants ont des difficultés à trouver leurs mots et des problèmes de mémoire), des lésions du fœtus, le développement d’une hydrocéphalie chez les adultes. Le syndrome de la guerre du Golfe comprend plusieurs dizaines de tableaux cliniques. Et il ne faut pas oublier que l’UA réduit, paralyse, voire tue la créativité de l’homme.

A tout cela s’ajoute la radiotoxicité de l’UA, c’est-à-dire la toxicité produite par la désintégration des noyaux atomiques et l’émission de particules alpha (radioactivité). Ces particules font l’effet de petits projectiles et peuvent détruire des molécules vitales de l’organisme. L’effet le plus grave des radiations s’exerce sur le matériel génétique: elles peuvent briser des chromosomes et comme la cellule se trompe parfois lors de leur réparation, deux parties peuvent se trouver réunies en position inversée.

6e propriété: l’UA a une demi-vie de quelque 4,5 milliards d’années. Comme nous l’avons déjà dit, l’UA émet un rayonnement alpha provenant de la désintégration des noyaux atomiques. Le problème se résout certes de lui-même, mais après x milliards d’années! En effet, une demi-vie de 4,5 milliards d’années signifie qu’au bout de ce laps de temps, la moitié seulement de tous les atomes d’uranium sont désintégrés. L’autre moitié continue d’être radioactive et au bout de 4,5 milliards d’années environ la moitié de cette moitié se sera désintégrée, et ainsi de suite.

Dans les zones gravement contaminées, l’UA extermine durablement toute vie.

Effets de l’utilisation de l’UA sur la santé

Dès que l’UA a pénétré dans l’organisme humain par inhalation, ingestion de nourriture ou par des blessures, il peut développer ses effets toxiques, chimiques et radiologiques. Ainsi les particules inhalées se déposent sur les cellules sanguines et peuvent y pénétrer. Selon un ouvrage publié par l’Armée américaine(!), l’UA peut même remplacer le fer des molécules d’hémoglobine des globules sanguins, qui est très important pour le transport de l’oxygène.

Comme, en définitive, toutes les parties de notre corps sont alimentées par notre sang, l’UA parvient dans les moindres recoins tel un «passager clandestin» et peut provoquer des dégâts de diverses manières. Par exemple:

•    L’UA peut endommager le matériel génétique par son rayonnement radioactif. L’illustration ci-contre schématise ce processus. Dans la partie supérieure, on peut observer la lésion chromosomique provoquée par le rayonnement et la réparation qui s’ensuit. Les êtres vivants possèdent de tels mécanismes réparateurs qui corrigent les dégâts causés au matériel génétique. La plupart du temps, ils fonctionnent correctement.
Mais il arrive qu’ils fassent des erreurs. Cela veut dire que plus les radiations sont fréquentes et plus l’UA est disséminé dans l’organisme, plus les dommages sont fréquents. C’est ce que montre la partie inférieure de l’illustration. Dans ce cas, le défaut de réparation le plus fréquent est la formation d’un chromosome «dicentrique».

Ces erreurs produisent des dommages congénitaux chez les nouveau-nés, notamment un crâne ouvert, une hydrocéphalie, un troisième œil cyclopéen, une absence d’yeux ou de cerveau (anencéphalie), une colonne vertébrale fissurée (spina bifida), une leucémie. Dans les zones de combats, le taux de cancers a augmenté d’environ 350%. Il faut encore mentionner des malformations des membres, par exemple mains ou pieds qui semblent rattachés directement au tronc (dysmélie). Parfois, une main s’est formée à la place d’un pied.2

•    L’UA peut passer la barrière hémato-placentaire, si bien qu’un bébé peut être contaminé déjà pendant la grossesse.
•    L’UA parvient aux neurones par la barrière hémato-encéphalique et y cause des dommages importants. Ainsi, un pourcentage élevé d’anciens combattants de la guerre du Golfe éprouvent des difficultés à trouver leurs mots et ont des problèmes de mémoire. L’irrigation des différentes aires du cerveau est insuffisante.
•    L’UA va envahir la moelle osseuse. C’est là que se forment les globules blancs (leucocytes). Ils sont endommagés peu après la contamination par l’UA, si bien qu’une leucémie se développe en peu de temps.
•    L’UA peut provoquer une hydrocéphalie chez l’adulte. L’auteur de ces lignes connaît personnellement un ancien combattant frappé de cette maladie.
Les anciens combattants manifestent souvent plus de 30 symptômes différents en même temps. Cela dit, il faut également tenir compte des effets nocifs des nombreux vaccins qui leur ont été administrés avant les combats. C’est pourquoi, en plus des maladies que nous venons de mentionner, on observe également:
•    troubles rénaux,
•    troubles circulatoires,
•    troubles hépatiques,
•    ostéoporose,
•    sensibilité au gluten,
•    crises douloureuses,
•    fatigues chroniques,
•    fibromyalgies (la fibromyalgie est une maladie caractérisée par des douleurs rhumatismales dans différentes parties du corps)
•    troubles du sommeil.

