Des tireurs, soutenus par les Etats-Unis, commettent un massacre au siège d’une chaîne de télévision syrienne

Des tireurs, soutenus par les Etats-Unis, commettent un massacre au siège d’une chaîne de télévision syrienne

Des tireurs ont envahi mercredi une chaîne de télévision pro-gouvernementale massacrant sept employés, en blessant d’autres et prenant plusieurs personnes en otages. L’attaque a eu lieu au lendemain de la déclaration de Bachar al-Assad que la Syrie se trouvait dans un « véritable état de guerre. »

Trois journalistes et quatre agents de sécurité furent tués lors d’une attaque menée tôt le matin contre la chaîne de télévision Al-Ikhabariya, située dans la banlieue Sud de Damas. Les assaillants ont tiré à l’arme automatique et au lance-grenade contre les agents de sécurité avant de saccager les bureaux satellites et les studios pour recourir ensuite à de puissants engins explosifs qui réduisirent les bâtiments en cendres et en ruines.

Un mur extérieur de l’un des bâtiments fut éclaboussé de sang, là où les employés de la chaîne de télévision furent trouvés, forcés de s’agenouiller pour ensuite être exécutés de sang froid.

L’attaque contre Al-Ikhbariya a eu lieu au lendemain de l’adoption par l’Union européenne de nouvelles sanctions à l’encontre des médias syriens gérés par l’Etat, et faisant suite à une décision de la Ligue arabe au début du mois d’obliger deux entreprises satellites panarabes de censurer les chaînes syriennes.

Le massacre fait partie d’une intensification des attaques par la soi-disant Armée syrienne libre (ASL) et autres milices insurgées. Ces groupes sont soutenus par les puissances occidentales et celles-ci, en collaboration avec la Turquie et les régimes monarchiques droitiers d’Arabie saoudite et des Etats du Golfe, leur fournissent un arsenal de plus en plus sophistiqué ainsi que des « formateurs militaires », des « conseillers » et des combattants étrangers venus d’autres parties du Moyen-Orient.

L’attaque de mercredi fait suite à l’information mardi d’une attaque contre un important complexe de la Garde républicaine à Damas ainsi que d’embuscades visant des troupes gouvernementales ailleurs dans le pays.

A l’escalade de la violence à l’intérieur du pays s’est ajoutée la multiplication des menaces venues de l’extérieur, notamment de la part de la Turquie qui fait monter la tension suite à la destruction, la semaine dernière, d’un avion de chasse turc au-dessus du territoire syrien. La presse turque a rapporté mercredi que la Turquie avait déployé 15 chars de combat, des blindés et de l’artillerie le long de sa frontière avec la Syrie. Le gouvernement turc a promis de traiter comme hostile toute force syrienne s’approchant de la frontière longue de 555 miles (900 kilomètres) qui sépare les deux pays et de riposter militairement.

Jean-Marie Guéhenno, l’adjoint de l’envoyé spécial des Nations unies Kofi Annan a dit mercredi au Conseil des droits de l’homme de l’ONU (UNHRC) que la violence à l’intérieur de la Syrie avait « atteint ou même dépassé » les niveaux existant avant l’accord de cessez-le-feu du 12 avril négocié par ce dernier au nom de l’ONU et de la Ligue Arabe. Il a ajouté que le plan de six points d’Annan « n’est pas appliqué. »

L’UNHRC a reçu une mise à jour de la commission d’enquête internationale sur les événements en Syrie qui a mis en garde que le conflit était rapidement en train de devenir une guerre civile sectaire.

« Là où précédemment des victimes étaient ciblées sur la base de leur sentiment pro ou contre le gouvernement, la CoI [Commission d’enquête internationale] a enregistré un nombre croissant d’incidents où les victimes semblent avoir été ciblées en raison de leur affiliation religieuse, » précise le rapport.

Une grande partie de ce document est consacrée au massacre de Houla, au Nord-Ouest de la ville Homs, le mois dernier. Washington et les autres puissances occidentales ainsi que les médias de masse à l’Ouest se sont saisis de ce meurtre d’une centaine de civils pour exiger l’éviction immédiate du régime d’Assad qu’ils rendent responsable de la tuerie.

Des rapports ultérieurs sont apparus, écrits notamment pour un influent quotidien allemand, le Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui a relaté les témoignages de témoins oculaires, dont des adversaires du régime Assad, comme quoi les véritables auteurs du massacre étaient des éléments de l’Armée syrienne libre et les victimes des membres de la minorité religieuse chiite ainsi que des partisans présumés du gouvernement.

Le rapport soumis à l’ONU reconnaît que l’enquête ne pouvait pas assurer avec certitude qui avait commis les meurtres. Il a avancé trois possibilités : « Premièrement, que les auteurs étaient des milices Shabbiha ou d’autres milices issues des villages avoisinants, agissant éventuellement de concert ou avec l’assentiment des forces de sécurité du gouvernement ; deuxièmement, que les auteurs étaient des forces anti-gouvernementales cherchant à intensifier le conflit tout en punissant ceux qui ne soutiennent pas – ou qui sont activement contre – la rébellion ; ou troisièmement, des groupes étrangers ayant une affiliation inconnue. »

La commission d’enquête, dit le rapport, « ne pouvait exclure aucune de ces possibilités, » bien que des responsables de l’ONU aient suggéré que les milices progouvernementales étaient les suspects les plus probables.

Le rapport en soi a toutefois donné des preuves du contraire y compris des informations selon lesquelles les victimes comprenaient un membre en retraite et un membre actif des forces de sécurité syrienne, et qu’un des enfants tués portait un bracelet montrant le drapeau syrien. Il a aussi fait état du témoignage selon lequel les tueurs avaient « le crâne rasé et de longues barbes », laissant penser à des forces islamistes sunnites pouvant aussi être des combattants étrangers mobilisés contre le régime.

La Russie qui jusque-là s’est opposée à la demande, mise en avant en premier par les Etats-Unis, de changement de régime en Syrie, a critiqué le rapport de l’ONU pour n’avoir pas reflété l’ampleur des violences déclenchées par les « rebelles » soutenus par l’Occident.

Le rapport « ne reflète pas l’ampleur de la violence commise par les militants, » a dit Vassily Nebenzya, le directeur du département pour la coopération humanitaire et les droits humains au ministère russe des Affaires étrangères. Ces forces, a-t-il dit, « tuent ou prennent en otage des civils, des activistes politiques, de l’Etat, des municipalités, publics et religieux connus, ainsi que des pèlerins. »

Il a ajouté: « Les institutions d’Etat et les installations d’infrastructure sont attaquées quasiment tous les jours. Une guerre larvée bat son plein. Des militants commettent des actes sanglants de terrorisme dans les villes syriennes. » Cette violence, a dit Nebenzya « est alimentée par de l’argent et des armes venus de l’étranger. »

Article original, WSWS, paru le 28 juin 2012

Articles Par : Bill Van Auken

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