Deux ans plus tard, où en est la Yougoslavie ?

Explosion des prix, des licenciements, des cancers, des suicides. et rejet du gouvernement du FMI

Région :

 Pourquoi ne vous parle-t-on plus du tout de la Yougoslavie ? Il s’y passe pourtant des choses bien intéressantes…

    Avec le nouveau régime, les prix du pain, de la viande et de l’électricité ont explosé. Les suicides aussi. Tout comme les grèves. Mais les mineurs de Kolubura, qui avaient aidé à renverser Milosevic, sont à présent accusés de « chantage » par le premier ministre Djindjic. Dont le taux de popularité a chuté à 8%.

    Pendant ce temps, le Kosovo, raison avancée pour les bombardements, vit sous la terreur des maffias et du nettoyage ethnique de toutes les nationalités en dépit (ou à cause?) de la présence de 40.000 soldats de l’Otan.

    Bienvenue en Yougoslavie, devenue néo-colonie et vitrine de la mondialisation. Un avertissement important pour tous les pays que les USA s’apprêtent à «conquérir ». Et une expérience intéressante pour ceux qui avaient soutenu la guerre de l’Otan en 99. Ne devraient-ils pas se demander pourquoi la majorité des Serbes vient de refuser d’aller voter ?

Le prix du pain est passé de 4 à 30 dinars en un an. Le kilo de porc de 180 à 260 dinars (il était à 60 sous Milosevic). Les pommes de terre de 7 à 12, le sucre de 25 à 50, le litre d’huile de 36 à 70 dinars. Avec la période Milosevic, les écarts sont encore plus énormes.
    Le M3 de gaz est passé de 3 à 11,20 dinars. 170.000 familles de Belgrade ne peuvent plus se payer l’électricité qui vient de doubler en quatre mois à la demande du FMI, et d’autres augmentations sont annoncées. Ils seront donc privés du chauffage urbain cet hiver.
    « Des Français ne pourraient jamais vivre avec si peu », me confie Dominique, de retour de Belgrade : « Mes vieux amis, un couple d’intellectuels de Belgrade, achètent une banane ou un yaourt à la fois, ne pouvant payer plus. Le café ne se vend plus en paquets d’un demi-kilo, mais de cent grammes seulement. Mais ils n’en boivent plus, c’est devenu un luxe. Oui, ça va, on se débrouille », me disent-ils, mais ils ont perdu dix kilos. Un repas, c’était une boîte de sardines pour trois, quelques paprikas, du pain… Et on ne compte plus les suicides de vieux qui ne peuvent plus s’acheter leurs médicaments. »
   De même, Senka, ménagère de Jagodina, nous dit avec angoisse :    « Comment je fais, le matin, quand mon enfant me réclame : « Du pain, Maman ! Du lait ! » et que je n’ai rien à lui donner ? ». « Personne n’a plus rien pour acheter », explique son amie française :  « Plein de gens n’ont pas de travail et plus aucune allocation sociale. Ils survivent grâce à la débrouille, genre « Je te ressoude ta voiture, tu me passes trois kilos de patates ou de l’huile ». Quasi tous les ménages ont de la famille à la campagne, qui les aide à manger. Sinon ils ne pourraient plus tenir. »
   Des militants du Parti du Travail, récemment créé, viennent d’effectuer à notre demande une petite enquête : « Dans trois villes ouvrières de taille moyenne, 85% des gens nous ont dit que leur niveau de vie avait baissé de 150% !»  

4.900 femmes de Belgrade, cancéreuses mais sans médicaments

Catastrophique aussi : la situation de la santé. Les Yougoslaves avaient déjà beaucoup souffert des privations imposées depuis 1991 par l’embargo occidental. Et ensuite des graves pollutions provoquées lorsque l’Otan a bombardé le complexe chimique de Pancevo, en violation des lois de la guerre.
    Cela ne s’est pas arrangé avec la chute dramatique du niveau de vie et donc de l’alimentation. Et pour couronner le tout, la privatisation fait ses ravages : fini l’accès aux médicaments bon marché des pharmacies d’Etat, ils sont devenus quasi introuvables. A la place, il faut un solide portefeuille pour se les payer dans les pharmacies privées. 30 gélules anti-cancer coûtent 60 Euros : presque l’équivalent d’une pension ouvrière mensuelle.
    Selon le journal Novosti, 4.900 femmes de Belgrade sont atteintes de cancer, mais sont privées d’accès aux médicaments. On observe d’ailleurs une forte recrudescence du taux de cancers, particulièrement du poumon. Le ministère de la Santé a reconnu le phénomène, mais aucune étude n’a été engagée.
    Le problème de la santé risque de prendre bientôt un tour encore plus dramatique : une récente statistique constate une augmentation des décès de 30% en trois ans . Frappant toutes les catégories d’âge, y compris les jeunes.
    Le père d’une amie de Belgrade étant décédé, sa famille a dû « attendre pendant des semaines avant de l’enterrer, car nous ne trouvions pas de place dans les cimetières, devenus trop petits », nous confie-t-elle avec amertune.

Que sont devenues les promesses de l’an 2000 ?
Quel contraste avec les promesses électorales faites en octobre 2000, par les partis pro-occidentaux ! A les en croire, la prospérité attendait chaque Serbe, il n’y a avait qu’à se tourner vers l’Occident…
    A ce moment, sous le titre « Kostunica, Djindjic et Washington tiendront-ils leurs promesses ? nous écrivions:  Une grande illusion domine actuellement la jeunesse yougoslave, car c’est elle surtout qui nourrit le plus d’illusions envers les promesses de l’Occident. La grande illusion, c’est de croire qu’en acceptant les volontés des multinationales et des dirigeants occidentaux, la prospérité viendra récompenser la population yougoslave. La question décisive reste : que valent les promesses des Etats-Unis et de leurs alliés ? Alléchés par les promesses de prospérité faites en 1989, des pays comme la Russie, la Bulgarie ou l’Albanie se sont mis à genoux devant le capitalisme occidental. Leurs peuples vivent-ils mieux aujourd’hui ? Les faits ont répondu. »  
    A Belgrade aussi, les faits ont répondu depuis deux ans. La mondialisation made in USA et made in Brussels appauvrit les peuples. Ce sont les « investisseurs occidentaux » comme on dit qui ont exigé et obtenu la fin du contrôle des prix.

Le FMI : “Il faut licencier au moins 800.000 travailleurs”

Le niveau de vie et la santé pourront-ils se redresser dans les prochaines années ? Il ne faut pas s’y attendre, car le chômage va grimper en catastrophe : «Il faut licencier au moins 800.000 travailleurs serbes des services publics et entreprises d’Etats », exige Arvo Cuddo, responsable de la Banque mondiale. Tout en conseillant au gouvernement d’y aller progressivement et de prévoir des compensations afin d’éviter « une situation sociale explosive ».   
   Au fond, il n’y a rien de nouveau du côté de la Banque Mondiale. En 1989, déjà, celle-ci réclamait la mise en faillite de 2.435 entreprises yougoslaves et le licenciement massif des travailleurs (deux sur trois en Serbie). Ces exigences de l’Ouest avaient poussé les dirigeants de diverses républiques dans une fuite en avant de surenchères nationalistes. Les premières balles de la guerre furent tirées par la Banque Mondiale et le FMI.
    Dix ans plus tard, grâce aux bombes de l’Otan, la privatisation a effectivement débuté. Les cinq plus importantes entreprises publiques sont la cible du gouvernement Djindjic, mais les résistances sont fortes. Par exemple, chez les 36.000 travailleurs de l’entreprise agro-alimentaire Karnex. En juin, ils découvrent que leur caisse sociale est vide. Un travailleur tombant malade n’a plus droit à aucune allocation. Où est parti l’argent ? « Aucune idée », répond le gouvernement, qui refuse d’aider ces travailleurs et tente de leur faire accepter la privatisation.
    « Pas question », rétorquent les ouvriers. Et ils décident de vendre leurs produits directement aux grandes surfaces et non plus au gouvernement qui accapare 50% des profits : «Quand nous livrons, vous nous transmettez le paiement seulement en partie et avec retard. Mais nous n’avons pas besoin de capitaux étrangers pour nous sauver, car nous exportons déjà dans 24 pays. Nous nous passerons de vous. »