La relation entre l’utilisation de l’UA et la survenue de ces maladies a été confirmée par différentes observations et études:
•    Han Kang et al.,3 dans une étude minutieuse portant sur 30 000 anciens combattants de la guerre en Irak, se sont penchés sur les dommages causés aux fœtus et aux nouveau-nés. Dans les familles d’anciens combattants, ils ont découvert un taux significativement plus élevé de fausses couches que dans les familles de soldats n’ayant pas fait la guerre en Irak. Les anciennes combattantes ont également fait état d’un nombre plus élevé de fausses couches. Les cas d’enfants mort-nés et de prématurés avaient tendance à augmenter, de même que la mortalité infantile.
•    Une étude menée après la guerre du Golfe de 1991 dans un hôpital de Bahreïn et portant sur 15 628 civils a révélé une augmentation des avortements spontanés.
•    Le Dr Eva-Maria Hobiger, oncologue autrichienne, qui a beaucoup travaillé dans le sud de l’Irak, nous a rapporté les propos du Dr Mazin Al-Jadiry, spécialiste en oncologie infantile à l’hôpital Al-Mansour de Bagdad: «Dans notre hôpital, nous avons diagnostiqué 150 cas de leucémie lymphoblastique aiguë en 1990. En 2000, il y avait déjà 254 cas. Nos services sont maintenant trop petits pour accueillir tous ces malades.»

Selon le Pr Janan Ghalib Hassan du Maternity-Hospital for Women and Children de Bassora, «l’incidence (nombre de nouveaux cas) des leucémies infantiles a doublé entre 1994 et 1998 et entre 1998 et 2000, le taux a quintuplé.»

A Bagdad et à Bassora, les médecins sont unanimes à penser que les chiffres réels sont beaucoup plus élevés car les bédouins ne conduisent pas leurs enfants dans les hôpitaux. La situation en matière de médicaments est catastrophique: aucun cycle de chimiothérapie ne peut être mené à son terme par manque de cytostatiques. 80% des enfants meurent pendant le premier cycle des suites d’hémorragies et d’infections.
•    A Bassora, les femmes redoutent de tomber enceintes. Jusqu’en 1990, avec quelque 12 000 naissances par année, il naissait environ tous les 15 jours un enfant présentant des malformations. Aujourd’hui, avec le même nombre de naissances, il naît 1 à 2 enfants malformés par jour. Les cas sont bien documentés.

On observe de très graves malformations telles que l’absence de cerveau (anencéphalie), un œil unique au milieu du front (cyclopie), des pieds ou des mains qui semblent rattachés directement au tronc (phocomélie), une absence de tête et de membres ou de peau, des becs-de-lièvre, des malformations cardiaques, etc.

On trouvera des photos de ces horribles malformations notamment sur le site www.firethistime.org/extremedeformities.htm  

UA et droit international

Ce chapitre porte sur les conséquences de l’utilisation de l’UA au regard du droit international de la guerre et du droit international humanitaire. Nous citerons des extraits des différents textes juridiques et nous les commenterons en référence à l’utilisation militaire de l’UA.

Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, du 9/12/1948, article 2

«Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel:
a)    Meurtre de membres du groupe;
b)    Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
c)    Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
d)    Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; […]
Commentaires

A propos de a): Lors de la guerre du Golfe de 1991, du moins dans le sud de l’Irak, une partie de la population civile a été tuée par l’UA. Il en va de même pour les guerres en Bosnie, au Kosovo et en Afghanistan.

A propos de b): L’UA a causé jusqu’à aujourd’hui dans les populations civiles irakienne, bosniaque, serbe et afghane des dommages aussi bien physiques que psychiques. Les taux de cancers ont considérablement augmenté de même que les décès dus à ces cancers.

Parallèlement, les bombardements avec des munitions à l’UA et leurs conséquences ont provoqué de graves traumatismes psychiques. Les médias du monde entier en ont parlé et il existe là-dessus des rapports de scientifiques indépendants et de commissions des Nations Unies.

