Douze raisons de surveiller le Nigéria en 2012

Douze raisons de surveiller le Nigéria en 2012

Sauf extrême préjudice, le Nigéria sera la première puissance économique d’Afrique en 2025. Riche en ressources naturelles et pauvre en infrastructures, le pays le plus peuplé du continent attire et inquiète les investisseurs. Pour 2012, voici 12 items à surveiller de très près.

  1. Le Président Goodluck Jonathan

Cet homme est incontestablement l’un des meilleurs politiques que le Nigeria ait produit depuis 30 ans. Mais il a un « problème » : Jonathan est chrétien et originaire de la région pétrolifère du Delta alors que ses plus farouches adversaires sont musulmans du nord du pays. Le 16 avril 2011, Goodluck Jonathan a remporté l’élection présidentielle au premier tour avec 57 % des voix contre 31 % pour Muhammadu Buhari.  Malgré les contestations de l’opposition l’accusant de hold up électoral, Goodluck Jonathan s’est lancé corps et âme dans de titanesques réformes économiques et institutionnelles qui, si elles aboutissent, contribueront à l’amélioration du climat des affaires. Son train de mesures visant à améliorer la transparence et l’efficacité de l’appareil gouvernemental commence à porter des fruits. Sa stratégie de développement des réserves de gaz et d’amélioration du réseau électrique national concourt aujourd’hui au renforcement de la croissance. Malgré de fortes résistances dues à son opération « mains propres » au sein de l’establishment, le président ne temporise pas. Attendu au tournant, il sait  qu’il lui faut emporter l’adhésion des responsables régionaux et locaux au plus vite et résoudre deux problèmes urgents : contenir la secte Boko Haram, et dissiper les inquiétudes des investisseurs dans la perspective de sa grande réforme du secteur des hydrocarbures portant notamment sur la revalorisation des royalties, l’augmentation de la part de la main d’œuvre locale, ainsi que la valorisation sur place des ressources nationales.

  1. La secte Boko Haram

Depuis la guerre du Biafra, Boko Haram est la plus grave menace qui pèse sur la sécurité du Nigéria et du golfe de Guinée. Apparue officiellement en 2002 dans l’Etat du Borno, cette secte est également très active aux frontières du Cameroun et du Tchad. Brutalement réprimée après ses premiers faits d’arme par les forces de défenses nationales nigérianes, elle a disparu quelques mois pour réapparaitre sous l’appellation « Boro Haram » (dénomination tirée de la langue haoussa qui signifie « l’éducation occidentale est un péché »). Les sources de financements de ce mouvement, son fonctionnement en réseaux, son mode opératoire, sa stratégie de communication, ses modalités de recrutement, les mobiles de ses attaques, et le choix de ses cibles sont tels que les analystes les qualifient de « Taliban nigérians ». D’après les renseignements de Knowdys, Boko Haram ne s’attaque pas aux acteurs économiques nationaux ou étrangers. Leurs attentats visent avant tout les symboles de l’Etat fédéral. Les acteurs économiques susceptibles de subir leurs attaques sont les opérateurs de téléphonie. La secte estime que les cinq opérateurs qui se partagent les 90 millions d’abonnés nigérians aident les services de sécurité à localiser leurs positions sur l’ensemble du territoire national.