La résistance aux privatisations

Ces travailleurs cherchent à préserver leur système d’autogestion. Cela se voit aussi au succès de l’initiative du nouveau syndicat (d’opposition) Vers l’avenir qui a proposé aux ouvriers de fonder eux-mêmes une caisse sociale, en travaillant quatre samedis par mois pour l’alimenter.
    Les problèmes sont identiques chez les quatre autres « grands » : Zastava (voitures), Smederevo (métallurgie), GOSA (construction), et chez les métallos de Startid 13. Dans cette firme, 150.000 tonnes d’acier produites en trois mois ont été enlevées et livrées mais n’ont pas été payées par le gouvernement. Lequel a même réduit de moitié le salaire des ouvriers. La caisse est donc vide. En juin, le premier ministre Djindjic visite l’usine et propose de récupérer l’argent en privatisant. Man¦uvre rejetée et grève de 48 heures.
    En fait, les cinq plus grosses usines du pays restent fidèles à l’autogestion et refusent d’être privatisés et bradés aux multinationales étrangères. Gosa est convoitée par des intérêts allemands, tandis que Peugeot lorgne Zastava. Peu avant, les élections, le gouvernement, après avoir licencié la moitié des trente mille travailleurs, a fait miroiter à nouveau de belles promesses. Comme par hasard à la veille des élections, il a annoncé que l’usine serait reprise par un miraculeux investisseur US qui promettait de relancer la production. Jusqu’à 220.000 voitures par an ! Bien hypothétique, à un moment où l’industrie automobile capitaliste mondiale est à même de produire 70 millions de voitures par an, mais ne parvient à en vendre que 50 millions du fait de la crise de surproduction. Si on licencie et appauvrit les clients potentiels, à qui vendra-t-on ?
    Face à toutes ces promesses, d’ailleurs, la méfiance a remplacé les illusions antérieures : « Le gouvernement ne se préoccupe pas des gens, seulement de sa poche. »
   La privatisation sert-elle surtout à remplir ces poches ? Certains exemples le confirment. La moitié des tes télécoms ayant été vendue, le réseau Mobil 063 est tombé entre les mains des frères Karic. Chacun se demande d’où leur est venu tout l’argent nécessaire à installer un réseau dans toute la Serbie. Et aussi les fonds pour financer la télévision BK, qui présente les meilleurs programmes du pays. Les frères Karic sont très proches de Djindjic. Quant au réseau 064, ce sont des capitaux allemands qui sont derrière les racheteurs, tandis qu’un nouvel opérateur a été vendu à British Telecom.

Qui s’est enrichi en Yougoslavie ?

Si la plupart des Yougoslaves se sont considérablement appauvris, où donc est passé cet argent ? « Ceux qui se remplissent, c’est la maffia autour du premier ministre Djindjic », dénonce Zarko, résumant un sentiment très général.
    Maffia ?  Accusation exagérée ? Nullement, nous écrit un Français retour de Belgrade: «  Un entrepreneur proche du parti de Monsieur  Djindjic a été assassiné récemment.  Il avait obtenu la  concession d’exploitation de l’autoroute Belgrade-Horgos et devait en principe finir sa construction… Si vous allez là bas en voiture,  vous verrez que cette autoroute est dans l’état où l’a laissé…  Milosevic. On pense que cet entrepreneur a été abattu pour camoufler le détournement de fonds au profit du DOS.  »
   Cette accusation est aussi exprimée par l’entourage même du président Kostunica. Fin août, les ministres de son parti, le DSS, ont quitté le gouvernement en signe de protestation contre le meurtre de Momir Gavrilovic. Haut responsable des services de sécurité, il venait de rendre visite à Kostunica pour lui remettre des informations sur les liens existant entre le premier ministre Djindjic et le patron maffieux Stanko Subotic. A ce jour, personne n’a été arrêté, ni inculpé pour ce meurtre.
    On notera aussi que la privatisation des principales entreprises publiques a été menée au profit de certains groupes bancaires. Dont les conseils d’administration sont dominés par des membres du parti gouvernemental DOS…

Le pouvoir n’est pas à Belgrade

Mais il n’y a pas que les amis de Monsieur Djindjic qui s’enrichissent. Lorsqu’il ferme les quatre plus grandes banques serbes, en liquidant dix mille emplois, qui prend la relève ? La Société Générale française et la banque allemande Raiffeisen. Dans le secteur de la bière, c’est le brasseur belge Interbrew qui s’installe.
    Quel pays se taille la grosse part du gâteau ? L’Allemagne, sans discussion. Certains parlent déjà de « la nouvelle invasion allemande ».  A l’école, les cours d’allemand ont détrôné l’anglais. Cette invasion allemande concerne de multiples secteurs. C’est une firme allemande qui convoite les installations d’eau du Montenegro. Ce sont des sociétés allemandes qui ont racheté la plupart des médias serbes. Westdeutsche Allgemeine Zeitung a pris le contrôle du célèbre quotidien Politika, tandis que Grunner & Jahr s’emparait du quotidien à sensation Blic.
   Une remarque, en passant. Alors que sous Milosevic, l’opposition pro-occidentale, généreusement financée par des gens comme le milliardaire US George Soros, contrôlait la majorité des titres de presse, à présent, tous les titres sont pro-occidentaux. Pluralisme ?
    Tout ceci n’est pas une surprise. Les événements actuels ne sont que l’application d’un scénario écrit il y a plusieurs années à Washington, Berlin et Bruxelles. Ce sont les Etats-Unis et l’Union Européenne qui ont pris directement en main la vie économique et sociale de la Yougoslavie. Ils exercent leur contrôle absolu via le « G-17 Plus », un cercle économique financé par l’Ouest et composé d’anciens responsables du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale.
    C’est « G-17 Plus » qui a fourni tous les hommes-clés du nouveau régime : le vice-premier ministre Mirojslav Labus, le gouverneur de la Banque nationale Mladan Dinkic et le ministre des Finances Bozidar Djelic. Ce sont eux qui ont préparé toutes les lois de liquidation des protections sociales et de démantèlement des droits des travailleurs.
    Ce sont eux, les hommes du FMI, qui ont déclenché la privatisation des entreprises autogérées par les travailleurs, le dernier héritage de Tito. 22 sociétés ont été vendues aux enchères, 5 privatisées, 26 sont en restructuration.  L’interdiction de licencier a été supprimée pour mieux plaire aux investisseurs étrangers.
    C’est Djelic qui a baissé récemment l’impôt des sociétés de 20% à 14%. Au moment où les simples gens n’ont plus de quoi vivre, on inonde de cadeaux les nouveaux patrons, les multinationales et les pays riches. Djelic a annoncé que son gouvernement « rembourserait » immédiatement 60 millions d’euros à la Banque Mondiale, à la Banque Européenne d’Investissement et au « Club de Paris ». L’Ouest a détruit la Yougoslavie, mais se fait « rembourser » !