A propos de c): La contamination massive des terres agricoles, en particulier dans le sud de l’Irak à la suite de la guerre de 1991 (et probablement de celle de 2003) a partiellement détruit les bases de l’alimentation de la population. Une partie des zones est interdite d’accès. On a même envisagé l’évacuation de certaines régions du sud de l’Irak. La contamination des eaux entraîne, dans les zones où ont été utilisées des munitions à l’UA, une diminution considérable, voire la perte totale de ressources en eau potable, si bien que l’eau consommée par la population est dangereuse pour la santé.

A long terme, la contamination des nappes phréatiques due à la solubilité dans l’eau de l’uranium est encore plus grave car elle porte atteinte aux cycles écologiques. Il en résulte que les munitions à l’UA sont, le cas échéant, une arme d’extermination.

A propos de d): Les émissions alpha de l’uranium entraînent une augmentation du nombre des cassures de chromosomes. Dans les zones de conflits le taux des nouveau-nés dont le matériel génétique a subi de graves dommages a augmenté de manière significative. Les soldats des troupes alliées de la guerre du Golfe de 1991 donnent naissance depuis lors à un taux significativement plus élevé d’enfants souffrant de malformations congénitales.

Convention sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles, du 10/12/1976, article 1

«1. Chaque Etat partie à la présente Convention s’engage à ne pas utiliser à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles des techniques de modification de l’environnement ayant des effet étendus, durables ou graves, en tant que moyen de causer des destructions, des dommages ou des préjudices à tout autre Etat partie.
2. Chaque Etat partie à la présente Convention s’engage à n’aider, encourager ou inciter aucun Etat, groupe d’Etats ou organisation internationale à mener des activités contraires aux dispositions du paragraphe 1 du présente article.»

Commentaires

A propos de 1): L’UA a été largement répandu sur de vastes zones lors des guerres du Golfe de 1991 et de 2003, en ex-Yougoslavie (Bosnie et Kosovo) et en Afghanistan. Les effets de la contamination ne sont pas limités à ces zones mais ont un caractère global car la poussière d’UA, en raison de la taille infime des particules (entre 0,001 et 0,1 µm) se comporte comme un gaz et se répand dans l’atmosphère de toute la planète.

La demi-vie d’environ 4,5 milliards d’années signifie que les effets se feront sentir beaucoup plus longtemps que l’espérance de vie du genre humain sur Terre. L’UA a de graves effets sur la santé: les atteintes du matériel génétique, les cassures de chromosomes et les troubles rénaux ont été prouvés et ont fait l’objet de publications dans des revues scientifiques.

Le syndrome de la guerre du Golfe (comme en partie également le syndrome du Kosovo), dont il est probable qu’il soit étroitement lié à l’utilisation de l’UA, comprend un nombre considérable d’autres maladies comme la leucémie, l’ostéoporose, la sensibilité au gluten, l’impuissance, les troubles de la mémoire, les difficultés à trouver ses mots, l’incontinence, de même que des troubles des systèmes nerveux, immunitaire et respiratoire, des atteintes sanguines, des atteintes des muscles du squelette, des troubles cutanés, hépatiques, endocrinaux et génétiques.

A propos de 2): Les Etats (ils sont environ 3) qui ont, p. ex. soutenu la guerre du Golfe de 1991 en envoyant des troupes ont violé l’article 1–2.

Convention sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles, du 10/12/1976, article 2

«Aux fins de l’article premier, l’expression «techniques de modification de l’environnement» désigne toute technique ayant pour objet de modifier – grâce à une modification délibérée de processus naturels – la dynamique, la composition ou la structure de la Terre, y compris ses biotes, sa lithosphère, son hydrosphère et son atmosphère, ou l’espace extraatmosphérique.»

Commentaires

L’utilisation de munitions à l’UA entraîne une modification de la composition et de la structure des zones contaminées. Comme cela vaut également pour les usines où elles sont produites, les terrains où elles sont testées, les champs de manœuvres et les lieux d’accidents, les effets sont globaux et touchent les hommes, les plantes et les animaux. Les trois rapports du PNUE sur l’ex-Yougoslavie notamment nous en informent. Etant donné que l’UA est soluble dans l’eau et qu’il se comporte comme un gaz (cf. ci-dessus), ses poussières, qui se forment au moment de sa combustion après l’impact des bombes antibunker, contaminent à la fois la lithosphère (croûte terrestre), l’hydrosphère (totalité des eaux de la planète) et l’atmosphère.

Ajoutons ici qu’on a émis l’hypothèse que des tremblements de terre ont pu être déclenchés par l’explosion de bombes antibunker et d’autres armes explosives.