  1. Le gaz et le pétrole

Le secteur pétrolier représente près de 2/3 des recettes du Nigéria, premier producteur de brut d’Afrique avec près de 2,4 millions de barils par jour. Ses réserves de gaz le placent au 5ème rang des plus grands fournisseurs mondiaux. En 2012, la croissance de l’économie nigériane restera soutenue, d’après les analystes du Fonds monétaire international ; et grâce au démarrage de nouveaux trains de liquéfaction de gaz naturel, les exportations d’hydrocarbures (95% du total) devraient s’accroître. La création d’un nouveau fonds souverain destiné à accueillir une partie des recettes pétrolières contribue à la solidité de la situation financière du pays. Mais la menace terroriste, les contraintes de production, la corruption, la volatilité des cours du brut et le relâchement de la discipline budgétaire peuvent détériorer ce tableau. Sous la pression politique, le précédent fonds a été épuisé en quelques mois dans un contexte où 60% de la population vivait avec moins d’un dollars par jour, d’après les chiffres publiés le 14 février 2012 par le bureau national de la statistique (NBC). Avec une production de 100.000 barils de brut toutes les 60 minutes, le Nigéria qui se contente de vendre du pétrole et d’importer des produits raffinés devrait attirer les investisseurs dans l’industrie du raffinage.

  1. Les enjeux géopolitiques

Entouré de pays francophones : Bénin, Cameroun, Niger, et Tchad, le Nigéria est une ancienne colonie britannique. Au plan politique, le pays est une fédération de 36 Etats (Abia, Adamawa, Akwa Ibom, Anambra, Bauchi, Bayelsa, Benue, Borno, Cross River, Delta, Ebonyi, Edo, Ekiti, Enugu, Gombe, Imo, Jigawa, Kaduna, Kano, Katsina, Kebbi, Kogi, Kwara, Lagos, Nasarawa, Niger, Ogun, Ondo, Osun, Oyo, Plateau, Rivers, Sokoto, Taraba, Yobe et Zamfara) au développement inéquitable. Véritable poumon économique de la sous-région, quand le Nigeria éternue, c’est tout le golfe de Guinée qui s’enrhume. Pour preuve, les attentats successifs de la secte Boko Haram au cours des dix derniers mois ont provoqué une envolée des prix des produits de première nécessité de plus de 150% aux frontières du pays avec le Cameroun et le Tchad notamment. Pour les investisseurs internationaux, s’implanter au Nigeria permet d’obtenir une « vue imprenable » sur l’Afrique centrale et de l’ouest.

  1. Le Delta du Niger

Depuis la guerre du Biafra, le delta du Niger est une poudrière à ciel ouvert. Avec ses 32 millions d’habitants en 2010, la région qui s’étale sur une superficie de 70 000 km² constitue l’un des dix principaux écosystèmes marins de zone côtière humide au monde. Elle représente, à elle seule, 75% des ressources pétrolières du Nigéria. Depuis 50 ans, l’or noir y a généré près d’un milliard de dollars, attisant toutes les convoitises. Etranglées par un chômage endémique, affamées par la pollution de la faune et de la flore, les populations aux prises avec l’air contaminé ont appris à vivre avec des malades respiratoires et cutanées. A cela s’ajoute la violence ethnique récurrente dans la région. Des groupes armés et bien renseignés sont impliqués dans des prises d’otages, des extorsions de fonds et des destructions de biens, avec comme cibles les entreprises pétrolières. Devant la responsabilité sociale et sociétale des entreprises, les analystes estiment qu’à quelques exceptions près, c’est pour une juste répartition des richesses locales que les groupes d’auto-défense locaux ont pris en otage les employés de Total, Shell ou Agip, et attaqué les oléoducs au cours des dernières années. Le gouvernement fédéral et les investisseurs doivent inventer une autre histoire à leur vendre.

  1. La piraterie maritime

D’après les chiffres disponibles aux Nations Unies, la piraterie maritime coûte deux milliards de dollars par an aux Etats riverains du golfe de Guinée. Avec le Bénin, le Nigéria est l’Etat le plus touché par ce phénomène. Le lancement de patrouilles de navires au large des côtes du Cameroun, du Gabon, de la Guinée équatoriale, et de Sao Tome et Principe depuis septembre 2011 n’a pas effacé les inquiétudes des investisseurs. Exception faite des géants mondiaux du security business tels que Aegis Defense Services, ArmorGroup, Asia Risk Solution, Blackwater Worldwide ou Hart Security, qui trouvent-là un nouveau marché après le Puntland somalien. Constituées d’anciens des unités d’élite de la CIA étatsunienne, du Mossad israélien, du GIGN français ou du FSB russe, ces agences de sécurité proposent des escortes armées appréciées de certains armateurs. Ce business pourrait toutefois se réduire si les pays de la sous-région mettent en place une stratégie régionale et un « mécanisme multinational et transrégional couvrant toute la région du golfe », suivant les recommandations du Conseil de sécurité des Nations unies de février 2012. La stratégie pourrait s’appuyer sur la Commission du golfe de Guinée (CGG), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