Désillusions mais aussi résistances…

Aujourd’hui, deux Serbes sur trois vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Cette situation provoque désillusions mais aussi résistances.
    Où en sont les Serbes aujourd’hui ? La réponse est unanime : « Déçus, désenchantés, écoeurés, »indique Dominique. « Ils voient qu’on les a roulés », confie Stefan. Et Jelena : « On accuse Milosevic, mais quand il était au pouvoir, on pouvait manger trois fois par jour. Maintenant… »
   La très faible participation aux dernières élections confirme le ras-le-bol envers les partis : « Tous pourris !». Djindjic, le nouveau premier ministre, a vu sa cote de popularité tomber à 8%. Mais le président Kostunica en prend aussi pour son grade : « Il promet beaucoup, mais ne fait rien », s’indigne Branko. Qui avait pourtant voté pour lui,  plein d’espoir. Même les jeunes, hostiles à Milosevic et qui espéraient goûter au mode vie occidental, sont déçus.
    Le taux de suicide a explosé. 900 recensés l’an dernier à Belgrade. A Nis, ville de trois cent cinquante mille habitants, la police signale un suicide tous les cinq jours. En 2001, les Serbes ont consommé 41 millions de tablettes anti-stress Bensedin, 63 millions de Bromazepam et 40 millions de Diazepam.
    Même la très occidentale agence Associated Press signale la catastrophe sociale : « Des milliers de taximen et de paysans ont paralysé le trafic de Belgrade et d’une autoroute vers la Bosnie en protestation contre une nouvelle taxe (un mois de salaire moyen) frappant les chauffeurs de taxis et pour exiger des prix plus élevés pour leurs framboises achetées par le gouvernement.»     
    Le slogan des protestataires « DOS-ta ! » (Assez !) exprime bien la désillusion totale face à DOS, mis au pouvoir par l’Ouest en octobre 2000.
    Cet été, plusieurs manifestations ont été réprimées avec grande brutalité par la police (que le nouveau régime a presqu’entièrement remplacée). En juin, devant le Parlement de Belgrade, 40 personnes ont été blessées lors d’une manifestation de « pauvres ».    
    Mais rien de tout cela ne passe le filtre des médias de l’Ouest. L’opinion occidentale est tenue dans l’ignorance. On s’est bien gardé de lui expliquer le désenchantement profond de la population yougoslave à l’égard des « prometteurs ». Ce désenchantement est la cause réelle de la crise politique en Serbie, de l’affrontement Kostunica-Djindjic et de la récente impasse électorale. Mais, avant d’y venir, il faut aussi examiner les véritables raisons qui ont amené les Etats-Unis et l’Allemagne à intervenir dans les Balkans. Et à nouer d’étranges rapports avec la maffia et les terroristes locaux.

La bataille pour les « corridors » sort de l’ombre

En fait, le crime majeur de la Yougoslavie fut de prétendre conserver un système d’inspiration sociale et indépendant des multinationales. Mais ce fut aussi le crime « géographique » : se trouver au c¦ur des « Corridors 8 et 10 ». Qu’est-ce qu’un corridor ? Il s’agit d’un ensemble de communications modernes : autoroutes, chemins de fer, ports maritimes et fluviaux, pipelines et gazoducs. Le but : amener vers l’Europe occidentale les marchandises produites en délocalisation mais aussi et surtout le pétrole et le gaz provenant du Caucase et d’Asie centrale.
    Ce gigantesque projet de l’Union Européenne (90 milliards d’Euros d’investissements prévus d’ici 2015), vise à s’assurer des connections commerciales directes et bon marché avec les industries délocalisables dans les Balkans, et surtout avec le pétrole et le gaz en provenance du Caucase et de la mer Caspienne. Un des axes stratégiques du commerce mondial à venir.
    Par où passera le Corridor ? Des tracés opposés s’opposent depuis une dizaine d’années, enjeu d’une rivalité secrète mais féroce entre Washington et Berlin. Cette rivalité fut au c¦ur du conflit en Yougoslavie, que chaque grande puissance voulait contrôler, comme nous l’écrivions dans nos livres Poker menteur et Monopoly.
    La politique internationale semble compliquée et parfois incompréhensible ? Voici une règle bien simple pour la clarifier : dans chaque région du monde où l’on trouve une route du pétrole ou du gaz, partout on constate que les Etats-Unis tentent d’y installer leurs bases militaires, provoquant ou excitant dans ce but des conflits locaux. Dont ils se présentent ensuite comme observateurs ou comme pompiers. Cette règle essentielle explique la plupart des guerres « incompréhensibles » : Yougoslavie, Macédoine, Tchétchénie, Caucase, Afghanistan, ex-républiques soviétiques d’Asie centrale…
    Dans les Balkans, la route allemande, c’est : Constanta (port roumain) – Belgrade – Hambourg. Via le Danube et de grands pipelines à construire, doublés d’autoroutes, chemins de fer, ports maritimes et fluviaux. La route, rivale, celle des Etats-Unis, c’est Bulgarie – Macédoine – Albanie (Méditerranée). Trois Etats que Washington fait tout pour contrôler aux dépens de l’U. E.
    Avouons-le, notre théorie des corridors, comme moteur de la guerre contre la Yougoslavie avait laissé certains sceptiques. En dépit d’un aveu discret du général Jackson qui commandait l’Otan en Macédoine, puis au Kosovo en 1999 : « Nous resterons certainement longtemps afin de garantir la sécurité des corridors énergétiques qui traversent ce pays. »
    Mais à présent, voici que les  corridors sortent de l’ombre. Le 10 septembre dernier, les ministres de l’Economie de Roumanie, Yougoslavie et Croatie ont signé la mise en route du « Corridor 10 ». Ce pipeline de 1.200 km transportera dix millions de tonnes de brut par an, avec possibilité d’extension vers l’Italie et la Méditerranée.
    Et les routes ? Là aussi, les tracés rivaux s’affrontent. Belgrade vient de choisir d’investir dans un complément du Corridor 10 : la liaison Nord-Sud avec la Grèce. Cet investissement se faisant au détriment d’une liaison Ouest-Est avec la Bulgarie. L’Agence Européenne pour la Reconstruction a investi 47 millions d’euros dans les routes et autoroutes du Kosovo, complémentaires du Corridor 10. Par contre, c’est dans la route rivale du Corridor 10 : Bulgarie – Macédoine – Albanie que l’United States Agency for International Development a investi 30 millions de dollars.

L’aide : vraiment une aide?

