Drogues, fusils et bombes nucléaires: l’Iran est-il une nouvelle «entreprise de trafic de drogue»?

Drogues, fusils et bombes nucléaires: l’Iran est-il une nouvelle «entreprise de trafic de drogue»?

Qu’est-ce qui est nécessaire pour mettre au point une guerre?

Tandis qu’Israël, les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont des vues sur l’énorme richesse pétrolière de l’Iran, de nombreux thèmes ont été lancés par les médias pour plaider en faveur de la guerre.

Depuis les années 1980, la prolifération nucléaire, le terrorisme et maintenant, selon le ministère américain des Finances, les liens supposés de l’Iran avec les réseaux mondiaux du trafic de drogue ont tous été évoqués dans des appels au «changement de régime».1 Il est cependant utile d’examiner l’histoire récente des liens entre les Services secrets et le trafic de drogue et la manière dont ce «flirt» fait progresser les grands objectifs géopolitiques des Etats-Unis.

Contras et Kosovo: les guerres de l’ombre de la CIA

Dans les années 1980, c’étaient les sandinistes et le «communisme castriste» qui arrangeaient bien le gouvernement de Reagan. Tandis qu’argent et armes parvenaient à «nos gars» les Contras, ceux-ci se montraient reconnaissants en massacrant des dizaines de milliers de Nicaraguayens pour l’Oncle Sam tout en fournissant des tonnes de cocaïne aux Américains amateurs de fêtes pendant cette décennie prospère.

En effet, lorsque les barons de la drogue Jorge Ochoa et Pablo Escobar scellèrent leur partenariat lucratif, ils le firent aux côtés des fascistes boliviens trafiquants de drogue et des généraux argentins néo-nazis qui entretenaient depuis longtemps des liens avec la CIA. Selon Consortium News: «Le putsch connu sous le nom de ‹Cocaine Coup› installa Luis Garcia Meza et d’autres officiers liés au milieu de la drogue qui firent rapidement de la Bolivie le premier narco-Etat d’Amérique du Sud. La fourniture sûre de cocaïne bolivienne fut importante pour le développement du cartel de Medellin au début des années 1980.»2

En réalité, c’est le baron bolivien de la drogue Roberto Suárez Goméz qui finança le coup d’Etat. Entretenant des liens étroits avec le régime de Pinochet au Chili et avec les généraux des escadrons de la mort en Argentine, Suárez était un pilier des milieux internationaux d’extrême-droite qui distribuaient généreusement de l’argent aux membres sud-américains de la Ligue anticommuniste mondiale (LACM) à l’idéologie nazie.

La CIA a créé des sociétés fictives liées au trafic de drogue

Lorsque la LACM fut créée en 1966 à Taipei sous l’appellation de Ligue anticommuniste des peuples d’Asie, elle fonctionna tout d’abord comme une filiale à cent pour cent des gouvernements de Taïwan sous la narcocratie nationaliste du dictateur Tchang Kaï-chek et la République de Corée et ensuite sous l’autorité de fer de Park Chung Hee, allié des Américains.

Parmi les autres membres importants qui fondèrent la LACM, il y avait Yoshio Kodama et Ryiochi Sasakawa, des criminels de guerre japonais fascistes de premier plan qui furent des chefs des syndicats du crime yakuza de l’après-guerre. C’étaient tous les deux des milliardaires dont la fortune provenait du trafic de drogue, des jeux et de la prostitution. Incarcéré en 1945 pour crimes de guerre, Sasakawa échappa à la potence, comme Kodama et le futur Premier ministre Nobusuke Kishi, et fut libéré en 1948 grâce à ses relations avec l’OSS-CIA. [L’Office of Strategic Services (OSS), était un Service de renseignements du ministère américain de la Guerre de 1942 à 1945]. Un jour, il s’est vanté d’être «le plus riche fasciste du monde». Kodama et Sasakawa œuvraient aux côtés de personnes liées à la Chine comme Paul Helliwell qui créa des sociétés fictives de la CIA liées au trafic de drogue, la Sea Supply Corporation basée à Bangkok et la Taiwanese Airline Civil Air Transport.