Protocole additionnel I aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, du 8 juin 1977

Titre III, Section I, Article 35: Règles fondamentales

«1) Dans tout conflit armé, le droit des parties au conflit de choisir les méthodes ou moyens de guerre n’est pas illimité.
2) Il est interdit d’employer des armes, des projectiles et des matières ainsi que des méthodes de guerre de nature à causer des maux superflus.
3) Il est interdit d’utiliser des méthodes ou moyens de guerre qui sont conçus pour causer, ou dont on peut attendre qu’ils causeront, des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel.»

Commentaires

A propos de 1): les Résolutions des Nations Unies 1996/16 (E/CN.4/1997/2) et 1997/36 (E/CN.4/1998/2) déconseillent vivement l’usage de munitions à l
l’UA. Avant le début de la guerre du Golfe de 1991, l’Armée américaine était au courant de la dangerosité de l’UA (rapport scientifique). La décision de recourir à l’UA et non au tungstène revenait à s’arroger le droit illimité de choisir ses moyens de guerre.

A propos de 2): L’utilisation de l’UA dans les munitions et le blindage des chars entraîne des blessures inutiles parce qu’elles pourraient être évitées par un recours au tungstène qui n’est pas radioactif et n’a pas la toxicité chimique de l’UA ou en renonçant totalement aux munitions à l’UA. En raison de sa radioactivité, de sa toxicité et de sa très longue demi-vie, l’UA entraîne des maux superflus qui pourraient être évités en recourant au tungstène ou en renonçant totalement à l’UA.

A propos de 3): Avant l’utilisation de l’UA comme moyen de guerre, l’Armée américaine avait été informée par le rapport d’un organisme scientifique du fait que l’UA causait des dommages graves, étendus et durables à l’environnement.

Titre III, section I, article 36: Armes nouvelles

«Dans l’étude, la mise au point, l’acquisition ou l’adoption d’une nouvelle arme, de nouveaux moyens ou d’une nouvelle méthode de guerre, une haute partie contractante a l’obligation de déterminer si l’emploi en serait interdit, en certaines circonstances ou en toutes circonstances, par les dispositions du présent Protocole ou par toute autre règle du droit international applicable à cette haute partie contractante.»

Commentaires

Une étude des conséquences de l’utilisation des munitions à l’UA et une comparaison directe entre les propriétés de l’UA et celles du tungstène a été effectuée aux Etats-Unis et elle a été publiée, du moins en partie. Malgré l’évidente violation de ce Protocole et d’autres dispositions du droit international, l’UA a été utilisé dans des munitions et d’autres engins de guerre.

Titre IV, Section I, Chapitre I, Article 51: Protection de la population civile

[…]
b) «Des attaques dont on peut attendre qu’elle causent incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil, ou une combinaison de ces pertes et dommages, qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu.»

Commentaires

L’utilisation de l’UA est excessif par rapport à l’avantage concret et direct attendu pour les raisons suivantes:
•    L’uranium 238 – constitué à 99,8 % d’UA – a une demi-vie considérable de quelque 4,5 milliards d’années.
•    L’UA a une haute toxicité chimique prouvée par des publications scientifiques.
•    Il entraîne une augmentation significative des malformations congénitales chez les nouveau-nés, des fausses couches, des mort-nés et des cassures de chromosomes constatées dans les globules blancs (lymphocytes).
•    Il est soluble dans l’eau et en se répandant dans l’environnement via les cycles écologiques, il anéantit ou cause des dommages aux ressources naturelles vitales de la population.

Titre IV, Section I, Chapitre II, Article 54: Protection des biens indispensables à la survie de la population civile

«2) Il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile, tels que les denrées alimentaires et les zones agricoles qui les produisent, les récoltes, le bétail, les installations et réserves d’eau potable et les ouvrages d’irrigation, en vue d’en priver, à raison de leur valeur de subsistance, la population civile ou la partie adverse …»

Commentaires

Notamment pendant les guerres du Golfe de 1991 et de 2003, de même qu’en Bosnie et au Kosovo, des installations d’eau potable ont été détruites ou rendues inutilisables (cf. commentaires de l’article 51 ci-dessus).

Titre IV, Section I, Chapitre II, Article 55: Protection de l’environnement naturel

«1. La guerre sera conduite en veillant à protéger l’environnement naturel contre des dommages étendus, durables et graves. Cette protection inclut l’interdiction d’utiliser des méthodes ou moyens de guerre conçus pour causer ou dont on peut attendre qu’ils causent de tels dommages à l’environnement naturel, compromettant, de ce fait, la santé ou la survie de la population.
2. Les attaques contre l’environnement naturel à titre de représailles sont interdites.»