Les Yougoslaves paieront cher pour ces routes, tant souhaitées par les multinationales européennes.  Certes, officiellement, l’Ouest « aide ». Ainsi, la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) et la Banque Européenne d’Investissement avanceront des capitaux pour la construction du « Corridor 10 ». Mais cette « aide »  consiste en fait en des prêts. Lesquels permettront d’enchaîner « l’assisté », qui paiera cher pour les rembourser : l’Etat yougoslave devra sabrer dans les dépenses sociales et les emplois publics.
    Le mot « aide » serait-il aussi synonyme de « chantage » ? Un exemple qui concerne la Macédoine voisine. En juin dernier, celle-ci ne se soumettant pas assez vite à ses exigences, le FMI rompt les négociations et suspend toutes les aides accordées. Bloquant même « les projets qui ne peuvent légalement être arrêtés », indique le ministre macédonien des Finances, Nikola Gruevski. Les seuls projets qui trouvent grâce aux yeux du FMI, sont ceux qui favorisent les rebelles albanais de l’UCK. « Aide » = chantage.
    Encore une fois, rien de tout ceci n’a lieu par hasard. Le scénario n’a rien d’improvisé, comme l’indique ce commentaire du secteur « Business » de l’agence de presse US UPI : « La construction des infrastructures dans les Balkans a été caractérisée par le caractère politique des aides internationales accordées. La guerre de l’Otan en 1999 a détruit des infrastructures comme la raffinerie de pétrole de Novi Sad, la radio-télévision serbe, des routes, des ponts etc. Qu’ensuite les politiques occidentales aient été imposées dans les plans de reconstruction, n’était pas une surprise, ni un phénomène à court terme. »  
   On avoue donc, trois ans plus tard, avoir bombardé des cibles non pas militaires, mais économiques. Et si on traduit cet aveu en un langage moins hypocrite : les bombes de l’Otan étaient la première étape de la privatisation – globalisation.  
    Ainsi donc, les Yougoslaves paieront plusieurs fois la même facture. 1. D’abord, l’Ouest a détruit leurs richesses. 2. Ce faisant, il les a donc privés de leurs emplois et moyens de subsistance. 3. Et il leur fera encore payer une « reconstruction » qui en réalité profitera aux multinationales occidentales.

La guerre et les bases militaires : une bonne affaire

Ce qu’on nous a donc soigneusement caché depuis 1991, c’est que la Yougoslavie était la cible non pas de frappes humanitaires, mais bien d’une guerre visant à la recoloniser. Pour annexer son marché au « grand marché » des multinationales. Et pour contrôler ses routes stratégiques. En prime, cette guerre a aussi été une opération « self-service »  pour certains dirigeants US, très liés aux grosses multinationales de l’armement.
    Au Kosovo, juste à côté de la route du pétrole, les Etats-Unis ont installé une gigantesque base militaire : Camp Bondsteel. Un poste stratégique pour intervenir au Moyen-Orient, dans le Caucase, voire, un jour, contre Moscou. Qui a construit cette énorme base, qui la gère, qui en empoche les énormes bénéfices ? Brown & Root Services,. C’est une filiale de la firme US de services pétroliers Halliburton, le plus gros pourvoyeur de biens et services à l’industrie pétrolière. Un marché énorme. A la tête d’Halliburton, on retrouve… Dick Cheney, actuel vice-président des Etats-Unis.
    Brown & Root, spécialisée dans les fournitures à l’armée US, a pris de l’importance en 1992 lorsque Dick Cheney, alors secrétaire à la Défense du gouvernement Bush senior lui attribua son premier contrat de soutien logistique aux opérations extérieures de l’US Army. Entre 1995 et 2000, Cheney abandonna la politique et entra à la Halliburton Corporation. La fortune de cette entreprise a grimpé parallèlement à la montée du militarisme des Etats-Unis.
    En 1992, B & R construit et entretient les bases de l’US Army en Somalie. Elle y empoche 62 millions de dollars.  Montant doublé en 1994 : 133 millions de dollars grâce aux bases et aux soutiens logistiques fournis pour 18.000 hommes à Haïti. En 1999, la société se voit attribuer un contrat de 180 millions de dollars, pour construire des installations militaires en Hongrie, Croatie et Bosnie. Mais c’est Camp Bondsteel qui va constituer “la perle des contrats”, comme l’explique Paul Stuart…
    « A Camp Bondsteel, c’est Brown & Root qui assure tout : la fourniture de 2500 m3 d’eau par jour, de l’électricité nécessaire à une ville de 25.000 habitants, le lavage de 1.200 sacs de linge, le service de 18.000 repas par jour et 95% des liaisons ferroviaires et aériennes, plus le service incendie. Avec 5.000 employés kosovars albanais et 15.000 venus d’ailleurs, B & R est le premier employeur du Kosovo. »   Confirmation par David Capouya, son directeur : « Nous y faisons tout ce qui ne nécessite pas de porter un fusil ». Effectivement, la firme de Houston fournit tout, du petit déjeuner aux pièces détachées pour blindés. La guerre grossit directement le portefeuille de Monsieur Cheney.
    Et de plus en plus : l’occupation de l’Afghanistan a aussi procuré de juteux contrats à Brown & Root. Et dans les Balkans, c’est toujours la même société qui a effectué les études préparatoires de l’autoroute grecque Egnatia (prolongement grec du Corridor 10). Ainsi que les études pour le pipe-line US Bulgarie-Macédoine-Albanie mentionné plus haut. L’administration Bush pratique vraiment le self-service avec une impudence-record.

Pourquoi les USA et l’Allemagne ont-ils dû s’appuyer sur des racistes et des criminels ?

Pour prendre le contrôle des routes stratégiques des Balkans, Washington et Berlin avaient besoin de forces locales sur lesquelles s’appuyer pour éviter de faire la guerre trop directement. Qui ont-ils choisi et armé ?
    Pour la Croatie, ce fut le groupe raciste autour de Tudjman. L’homme qui réécrivait de façon révisionniste l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Un Le Pen croate qui se réjouissait que « sa femme ne soit ni juive ni serbe » .
   Pour la Bosnie, ce fut le nationaliste islamiste Izetbegovic. Pour lui, il n’y avait « pas de coexistence possible entre la religion islamique et les institutions sociales et politiques non islamiques » , Ce qui ne l’a pas empêché, pour maintenir son pouvoir et ses trafics, de tirer sur des musulmans en Bosnie, à Bihac et à Sarajevo . Ce fanatique fut lui aussi rebaptisé en vitesse « démocrate » et « antiraciste ». Mais aujourd’hui que le vent a tourné, on reconnaît – très discrètement – que Washington lui a envoyé quantité de moudjahedins de la mouvance Ben Laden.
    Pour le Kosovo, l’instrument, ce fut l’UCK. Une organisation séparatiste et raciste, qui a provoqué la guerre (c’est écrit dans ses propres documents) pour imposer une « Grande Albanie » ethniquement pure .
    L’envoyé spécial des USA dans la région, Robert Gelbard, avait déclaré à trois reprises, en février 98, devant la presse internationale : « L’UCK représente sans aucun doute un groupe terroriste ». Ce qu’avait confirmé le ministère des Affaires étrangères US : « Des responsables de l’UCK ont menacé d’assassiner des villageois et d’incendier leurs maisons s’ils ne rejoignaient pas leurs rangs. La menace représentée par l’UCK prend de telles proportions que les habitants de six villages de la région de Stimlje se préparent à fuir. »
   Malgré tout cela, trois mois plus tard, l’Otan devenait la force aérienne de cette UCK « terroriste ». Moral  de la part des Etats-Unis qui prétendent imposer la guerre un partout au nom de la lutte contre le terrorisme ? Alors qu’ils s’efforcent encore aujourd’hui d’utiliser certains terroristes islamistes, par exemple en Tchétchénie.