Et ce n’était personne d’autre que Sasakawa, l’homme fort soutenant la tête du Parti libéral démocratique du Japon, qui fut le principal soutien financier de l’Eglise de l’Unification du révérend Sun Myung Moon, qui entretenait des liens avec les Services secrets, et la LACM, acteur principal du Cocaine Coup en Bolivie, faits que vous avez peu de chances d’apprendre en lisant le «Washington Times», qui est aux mains de la secte Moon.3

Trafic de drogue pour le Kouo-min-tang

Comme l’a écrit l’analyste Peter Dale Scott dans le magazine «Variant», «dans les années d’après-guerre, lorsque le lobby chinois [de Taïwan] financé par le trafic de drogue était puissant à Washington et que les Etats-Unis transportaient des armes et des troupes de nationalistes chinois dans l’Est de la Birmanie, la production d’opium fut, en quinze ans, multipliée par cinq environ dans cette région reculée, passant de moins de 80 à 300–400 tonnes par année. Elle doubla à nouveau dans les années 1960, âge d’or de l’alliance entre le Kouo-min-tang et la CIA en Asie du Sud-Est.»4

Dans son livre paru récemment, Scott écrit:

«Les membres de la petite unité de l’OSS d’Helliwell à Kunming – Helliwell, E. Howard Hunt, Ray Cline, Lucien Conein et Mitchell WerBell – jettent une ombre épaisse à la fois sur les connivences entre Services de renseignements et trafiquants de drogue de l’après-guerre et sur l’histoire de la Ligue anticommuniste mondiale. En plus du soutien d’Helliwell aux trafiquants de drogue du Kouo-min-tang de Birmanie et de celui de Hunt au Mexique, on dit que la création de l’APACL [organisation précurseur de la LACM] doit beaucoup à Ray Cline. A la fin des années 1970, John Singlaub, autre vétéran du Kouo-min-tang, reprit la direction de la Ligue anticommuniste mondiale. Lucien Conein devint conseiller des fonctionnaires vietnamiens chargés de la surveillance des réseaux de drogue anticommunistes, Ngo Dinh Nhu tout d’abord puis le chef de la police Nguyen Ngoc Loan. Mitchell WerBell, qui continuait à mettre au point des armes légères à l’intention des Services secrets comme la Dirección Federal de Seguridad [mexicaine] était également lié aux protecteurs des escadrons de la mort de la LACM et il a fini par être inculpé de trafic de drogue.» (Peter Dale Scott, American War Machine, Lanham, Maryland, Rowman & Littlefield, 2010, pp. 52–53)

Une clique peu recommandable de criminels de guerre et de collaborateurs nazis

Peu après sa création, la LACM fut rejointe par des représentants du Bloc des nations anti-bolchéviques (ABN), une clique peu recommandable de criminels et de collaborateurs nazis dirigée par Yaroslav Stetsko. Lorsque les armées allemandes envahirent l’Union soviétique en 1941, Stetsko, alors chef de l’Organisation des nationalistes ukrainiens, des collaborateurs, proclama la création d’un Etat Quisling ukrainien allié au Troisième Reich. Dans l’Acte de proclamation d’indépendance de l’Ukraine, Stetsko déclarait que l’Ukraine «collaborerait étroitement avec la Grande Allemagne national-socialiste sous la conduite de son chef Adolf Hitler qui est en train de créer un nouvel ordre en Europe et dans le monde». Après la guerre, Stetsko et sa clique fuirent l’Europe grâce aux tristement célèbres réseaux d’exfiltration nazis du Vatican et prit fait et cause pour les Etats-Unis tout en travaillant avec des fascistes européens et latino-américains alliés aux réseaux mondiaux du trafic de drogue.