Commentaires

A propos de 1): L’UA est une arme qui, à long terme, détruit toute vie. (cf. commentaires de l’article 51 ci-dessus)
A propos de 2): La décision des USA d’utiliser l’UA au lieu du tungstène, étant donné la connaissance des propriétés de l’UA que l’on avait au moment de cette décision, constitue une grave violation de l’article 55-2. En ex-Yougoslavie notamment, des usines chimiques ont été bombardées alors qu’elles ne constituaient pas des cibles stratégiques et que l’on connaissait l’énorme potentiel toxique que ces attaques libéraient.

Commentaire complémentaire

Ajoutons que dans une partie des munitions à l’UA, on a décelé la présence d’uranium 236 et de plutonium, ce qui prouve l’utilisation d’UA issu du combustible nucléaire usé, appelé également «UA sale» (UA secondaire).5 L’uranium 236 et le plutonium sont des marqueurs de la présence d’un grand nombre d’autres éléments hautement radioactifs et hautement radiotoxiques et chimiotoxiques qui se forment dans les réacteurs nucléaires et sont présents dans le combustible nucléaire usé. On ne peut pas écarter l’hypothèse qu’une arme radiologique «sale» a été utilisée ici de manière intentionnelle et ciblée.

L’exemple du plutonium permet de montrer à quel point certaines des matières présentes dans l’UA secondaire sont dangereuses: «En raison de son rayonnement alpha élevé et de sa forte tendance à se déposer dans les os, le plutonium compte parmi les plus dangereuses substances toxiques connues.

L’inhalation de poussières de plutonium peut provoquer un cancer des poumons, et ses dépôts dans les os ont un effet radioactif sur l’organisme tout entier. Quelques microgrammes de plutonium suffisent à provoquer des dommages létaux.»6

Mentionnons encore deux citations de l’Office fédéral [allemand] de protection radiologique (BfS) du 17/7/2001:
•    «Dans le monde entier, on a produit jusqu’à aujourd’hui, au cours d’activités civiles et militaires, environ 1000 tonnes de plutonium. Des grandes quantités – environ 4 tonnes – de plutonium ont été libérées dans l’environnement de la planète à la suite des essais atomiques des années 1950–60.»
•    «Il n’existe pas, pour le plutonium qui a pénétré dans l’organisme, de dose-seuil au-dessous de laquelle aucun effet n’est observable. Chez les petits enfants, on suppose que l’absorption est dix fois plus élevée.»

Depuis la guerre du Golfe de 1991 et celle du Kosovo, l’opinion allemande est au courant des dangers des munitions à l’UA. Ceux qui étaient partisans de la guerre du Golfe de 2003 étaient conscients des crimes qui pouvaient être perpétrés avec ces munitions. En Allemagne, des personnalités éminentes se sont prononcées en faveur de cette troisième guerre du Golfe. Elles ne peuvent pas prétexter qu’elles ignoraient l’utilisation inévitable de munitions à l’UA dans un conflit armé aujourd’hui.

Il est important de le dire clairement car il faut absolument empêcher que notre planète ne continue à être contaminée. Il faut que non seulement les responsables mais nous les particuliers soyons conscients de nos responsabilités. Mais naturellement, il ne suffit pas d’avoir eu des contacts avec des malades victimes de l’UA. Une aide concrète est nécessaire.

Albrecht Schott, président du WODUC: «Par conséquent, en tant que président du WODUC, je suis disposé à collaborer avec tous ceux, en particulier les gouvernements, qui sont prêts à décontaminer le sol, indépendamment de leurs antécédents en matière d’utilisation de l’UA.»

1 Isotope: chacun des différents types d’atomes d’un même élément ayant le même nombre de protons et d’électrons (même numéro atomique) mais différant par leur nombre de neutrons (masse atomique différente).
2 Les animaux souffrent également d’atteintes du matériel génétique. On a vu naître notamment des veaux à 8 pattes.
3 Cf. Han Kang et al: Pregnancy Outcomes Among US Gulf War Veterans. A Population Based Survey of 30000 Veterans. Annals of Epidemiology, Vol. 11, Issue 7, October 2001, pp. 504-511
4 Eva-Maria Hobiger, 10 Jahre nach dem Golf-Krieg, Irak im Februar 2001, www.embargos.de/irak/envir-DU/10JahreGolf-Krieghobiger.htm
5 L’UA secondaire est extrait du combustible nucléaire des centrales et l’UA primaire est extrait de l’uranium naturel.
6 Brockhaus Enzyklopädie, 2001

Traduction Horizons et débats.

Albrecht Schott, bio-chimiste, est président du WODUC.


Articles Par : Albrecht Schott

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