Le Kosovo Otanisé : nettoyage ethnique, terreur et maffia

Quelles en sont aujourd’hui, les conséquences ? Eh bien, comme nous l’avons montré dans le film Les Damnés du Kosovo , cette région est, à présent encore, en proie au nettoyage ethnique, à la terreur et à la maffia. Et la solution de ce conflit local ne s’est nullement rapprochée, mais éloignée.
    Une véritable purification ethnique a chassé du Kosovo la plupart des non-Albanais : Serbes, Juifs, Roms, Musulmans, Turcs, Gorans, Egyptiens, etc… Toutes ces nationalités sont systématiquement expulsées par la terreur : attentats à la bombe, assassinats, destruction de leurs maisons, menaces permanentes… 230.000 personnes ont dû se réfugier en Serbie, Monténégro, Macédoine ou ailleurs. Ceux qui restent sont bloqués dans de petites enclaves-ghettos dont ils ne peuvent sortir que rarement et escortés par les troupes de l’Otan.
    Ce « nettoyage » a-t-il été limité à la période qui a suivi immédiatement la guerre ? Certains voudraient le faire croire. Mais, à la suite des révélations de notre film Les Damnés du Kosovo, un journaliste a interrogé à Genève Niurka Pineiro, porte-parole de l’Organisation Internationale pour les Migrations, qui dépend de l’ONU. Elle confirme : « Nous continuons à enregistrer des intimidations et harcèlements quotidiens, et aussi des attaques d’une violence extrême, souvent mortelles, bien que moins nombreuses.”
   Voilà, prétendent certains défenseurs  de l’Otan, les choses sont en train de s’arranger, il y a moins de tués qu’au début. En effet, mais pourquoi ? Sous peine de paraître cynique, il faut bien dire que c’est parce que la plupart des membres des minorités nationales ayant fui, il reste beaucoup moins de monde à tuer!
    En fait, la situation ne s’améliore pas du tout, reconnaît la même porte-parole de l’ONU : “Les minorités restent vulnérables aux attaques (…) La liberté de mouvement demeure leur problème-clé, affectant leur possibilité de vivre une vie normale (…) Sans liberté de mouvement, l’accès aux services essentiels, à l’emploi et aux structures civiles ( hôpitaux, enseignement, etc…) demeure extrêmement difficile et bien souvent impossible. » .
   Résumons. Pas de déplacements. Pas d’accès aux services publics, ni à l’enseignement, ni aux hôpitaux. Pas d’emplois. Et en prime la terreur au quotidien. Le Kosovo Otanisé demeure une terre sans loi, un enfer pour tous ceux, y compris de nombreux Albanais, qui sont la cible de l’UCK. Le 5 novembre dernier encore, le gouverneur ONU du Kosovo, Michael Steiner, a lui aussi reconnu que « les membres des petites communautés du Kosovo n’avaient pas encore regagné leurs foyers, et la plupart de ceux qui étaient restés sur place vivaient dans des conditions inacceptables. »   Le prétexte de l’intervention de l’Otan ne s’effondre-t-il pas définitivement ?
    Pourquoi n’en parle-t-on pas dans les médias occidentaux et dans une certaine gauche ?

“Au Kosovo, l’Otan a fait un mariage de raison avec la maffia”

Pourquoi aussi le caractère maffieux et criminel des régimes mis en place par l’Otan n’est-il jamais analysé ? Le constat est pourtant clair, à entendre James Bisset, ancien ambassadeur canadien en Yougoslavie : « Le Kosovo reste une société sans loi, complètement intolérante aux minorités ethniques et un des endroits les plus dangereux de la terre. »
    Pourquoi le Kosovo reste-t-il une terre sans loi ? A cause de puissants intérêts économiques, explique l’expert canadien Chossudovsky : «Les barons de la drogue du Kosovo, d’Albanie et de Macédoine sont devenus les nouvelles élites économiques, souvent liées à d’importants intérêts commerciaux occidentaux. Les revenus financiers des trafics de drogues et d’armements ont alors été recyclés dans d’autres activités illégales comme les réseaux de prostitution.
    De hauts responsables du régime du président albanais Berisha ont été impliqués dans le trafic  de drogues et le trafic illégal d’armes avec le Kosovo. Trafics qui ont pu fleurir impunément malgré la présence depuis 1993 d’un important contingent de troupes américaines. Ces dernières années, ce trafic de drogue a permis à l’UCK de mettre trente mille hommes sur pied de guerre en peu de temps. L’Otan a fait un mariage de raison avec la maffia.» .
Ce que confirment les services de police européens et notamment l’Agence Criminelle fédérale d’Allemagne : « Les Albanais sont à présent le plus important groupe pour la diffusion de l’héroïne en Occident. »
   On sait que la drogue est, avec les armements et la publicité, un des trois secteurs économiques les plus importants de la société capitaliste actuelle. On sait aussi que la CIA a, un peu partout sur la planète, mis en place des trafics ou des trocs « armes – drogue – pétrole », et cela en complicité avec les pires groupes maffieux. Le flirt avec l’UCK a de nombreux précédents.
    La maffia albanaise contrôle aussi le détournement de l’aide internationale, réexportée, avec la corruption qui en découle. En juillet 2002, des enquêteurs de l’Union Européenne « ont découvert 4,5 millions d’euros sur divers comptes à Gibraltar » . Cet argent avait été détourné de l’Agence de l’Energie du Kosovo. On ne s’étonnera donc pas que les coupures d’électricité y demeurent un fléau quotidien.    
    Toutes ces fraudes sont-elles un accident, un phénomène secondaire ? Ou, au contraire, une partie intégrante du système mis en place ? Un officiel européen, parlant sous condition d’anonymat, répond : « La communauté internationale a injecté au Kosovo entre 15 et 18 millions d’euros ces trois dernières années, mais nous n’avons pas encore établi les infrastructures de base. » . Il ne s’agit pas de fraudes secondaires. La même évasion massive s’est produite en Bosnie autour du clan du président musulman Izebetgevovic.

Territoires occupés : une économie artificielle et corrompue

L’économie des territoires sous administration néocoloniale constitue un système entièrement artificiel. Les nombreuses 4X4 des ONG internationales, ainsi que les dizaines d’hôtels et de centres de service installés le long des routes, peuvent faire illusion. Mais dans les enclaves-ghettos des minorités, il n’y a guère eu de reconstruction et, comme on l’a dit, le principal employeur du Kosovo reste la firme US Brown & Root qui gère la base militaire de Camp Bondsteel.
    Les deux protectorats occidentaux des Balkans sont en fait les deux « pays » ayant le taux de chômage le plus élevé de toute l’Europe : 57% au Kosovo  , et 60% en Bosnie  .
    Tout ceci représente-t-il une « inévitable transition » ou bien un phénomène durable ? En réalité, l’occupation des morceaux de l’ex-Yougoslavie transformés en protectorat s’avère une catastrophe à long terme pour les populations locales. Loin de décoller, ces économies  sont colonisées.
    Et moralement perverties. En Bosnie également, l’occupation militaire US fait surgir tout un système de trafics,  illustré récemment par le scandale DynCorp. Cette firme, un des plus gros fournisseurs de services à l’armée US, avait envoyé en Bosnie 181 employés et cadres pour l’entretien des hélicoptères Apache et Blackhawk.
    En janvier 2002, un de ces employés, Ben Johnston, a dénoncé les ignobles pratiques d’esclavage sexuel régnant à DynCorp : « Dès que je suis arrivé, on m’a parlé de prostitution, mais j’ai mis un certain temps à comprendre qu’ils achetaient ces filles entre 600 et 800 dollars. Je leur ai dit que c’était tout simplement de l’esclavage. ».  
   Certaines de ces filles avaient entre 12 et 15 ans. Les dénonciations de Johnston lui coûtèrent sa place, mais finirent quand même par provoquer une enquête. Cependant, l’armée US avait pris soin en 1995 d’imposer l’impunité pour ses soldats et autres personnels qui échappent en fait aux lois de ce pays. Finalement, les coupables purent retourner aux USA sans être poursuivis. Commentaire indigné de Christine Dolan,  fondatrice de la Campagne Internationale Humanitaire contre l’Exploitation des Enfants : « Voilà des employés des fournisseurs de l’armée US au lit avec la maffia et achetant des enfants comme objets sexuels. Quelle surprise d’entendre que DynCorp a pu maintenir son contrat alors que les Etats-Unis prétendent vouloir mettre fin à la traite des êtres humains ! »  
    En fait, partout dans le monde, les bases militaires US sont de véritables plaques tournantes de l’esclavage
sexuel des femmes, organisé avec les mafias locales.  Un document du haut-commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme explique que la Bosnie d’après-guerre est devenue une place importante du trafic de femmes. Le document ne fait pas, bien sûr, de liens avec la base militaire de l’OTAN à Tuzla, où sont stationnés des milliers d’hommes. Mais explique le chef islamique Mrisada Suljic : « Pouvez-vous imaginer 20.000 jeunes hommes sans femmes pendant un an ? ». En 1995 déjà, le New York Times titrait de façon éloquente: « Tuzla : Les Américains arrivent. La prostitution, la drogue et le Sida aussi. »
   Le gouvernement Djindjic veut à tout prix faire adhérer la Serbie à l’Otan. Si cela se produisait, le sort des femmes de Serbie serait-il différent de celui des femmes de Bosnie ?
    Car l’affaire DynCorp n’est pas un scandale isolé. C’est un phénomène classique. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les soldats américains forcèrent 40.000 femmes de Naples à se prostituer, soit presque un tiers de la population féminine.  Pendant la guerre d’Algérie, le viol des femmes algériennes par les troupes françaises était utilisé comme une arme de guerre contre les combattantes du FLN et la population civile, comme on l’a vu dans un récent documentaire récent basé sur de nombreux témoignages d’appelés.  Les médias occidentaux sont très prompts à donner des leçons sur les crimes de guerre (réels ou non) des nations « inférieures ». Par contre, ils sont généralement bien discrets sur ce fait incontestable : l’arrivée des armées des grandes puissances occidentales est inséparable de l’exploitation économique et sociale des peuples occupés, en particulier des femmes.