Tandis que le régime corrompu de Garcia Meza consolidait son pouvoir, ils massacrèrent les gens de gauche, les paysans et les chefs syndicalistes. Ils étaient assistés dans cette tâche par les spécialistes argentins de la «guerre sale» [période de terrorisme d’Etat en Argentine, de 1976 à 1983], d’agents de la CIA et de criminels de guerre nazis qui avaient échappé à la justice: Klaus Barbie et une bande disparate de terroristes d’extrême-droite. C’était une affaire internationale. L’architecte Stefano Delle Chiaie, qui, en 1980, venait de provoquer un bain de sang dans un attentat à la bombe en gare de Bologne qui fit 85 morts, fasciste pur jus qui entretenait des liens avec la CIA et le réseau Gladio de l’OTAN, mit en application son «talent» exceptionnel dans la création d’un trafic de drogue mondial et l’exportation du terrorisme en Amérique centrale. L’analyste de gauche Stuart Christie écrit à ce sujet: «Un des organisateurs de Delle Chiaie en Amérique latine, l’Allemand de l’Ouest Joachim Fiebelkorn (né en 1947), homme lige, ancien combattant du Kampfbund Deutscher Soldaten et souteneur de Francfort, qui avait travaillé avec Delle Chiaie en Bolivie, déclara plus tard à la police fédérale allemande que Delle Chiaie était le plus important intermédiaire international entre la mafia sicilienne et les producteurs de cocaïne d’Amérique latine. Basés dans une caserne de la police située à proximité de l’ambassade d’Allemagne de l’Ouest dans la capitale La Paz, les hommes de Delle Chiaie, Los Novios de la Muerte (Les Fiancés de la mort) comme ils se nommaient eux-mêmes, étaient engagés comme agents de sécurité et hommes de main au service de l’empire international de la drogue de Roberto Suárez, appelé ‹Roi de la cocaïne›, qui contrôlait la production, le transport, la distribution et la commercialisation de cette drogue.» (Stuart Christie, Stefano Delle Chiaie: Portrait of a Black Terrorist, London, Anarchy Magazine/Refract Publications, 1984)5

Le cartel de Medellin soutient l’anéantissement du communisme en Amérique latine

Selon les journalistes d’investigation Marta Gurvich et Robert Parry, «un grand nombre des agents des Services de renseignements argentins qui participèrent au Cocaine Coup tirèrent parti de leur victoire en Bolivie en se déplaçant vers le nord, en Amérique centrale où ils entraînèrent la troupe de racailles des Contras du Nicaragua: En 1981, le président Reagan autorisa officiellement la CIA à collaborer avec les Services de renseignements argentins pour développer l’armée des Contras.»

Sous la conduite de son directeur William Casey, la CIA ne se contenta pas d’observer les choses de l’extérieur. Avec la bénédiction de Reagan, elle conclut que le Cartel de Medellin pouvait être utilisé pour aider à vaincre le communisme en Amérique latine comme elle l’avait fait auparavant avec la mafia de la drogue en Asie. Elle fit pareil avec le Cartel Cali, beaucoup plus important, dirigé par les frères Rodriguez Orejuela, individus pleins d’initiative. A l’époque, on estimait que les «amis» de la CIA appartenant au milieu récoltaient jusqu’à 60 millions de dollars par mois, des broutilles par rapport à la situation actuelle. Mais lorsque les sandinistes perdirent le pouvoir en 1990, les relations avec Pablo Escobar se dégradèrent.

En réalité, comme la National Security Archive l’a révélé dans des documents autrefois classifiés, lorsqu’on eut mis la main sur Escobar, des preuves importantes révélèrent «les liens entre le détachement américano-colombien chargé de capturer le fugitif et l’un des chefs paramilitaires les plus tristement célèbres de Colombie.» Selon l’Archive, «l’affaire déclencha une enquête spéciale de la CIA visant à savoir si les Services de renseignements partageaient des informations avec des terroristes et des narcotrafiquants colombiens tout aussi dangereux qu’Escobar lui-même.» Et c’était le cas. Or le phénomène persiste aujourd’hui, comme on peut le voir dans la «guerre» menée par les Etats-Unis contre les puissants cartels mexicains.6

Nous le savons maintenant, cette grande «victoire» de la guerre contre le trafic de drogue a pratiquement favorisé une faction colombienne corrompue au détriment d’une autre sans effets perceptibles sur le terrain.

