Dans la crise globale actuelle, il faut prendre une option anticapitaliste avec la participation des mouvements sociaux

Entrevue avec Éric Toussaint

Publié à La Havane, le 2 mars 2010, dans le quotidien Globalizacion de la 12e Rencontre internationale des Economistes.

« Il y a 160 ans que Karl Marx a prévenu du risque d’interpréter superficiellement les crises capitalistes », affirme devant un millier de participants Eric Toussaint, du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, dans son intervention au panel intitulé Le débat sur la perspective de la crise globale actuelle. Son exposé met l’accent sur les responsabilités des pays industrialisés dans l’actuelle crise économique et sur la nécessité d’une option anticapitaliste avec la participation des mouvements sociaux.

Avec d’abondantes informations statistiques, Toussaint approfondit l’évolution du conflit entre le Travail et le Capital dans la société contemporaine et situe dans les années ‘80 du 20e siècle, le début d’une étape offensive du capital à partir des politiques néo-libérales, offensive qui provoqua un accroissement soutenu de son taux de profit, fondamentalement dans le secteur financier.

Il met en évidence comment cela s’exprime par une plus grande concentration des revenus et une distribution plus inégale des richesses, avec à l’appui l’exemple du comportement des Etats-Unis où, juste avant la crise, les 10% des familles les plus riches concentraient 50% des revenus.

Avec des nuances peu habituelles, Eric Toussaint indique que, selon la pensée économique marxiste, un observateur superficiel n’arrive pas à voir les causes des crises capitalistes dans la surproduction. La spéculation n’explique pas tout. Pour expliquer la conjoncture difficile d’aujourd’hui, il faut prendre en compte la surproduction dans les secteurs de l’immobilier, de l’automobile, des communications et de l’informatique.

Il argumente aussi, sur la base de graphiques indiquant l’évolution de la relation entre salaire et consommation en proportion du PIB aux Etats-Unis, comment a décrû depuis les années 1980 la masse salariale par rapport au PIB, tandis que la consommation croissait de quasi 70%. Il explique cette apparente contradiction en attribuant le secret de cette croissance à l’endettement des ménages des Etats-Unis, qui atteint les 120% en 2008.

Mais il a été plus loin en indiquant que cette dette des ménages n’est pas principalement le fait des ménages pauvres. En effet, le secteur le plus riche de la société nord-américaine s’est plus endetté en termes absolus que les classes moins favorisées. Les riches se sont endettés pour spéculer, profitant des hauts rendements de l’investissement financier.

Toussaint a montré que la spéculation immobilière ne fut pas un phénomène exclusif des Etats-Unis, mais qu’elle existe dans d’autres régions industrialisées comme l’Europe, principalement la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Irlande, les pays d’Europe centrale et orientale, ce qui rend maintenant plus difficile une nouvelle croissance économique. Mais la plus spectaculaire et convaincante de ses comparaisons est celle qu’il a faite de l’évolution de la dette extérieure par rapport au PIB, où il apparaît clairement que les pays industrialisés ont un niveau d’endettement proportionnellement beaucoup plus élevé que les nations moins développées.

En contraste, il a montré le montant astronomique des transferts nets sur la dette extérieure qu’ont faits les Etats les plus pauvres envers les riches, ce qui signifie la différence entre les prêts reçus et les remboursements de cette dette. Entre 1985 et 2008, ce flux de ressources financières a atteint, d’après Toussaint, des niveaux équivalents à quasi huit fois ce qui a été consacré par les Etats-Unis au Plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale.

Finalement, le participant assidu de Globalizacion émet l’opinion que le capital est seulement capable d’offrir des sorties capitalistes à ses crises, ce qui implique renforcer son agression contre le travail, ce qui est clair dans les licenciements massifs et les ajustements impopulaires. Selon lui, c’est seulement sous la pression des luttes sociales que les gouvernements prendront des mesures dans l’autre sens, ce qui fonde sa thèse de la nécessité de nouvelles alternatives et options, non capitalistes, qui peuvent surgir avec la participation et l’action des mouvements sociaux.

Traduction Denise Comanne

Articles Par : Francisco Rodríguez Cruz

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