“Les Albanais tueront tous ceux qui resteront”

Pourquoi les chefs de l’UCK n’ont-ils aucune intention de chercher une solution et un apaisement aux problèmes du Kosovo ? Parce qu’ils entendent protéger leurs intérêts économiques maffieux. Instabilité et illégalité leur sont indispensables.
    Dès lors, la protection accordée par l’Occident à la stratégie raciste et terroriste de l’UCK, constitue une véritable bombe à retardement pour les mois et les années à venir. Car les chefs de l’UCK demeurent tout aussi menaçants. Par exemple, Ethem Ceku, ministre de l’environnement et cousin d’Agim Ceku, chef des TMK  (« Corps de Protection Civile », nouveau nom des milices UCK intégrées dans l’actuel appareil d’Etat). Début 2002, il a déclaré publiquement : « Les Serbes tentant de retourner sans autorisation au Kosovo seront repoussés par la force des armes si nécessaire. » Une menace prise très au sérieux par Everett Erlandson, policier pensionné de Chicago, servant aujourd’hui l’ONU à Pristina : « Lorsque les « internationals » quitteront le Kosovo, les Albanais tueront tous ceux qui restent. »
   Mais les Etats-Unis ont-ils l’intention de quitter le Kosovo ? Ou, au moins, de se montrer plus sévères envers les terroristes ? La récente « évasion » de Florim Ejupi prouve que non.

Comment on s’évade sans problèmes d’une base militaire US…

Qui est ce Florim Ejupi ? Un homme aux  mains couvertes de sang… Le 16 février 2001, des terroristes albanais faisaient exploser une bombe à distance au moment du passage d’un bus serbe Nis-Gracanica. 11 tués, 40  blessés. « Il y avait de la fumée et du sang partout », raconte la journaliste Gorica Scepanovic, âgée de 25 ans, qui a survécu à l’attaque du bus, mais reste toujours marquée par ce choc horrible.  
    Pour une fois, l’enquête a débouché sur quelque chose. « Bien qu’on nous ait accusé de lenteur, cette enquête fut en réalité un exemple de bon travail policier », a déclaré le Britannique Derek Chappell, porte-parole de la police de l’ONU.
    De fait, quatre personnes furent arrêtées. Dont deux officiers du « Corps de Protection Civile du Kosovo » (ex-UCK). Mais un seul, Florim Ejupi, fut emprisonné. Et comme la police de l’ONU craignait que ses collègues ne tentent de délivrer Ejupi par la force, elle le transféra du Centre de Détention de Pristina à la base US de Camp Bondsteel.
    Cela semblait une bonne idée à lire la description qu’a dressée de cette base l’expert militaire canadien Scott Taylor : « Située au sommet d’une colline, cette impressionnante installation – 40 kilomètres carrés – est une véritable forteresse. Complètement encerclée par trois rangées de barbelés, avec des périmètres de protection très larges, des tours d’observation et des rayons lumineux partout. »   Mais, en dépit de tous ces obstacles, Ejupi est sorti tranquillement de Camp Bondsteel en mai 2002, avant même d’être jugé. Réaction indignée du même policier britannique Chappell : « Les Américains nous ont dit qu’il avait reçu un objet métallique dans une quiche aux épinards. Je n’invente rien. ».
   Il y a de quoi s’indigner. Comment un prisonnier portant un training orange fluo peut-il s’échapper tranquillement au milieu de 5.000 soldats US, à moins qu’on le laisse volontairement filer ?

L’UCK : métamorphose soudaine ou tromperie sur la marchandise ?

Sont-ce là des soupçons exagérés ? N’y a-t-il que les Serbes et les autres minorités nationales du Kosovo pour accuser les Etats-Unis de protéger des criminels ? Non. Le général Klaus Reinhardt, qui commandait les troupes de l’Otan au Kosovo jusqu’en mars 2000, se fâche aussi : « Les Américains font trop confiance à la loyauté de l’UCK. Les extrémistes albanais qui ont été arrêtés par la KFOR ont été très vite relâchés. Si la KFOR avait pu agir plus tôt contre les extrémistes, la situation en Macédoine ne se serait pas tant dégradée. »     
   Si l’on se permet à présent de critiquer ainsi les « chers alliés », c’est à cause de la forte augmentation de la rivalité Washington-Berlin dans les Balkans et dans le monde. Sur fond de crise économique « globale ».
    C’est donc l’hebdo allemand Der Spiegel – mais pas la presse US – qui vient de nous l’expliquer : les dirigeants de l’UCK n’étaient pas du tout ce qu’on nous avait dit. Le 21 septembre dernier, le Spiegel interviewait Bujar Bukoshi, autrefois « premier ministre » des Kosovars albanais en exil : « Après la guerre, les éliminations les plus cruelles ont eu lieu entre Albanais. Sous prétexte qu’ils étaient des « collaborateurs », les dirigeants de l’UCK ont liquidé leurs adversaires politiques. »
    Selon l’enquête du Spiegel, « un ancien commandant de l’UCK aurait enrôlé un criminel de guerre pour assassiner Ekrem Rexha, lui aussi ancien chef de l’UCK. » Rexha préparait un livre sur les crimes de guerre commis au Kosovo, notamment ceux de l’UCK.
Les réfugiés du Kosovo sont devenus les Palestiniens de l’Europe
    Bien sûr, on se demandera pourquoi on ne nous avait dit tout ça plus tôt ? Les leaders de l’UCK étaient-ils des anges quand l’Otan s’en servait pour abattre la Yougoslavie ? Ou bien étaient-ils déjà des « terroristes », comme l’avait indiqué l’envoyé spécial des Etats-Unis dans la région ?
    Cela est dit seulement maintenant parce que Washington et Berlin se disputent de plus en plus sur les corridors énergétiques des Balkans et sur un tas d’autres choses. Mais ce n’est pas une métamorphose de l’UCK. Simplement, les grandes puissances ont caché sa nature parce qu’elles avaient besoin de ses services.
    Le drame du Kosovo ajoute au discrédit de l’Otan et du gouvernement serbe actuel. Non seulement rien ne bouge pour le retour des 230.000 réfugiés serbes et autres expulsés du Kosovo, qui sont devenus les Palestiniens de l’Europe. Mais en plus, les administrateurs occidentaux dirigeant la mission de l’ONU mettent tous leurs efforts à démanteler… la seule zone du Kosovo qui reste peuplée de Serbes. A savoir la partie nord de la ville de Kosovska Mitrovica. Pourtant, le nombre d’Albanais déplacés de cette zone est relativement limité : environ cinq mille villageois. Très peu comparé aux 230.000 expulsés des autres nationalités. Mais leur retour est la priorité absolue de l’administration ONU.
    Certains réclament même une attitude encore plus agressive envers les Serbes. Par exemple, l’International Crisis Group, un groupe de pression proche de la CIA et financé par le milliardaire US George Soros. Selon ce lobby, qui comprend Louise Arbour, ex-procureur à La Haye et Wesley Clark, le chef des bombardements de l’Otan en 99: « L’ONU et les troupes de la KFOR dirigées par l’OTAN doivent établir leur autorité sur Mitrovica. Le nouveau gouverneur du Kosovo, Michael Steiner, a annoncé de nouvelles arrestations de Serbes. »