A vrai dire, selon Narco News,7 un document secret rédigé par Thomas M. Kent, procureur au ministère de la Justice, «affirme que des agents fédéraux du Bureau de la Drug Enforcement Administration (DEA) à Bogota, Colombie, sont des acteurs corrompus de la guerre contre le trafic de drogue.»8

Des agents américains de la lutte contre la drogue stipendiés par les trafiquants

Le journaliste Bill Conroy a révélé que «le mémorandum de Kent contient quelques-unes des plus graves allégations jamais formulées contre les agents américains de la lutte contre le trafic de drogue: des agents de la DEA chargés de la lutte contre la drogue en Colombie figurent sur les listes de personnes rémunérées par les trafiquants, sont complices d’assassinats d’informateurs qui en savent trop et, chose stupéfiante, aident directement les sinistres escadrons de la mort paramilitaires de droite à blanchir l’argent de la drogue. […] Le mémorandum affirme en outre que plutôt que d’être simplement quelques brebis galeuses qu’il faut signaler à leurs supérieurs, ces agents corrompus sont constamment protégés par des bureaux de surveillance au sein du ministère de la Justice.»

Il ne s’agit guère d’une anomalie. Cela traduit la nature corrompue des stratégies officielles des Etats-Unis au cours des dernières décennies. Comme on l’a appris à la fin des années 1990 – en grande partie à la suite du scandale provoqué par la série Dark Alliance de Gary Webb – un memorandum of understanding (lettre d’intention) secret entre le ministère de la Justice de Reagan et la CIA a été divulgué. Ce document de 1982 dispensait légalement la CIA de signaler les cas de contrebande de drogue et les autres crimes commis par ses agents. Un point à garder en mémoire quand nous examinerons ci-dessous les allégations américaines sur la corruption de hauts fonctionnaires iraniens.9

Des méthodes semblables à celles de la guerre froide

S’agissait-il ici d’anomalies de la guerre froide? Certainement pas.

Lorsque le «Grand triangulateur»* Bill Clinton arriva au pouvoir en 1993, ce fut Slobodan Miloševic qui reprit le rôle du siècle en Europe en tant que «nouvel Hitler». La guerre froide ayant pris fin, la «menace» soviétique étant devenue une image floue dans le rétroviseur et les «réformes» économiques néolibérales faisant fureur, les Etats-Unis commencèrent leur extension de l’OTAN à l’Est, dans l’ancien bloc soviétique. La Yougoslavie, considérée comme un anachronisme, devait disparaître, et elle disparut effectivement.

Peu importait qu’avant d’occuper le Bureau ovale, lorsqu’il était gouverneur de l’Arkansas, Clinton ait enterré l’enquête sur les opérations illicites de Barry Seal, légendaire «drug pilot» de la CIA et mouchard de la DEA. Comme l’a relaté le journaliste d’investigation Daniel Hopsicker dans le Washington Weekly en 1997, de nombreuses sources attestent que Seal10 et ses acolytes avaient transporté par avion de grandes quantités de drogue jusqu’à l’aéroport de Mena à l’intention du Cartel de Medellin au cours d’opérations «protégées» destinées à financer les Contras du Nicaragua.11

Reprenant un mode opératoire utilisé par les Services de renseignements depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout d’abord en Asie, puis dans le monde entier, des extrémistes politiques et religieux et des organisations de trafiquants de drogue liés aux Services secrets occidentaux commencèrent à accomplir des «miracles» dans les Balkans.

Au vu et au su de la CIA, l’UÇK pratiquait un trafic d’héroïne et de prostitution très lucratif dans toute l’Europe

De l’autre côté de l’Atlantique, alors que les médias étaient obsédés par les taches sur la robe bleue de Monica Lewinsky, le démembrement de la Yougoslavie battait son plein. Les proches alliés de l’Amérique et de l’Allemagne, le gouvernement bosniaque sécessionniste d’Alija Izetbegovic, chouchou des «interventionnistes humanitaires» occidentaux, escroc islamiste qui, pendant la guerre, avait manifesté sa sympathie à l’égard de la 13e division de montagne de la Waffen-SS Handschar [opérant en Croatie], ce qui lui valut un séjour dans une prison yougoslave, procura des passeports et des armes à des milliers d’anciens combattants afghano-arabes afin d’aider à «libérer» la Bosnie. Comme en ce qui concerne les actuelles opérations de «changement de régime» en Libye et en Syrie, des djihadistes salafistes alignés sur une armée de l’ombre de la CIA transformée en Al-Qaïda, affluèrent dans la région.