  1. La corruption et la fuite des capitaux

D’après la Commission nationale contre le crime économique et financier (EFCC),  plus de 380 milliards de dollars ont été soustraits des caisses de l’État nigérian en corruption et mauvaise gestion entre 1960 et 1999. Au cours des 40 dernières années, le pays a connu une fuite des capitaux absolument vertigineuse. Pour les autorités, le problème majeur que pose cette hémorragie est l’injection des capitaux mal acquis dans l’économie réelle et le financement du terrorisme, un vrai casse-tête pour les services de renseignement. S’ils veulent se protéger de la corruption inévitable pour finaliser certains contrats dans les Télécoms, le BTP et les hydrocarbures, les investisseurs doivent absolument se faire accompagner par cabinets de due diligence ou d’intelligence stratégique ayant une vraie pratique du marché local. Pour les analystes de Knowdys, c’est le seul moyen de gagner des parts de marchés dans ces secteurs tout en évitant les pièges comme ceux qui se sont refermés sur Saipem, filiale du pétrolier italien ENI, l’américain KBR, filiale d’Halliburton, ou encore les français Technip et Safran, tous épinglés en 2011 pour des faits présumés de corruption dans le pays.

  1. La démographie

Un Africain sur six est Nigérian. Selon les prévisions des Nations Unies, le Nigeria pourrait devenir, en 2050, le 3ème pays le plus peuplé du monde avec 389 millions d’habitants. Ce paramètre n’est pas seulement un atout économique. Il constitue également une bombe à retardement dans un pays où 50% des jeunes sont sans emploi ou sous-employés. Cette bombe démographique a pour effets négatifs directs ou indirects : l’aggravation du banditisme, l’augmentation de la cybercriminalité, ainsi que l’exacerbation de l’extrémisme religieux. L’autre paramètre parmi les plus importants liés à la démographie est l’agriculture. Porté par la demande intérieure, ce secteur génère 40% du PIB, emploie 2/3 de la population active mais ne bénéficie que de 2% du crédit. Si le secteur devait se moderniser, le surplus de production serait malgré tout difficile à écouler au regard des carences que connait le pays en matière de transport et de stockage. Pour toutes ces raisons, le Nigéria offre de réelles opportunités aux investisseurs capables d’anticiper la progression de la demande nationale.

  1. Les investissements directs étrangers

Du fait de ses richesses en hydrocarbures, en terres arables et de sa population importante, le Nigéria suscite un grand intérêt auprès des pays émergents (tels que la Chine et l’Inde) et des grandes puissances, dont les Etats-Unis, son premier client. Malgré la baisse, le pays continue d’être le principal bénéficiaire des investissements directs étrangers (IDE) en Afrique subsaharienne. Le ralentissement de l’économie mondiale, la dégradation du climat sécuritaire, la corruption, l’inefficacité administrative et les carences en infrastructures d’énergie ont porté un sérieux coup aux investissements. Même si les IDE restent importants, ils sont essentiellement absorbés par les secteurs du pétrole et du gaz naturel liquéfié. Or, avec la production et la commercialisation du brut ghanéen, certains investisseurs lorgnent désormais du côté du Ghana réputé attractif, stable et démocratique pour diversifier leurs activités en Afrique de l’ouest. Conséquences directes : le Nigéria, 6ème exportateur mondial de pétrole brut, n’a enregistré que 5,45 milliards USD en 2011 contre 8,65 milliards en 2009.