Kosovo : « Grande Albanie » et nouvel Israël ?

En principe, le Kosovo fait toujours partie de la Yougoslavie, selon la résolution de l’ONU qui a mis fin à la guerre. Mais, là comme ailleurs, les USA ne retiennent des résolutions que ce qui sert leurs intérêts. De nombreuses publications actuelles des médias US préparent leur opinion à une indépendance du Kosovo. Une promesse faite lors du « mariage » des USA avec l’UCK. Cette option de séparation pure et simple vient d’être suggérée par une commission soi-disant indépendante composée de quelques « experts » dont Robertson, secrétaire-général de l’Otan.
    Mais les puissances européennes ne souhaitent pas cette indépendance. Elles savent que Washington cherche à créer un Israël dans les Balkans. Un Etat qui leur devrait tout et qu’ils pourraient utiliser comme un porte-avion.
    Ceci dit, les Etats-Unis sont-ils pressés d’arriver effectivement à cette indépendance ? Sans doute pas. La stratégie de la tension leur est utile. Le maintien des conflits – et donc des souffrances – leur sert à justifier le maintien de leurs bases militaires.
    Cet encouragement à la politique de terreur encourage les autres séparatismes dans les régions voisines. Le Monténégro et la Macédoine sont également convoités par l’UCK. Mais la première attaque visera peut-être un territoire du sud-ouest de la Serbie. On n’en parle guère, mais le Sandzak sera peut-être une nouvelle Bosnie.

Et demain le Sandzak ?

Un institut pro-occidental spécialisé dans les affaires balkaniques, l’International War and Peace Report, confirme: « Des Serbes estiment qu’environ mille membres de leur communauté ont quitté la ville de Novi Pazar, des dernières années. De nouvelles enseignes «  A vendre » apparaissent presque chaque jour sur les maisons et les terres serbes. On estime que l’exode a été accéléré par le parti SDA, à dominante musulmane, qui a révoqué les directeurs serbes des compagnies publiques et des administrations locales. »   Le pourcentage serbe dans la population aurait baissé de 22% à 17% (N.B. Un exode semblable, mais plus massif s’était produit au Kosovo dans les années 70 et 80).
    En juin dernier, le Conseil National Bosniaque du Sandzak, lié au parti musulman SDA, déclarait : « Nous n’avons pas de raisons de nous intégrer à la Serbie ou au Monténégro, ou à la communauté internationale, car le Sandjak doit devenir une entité territoriale séparée. »
   Le Sandzak s’enflammera-t-il à son tour ? Cela dépend. Comme en Bosnie et au Kosovo, les Etats-Unis jetteront de l’huile sur le feu s’ils ont besoin d’un nouveau conflit pour augmenter la pression sur une Serbie rebelle. Dans ce jeu cynique, les peuples sont des pions qu’on manipule sur un échiquier.
    En tout cas, le quotidien serbe Vecernje Novosti, sonne l’alerte : « Bientôt, les promenades et les coffee shops du Sandszak vont être divisés et tout se déroulera plus vite encore qu’en Bosnie. Les premiers incidents armés éclateront : des assassinats politiques. Si les autorités ne font rien, le Sandzak s’enflammera d’ici un an. »  

La crise de confiance est la cause du conflit Kostunica-Djindjic

Pourquoi la majorité des Serbes ont-ils refusé d’aller voter aux dernières élections présidentielles ? Pourquoi l’alliance Kostunica-Djindjic qui avait triomphé de Milosevic en octobre 2000, a-t-elle éclaté aussi vite et se déchire-t-elle de plus en plus ?
    « La grande majorité des Serbes estiment qu’ils ont été roulés par les Etats-Unis », explique Dragana. On leur avait fait croire aux promesses d’un avenir meilleur si leur pays se rapprochait de l’Occident. Voilà qu’ils tombent de haut. Ils découvrent dans leur vie quotidienne que la majorité de la population vivra encore plus mal qu’avant. Que les multinationales occidentales enrichiront seulement une petite minorité, et surtout elles-mêmes.
    Les Yougoslaves constatent qu’après l’attaque militaire de l’Otan, vient celle, économique, du FMI. Et que les deux font partie d’un même système global dont l’objectif est d’imposer à toute la planète la domination des multinationales.
    Voilà pourquoi la majorité a refusé d’aller voter. Et à ces abstentionnistes mécontents s’ajoutent les 66% qui ont voté Kostunica. Car, pour eux, il symbolise, à tort ou à raison, la volonté de maintenir l’indépendance de leur pays face à l’Otan et à l’Occident.
    Voilà pourquoi Labus, le candidat du FMI, a subi un échec flagrant en dépit d’une campagne massive des médias. Un camouflet total pour le premier ministre Djindjic. Beaucoup craignent qu’il entraîne le pays dans une série de provocations et une escalade de répression. Car si Kostunica est finalement élu président, il convoquera de nouvelles élections législatives et le discrédité Djindjic aura du mal à s’en sortir.
    Une remarque en passant pour tous ceux qui nous ont vanté la nouvelle « démocratie » installée à Belgrade.  Que prévoyait la loi électorale serbe ? Qu’un président ne pouvait être élu que si la majorité des électeurs allaient voter. Or, en octobre dernier, 46% seulement ont participé. Quelle a été la réaction de l’Union Européenne ? S’est-elle demandé pourquoi la population rejetait ses politiques ? Non, elle a juste exigé qu’on annule… la loi électorale et la norme des 50%. Le peuple ne veut pas de vous ? Changez le peuple !
    Le SPS, le parti de Milosevic, ne paraît pas en mesure de profiter de cette crise de la majorité. Suite aux pressions et chants de sirènes de l’Ouest, la majorité de sa direction actuelle a tenté un virage pro-occidental.  Mais elle a été désavouée par ses électeurs. Ceux-ci ont sanctionné les deux candidats SPS d’un score très médiocre, préférant suivre l’appel de Milosevic à voter Seselj, seul candidat anti-Otan et anti-FMI.
    On voit mal le SPS présenter une véritable alternative crédible pour l’instant. Sur sa gauche, plusieurs groupes communistes se sont unifiés pour créer le nouveau Parti du Travail (Radnicka Stranka Jugoslavije). Menacé d’emblée par les autorités, il n’en poursuit pas moins un travail d’organisation et de sensibilisation, particulièrement dans les centres ouvriers comme Kragujevac et Kraljevo. Certes, la situation financière dramatique du pays complique tout effort d’organisation autonome, mais son analyse et son programme commencent à rencontrer un écho.