  1. La croissance économique

Dans un communiqué publié le 4 janvier 2012, Standard & Poor’s a salué les efforts de croissance du Nigéria. Le pays a, en effet, entrepris plusieurs réformes importantes et resserré son orientation budgétaire et monétaire, consolidant ainsi les fondamentaux de l’économie nationale sous la présidence de Goodluck Jonathan. Les analystes de Knowdys observent que le gouvernement fédéral suit des politiques macroéconomiques prudentes et renforce graduellement les institutions financières du pays. Grâce aux revenus tirés des cours élevés du pétrole, ces efforts ont considérablement amélioré les résultats macroéconomiques, permettant de réduire l’inflation et de soutenir la croissance du PIB de +7% en 2009, +8.1% en 2010, +8.4% en 2011 et +8.5% attendu en 2012. Face à la crise financière et économique mondiale, la croissance de 2010-2011 a clairement montré la résistance de l’économie nigériane aux chocs extérieurs et prouvé, dans une certaine mesure, la prudence des politiques économiques adoptées par Abuja. Les perspectives à moyen et long termes sont également prometteuses : les analystes de Citigroup, par exemple, prédisent que le pays pourrait devenir la 6ème économie mondiale en 2040 et la 5ème en 2050 avec un PIB supérieur à 42 000 milliards USD.

  1. Le climat des affaires

Conscientes que le climat des affaires est l’un des principaux points faibles du Nigéria, les autorités d’Abuja ont lancé un nouveau train de mesures, début 2012, visant à accroître les investissements, à encourager la cotation de secteurs essentiels et à améliorer la gouvernance des entreprises. « Nous lançons une vaste campagne de sensibilisation des investisseurs, de renforcement de la réglementation et de sanction des manquements dans le cadre de notre effort pour rassurer les investisseurs locaux et internationaux sur le fait que nos marchés sont transparents et performants », a déclaré Arunma Oteh, la directrice de la Commission des valeurs mobilières du Nigéria fin février 2012. Mais le pari est loin d’être gagné. Sur les 183 économies scrutées par Doing Business 2012 sous le prisme de la facilité à faire des affaires, le Nigéria arrive à la 133ème position, loin derrière le Ghana (63ème), la Tunisie (46ème), le Rwanda (45ème), très loin derrière l’Afrique du Sud (35ème) et Maurice (23ème). Mais « la hauteur des herbes n’empêche pas les pintades de se rencontrer » ironisent les Nigérians, confiants en leurs possibilités d’attirer les investisseurs malgré les contraintes du terrain.

  1. Le cinéma nollywoodien

Les analystes de Knowdys, comme ceux de la Diamond Bank, de la Guaranty Trust Bank et de la Nollywood Foundation, estiment que le moment est venu pour les grands investisseurs internationaux d’injecter de l’argent frais dans l’industrie cinématographique nigériane. Cost-killers exceptionnels, les 500 producteurs qui contrôlent actuellement le marché local mettent en moyenne 15.000 dollars et 10 jours pour produire un film commercialisable. Après 20 ans passés à fabriquer du cinéma low cost, sans aide de l’Etat fédéral ni capitaux étrangers, Nollywood a réussi, par sa persévérance et sa créativité, à rejoindre Hollywood (Etats-Unis) et Bollywood (Inde) dans le trio de tête des grandes places cinématographiques mondiales. Le Nigéria produit un film toutes les quatre heures, pour un total de plus de 2000 films par an, selon le calcul effectué en 2009 par l’institut de statistique de l’Unesco. L’agence onusienne évalue le poids financier de Nollywood à quelque 2,75 milliards USD contre 3,6 milliards pour Bollywood et 92 milliards pour la planète hollywoodienne. Les grands investisseurs qui ont auront le flair de miser très tôt sur le cinéma nigérian toucheront assurément le jackpot.

 
Guy Gweth

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Articles Par : Guy Gweth

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