Pourquoi ce silence des intellectuels occidentaux ?

Ici, en Occident, une chose devrait intriguer : le silence des médias occidentaux. Ils avaient présenté comme une bénédiction le changement de régime d’octobre 2000. Le remplacement de Milosevic par des partis pro-occidentaux était la porte ouverte vers un avenir plus ou moins radieux. Kostunica était l’homme présidentiel, l’Otan allait régler le problème du Kosovo… Cette analyse avait été épousée par les intellectuels « médiatisés ».
    Or, voici qu’à peine deux ans plus tard, la majorité des Serbes refuse tout simplement de se déplacer pour l’élections présidentielle, et ceci ne suscite aucun commentaire, aucune explication, aucune analyse de la part des médias occidentaux. Amnésie ?
    Ou refus de débattre d’une position qui s’est avérée fausse dans la pratique? La guerre contre la Yougoslavie n’était qu’une des nombreuses batailles de la guerre globale lancée par les Etats-Unis. Avant l’Afghanistan, l’Irak et bien d’autres. Face à cette guerre globale, il est temps de tirer le bilan catastrophique de ce que les USA ont fait dans les Balkans.
    Et de la paralysie engendrée par des positions du type « Ni Bush, ni Saddam », « Ni l’Otan, ni Milosevic », « Ni Sharon, ni Arafat ». Depuis douze ans, cette position dominante dans la gauche intellectuelle européenne condamne le mouvement anti-guerre à la passivité. Parce qu’elle met sur le même pied l’agresseur et l’agressé. Si tous sont également mauvais, on n’a pas de raison de tout faire pour arrêter l’agression.
    Le « Ni, ni », c’est le cancer du mouvement anti-guerre. Il faut y mettre fin. Ce n’est pas Saddam ou Milosevic qui menace le monde entier, c’est Bush. Ce ne sont pas la Yougoslavie ou l’Irak qui, chaque jour, condamnent à la mort 35.000 enfants du tiers monde, ce sont les multinationales.
    Les Etats-Unis menacent la paix partout dans le monde. En mettant en avant les reproches, exacts ou non, des Etats qui leur résistent, on fait seulement le jeu de l’agression. Ce n’est pas aux gouvernements occidentaux de décider qui doit diriger tel ou tel pays du tiers monde et selon quels intérêts. C’est à ces peuples eux-mêmes qu’il revient d’en décider. Mais si on laisse Washington occuper ces régions, aucune lutte sociale ou démocratique n’en deviendra plus facile, bien au contraire. Seules les multinationales y gagnent. (Voir notre texte à paraître La maladie du « ni, ni » : cancer du mouvement anti-guerre)

Que la souffrance et la colère soient transformées en force

Pourquoi avons-nous écrit cet article ? Pour analyser un problème du passé auquel on ne pourrait plus rien changer ? Non. Pour mettre en garde : ce que les Etats-Unis ont commis dans les Balkans, ils s’apprêtent à le refaire contre l’Irak. Ensuite, viendra le tour de tous les pays qui refusent de se mettre à genoux face à la mondialisation : Iran, Corée, Cuba, Venezuela, Congo, les Palestiniens, les Colombiens et bien d’autres…
    Pourquoi est-il si important de continuer à parler de la Yougoslavie et de soutenir le combat de ce peuple ? Pour 5 raisons.
    1. La désinformation servira aussi à « justifier » les nombreuses guerres à venir. C’est pourquoi il est crucial d’exposer les médiamensonges qui ont justifié la guerre contre la Yougoslavie. L’agression de l’Otan était une privatisation par les bombes. Aujourd’hui, la population perd ses emplois, son pouvoir d’achat, sa santé. L’aider à développer sa résistance fait partie du combat anti-mondialisation. Ce qu’elle subit, sera infligé à tous les peuples des pays bientôt agressés.
    2. Chacun a le devoir moral de soutenir le droit au retour des centaines de milliers de réfugiés chassés de leurs foyers du Kosovo. Comme le droit au retour des Palestiniens. Au moment où l’Otan étend ses griffes sur l’Europe de l’Est et les Balkans, au moment où 188 intellectuels slovènes exigent un référendum sur l’intégration de leur pays dans cette alliance militaire, en soulignant que l’idée « rejoindre l’Otan, c’est rejoindre le monde, est une dangereuse manipulation de l’opinion » , à ce moment, il est important de montrer à tous le bilan catastrophique de l’Otan au Kosovo et ses vrais objectifs.
    3. En Irak comme en Yougoslavie,  les Etats-Unis élaborent des plans pour dresser les nationalités et les religions les unes contre les autres. Cela mènera à la guerre civile prolongée et au chaos. Après avoir pris le contrôle de l’Irak, Bush s’en servirait de base pour déstabiliser, puis contrôler l’Iran et la Syrie. Voire l’Arabie Saoudite. Tous les grands pays pétroliers pourront être morcelés en mini-Etats plus faciles à coloniser. Le Moyen-Orient et aussi le Caucase seront « balkanisés » : émiettés selon la recette qui a servi contre la Yougoslavie. Si on laisse faire ceci à nouveau en Irak, le rapport des forces global se détériorera Chaque fois que Washington parvient à briser un Etat qui lui résiste, il se place en position plus favorable pour attaquer le suivant.
    4. Pour unir les peuples résistant à la mondialisation et à ses guerres, il est important d’isoler complètement la stratégie des Etats-Unis. De nombreux Arabes et musulmans affirment avec force que la guerre contre la Yougoslavie était uneagression au même titre que la guerre contre l’Irak et les Palestiniens. Les Etats-Unis, qui massacrent les musulmans en Palestine et en Irak, ne sont pas leurs amis en Bosnie ou au Kosovo. D’ailleurs, dans cette dernière région, les musulmans aussi sont victimes du nettoyage ethnique organisé par l’UCK avec la complicité de Washington.
    5. En Irak, comme en Yougoslavie, l’armée US  bombardera à nouveau des usines polluantes et utilisera à nouveau les terribles armes à uranium. Provoquant à nouveau cancers, leucémies et malformations monstrueuses des nouveau-nés pour les populations locales, mais aussi pour les soldats occidentaux qui interviendront. Un tout récent rapport de l’ONU (Institute for Energy and Environmental Resarch), souligne que « de tels actes ont provoqué en Yougoslavie de graves effets à long terme sur l’environnement et la santé » notamment par la libération massive de PCB et de mercure.  Le rapport met explicitement en garde contre la répétition en Irak de telle violations des conventions internationales.

N’oublions pas la Yougoslavie, n’oublions pas ceux qui y résistent au FMI et à l’Otan. Ce qu’ils endurent est un avertissement pour tous les pays que les USA s’apprêtent à « conquérir ». Que leurs souffrances et leur colère se transforment en force pour empêcher les agressions déjà programmées.

 Copyright   Michel Collon  2002.  For fair use only/ pour usage équitable seulement .

Articles Par : Michel Collon

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: media@globalresearch.ca

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

For media inquiries: media@globalresearch.ca