Les laquais de Ben Laden ravagèrent la Bosnie, massacrant joyeusement juifs, Roms et Serbes tout en créant des «institutions caritatives» wahhabistes financées par l’Arabie saoudite. Quelques années plus tard, ils pénétrèrent au Kosovo où ils rejoignirent leur nouvelle «amie de toujours», l’Armée de libération du Kosovo (ALK). Commandée d’une main de fer par les gangsters Hashim Thaçi, Agim Çeku et Ramush Haradinaj, l’ALK, s’allia à des mafieux italiens et à des caïds turcs et pratiqua dans toute l’Europe un trafic d’héroïne et de prostitution très lucratif.

En 1999, la «Montreal Gazette» a révélé que des «rebelles albanais du Kosovo entretenaient dès 1994 des liens avec des trafiquants de drogue européens tandis que les autorités américaines mettaient en garde contre le fait que des Kosovars se livraient à une intense contrebande d’armes et de drogue. Les polices de divers Etats occidentaux constatèrent une augmentation de la proportion d’héroïne parvenue dans leurs pays par les Balkans et l’augmentation parallèle de la criminalité et des morts par overdose.»12

Michael Levine, agent pendant 25 ans de la DEA et «lanceur d’alerte» qui co-anime aujourd’hui l’Expert Witness Radio Show,13 a déclaré à la «Montreal Gazette» qu’il était évident que les Services secrets américains avaient connaissance des liens de l’ALK avec le trafic de drogue:

«Aussi longtemps que la CIA protégera l’ALK, d’importants trafics de drogue seront à l’abri de toute enquête policière»

«La CIA a protégé l’ALK tant qu’elle a pu. Aussi longtemps que la CIA protégera l’ALK, d’importants trafics de drogue seront à l’abri de toute enquête policière.»

Dans un article du Covert Action Quarterly, l’analyste Michel Chossudovsky écrit que «tandis que les chefs de l’ALK serraient la main de la Secrétaire d’Etat Madeleine Albright à Rambouillet, Europol (office de police criminelle européen basé à La Haye) était en train de préparer un rapport à l’intention des ministres européens de l’Intérieur et de la Justice sur les relations entre l’ALK et les gangs albanais de la drogue.14 […]
Pour se développer, les syndicats du crime impliqués dans le trafic de drogue des Balkans avaient besoin d’amis haut placés. On suppose que des gangs de contrebandiers entretenant des liens supposés avec l’Etat turc contrôlent le trafic d’héroïne à travers les Balkans en collaborant étroitement avec d’autres groupes avec lesquels ils entretiennent des liens politiques ou religieux, dont des groupes criminels d’Albanie et du Kosovo. Dans ce nouveau contexte financier global, de puissants lobbys politiques secrets liés à la criminalité organisée entretiennent des relations avec des personnalités politiques éminentes et des membres de l’establishment militaire et du renseignement.»

ALK possédait son narco-Etat et le Département d’Etat avait son Camp Bondsteel

A la suite des bombardements de l’OTAN, qui durèrent 78 jours – modèle des actuelles «interventions humanitaires» du Département d’Etat – l’ex-Yougoslavie socialiste était en ruines, l’ALK possédait son narco-Etat et le Département d’Etat avait son Camp Bondsteel. En 2000, les hommes de Thaçi écartèrent les mafieux turcs et italiens et prirent le contrôle du lucratif trafic d’héroïne15 à travers les Balkans et recueillirent des organes humains pour les vendre sur le marché noir international.16

C’était une victoire sur toute la ligne.

Nous devrions nous souvenir de ce qu’écrit Chodussovsky car des «lobbys politiques clandestins» comme l’Organisation des Moudjahidin du peuple d’Iran (Moudjahidin-e Khalq, MEK), et leurs différentes couvertures, comme le Conseil national de la Résistance d’Iran (CNRI), «entretiennent des liens avec des personnalités politiques éminentes et des membres de l’establishment militaire et du renseignement», arrosant les politiques et les élites militaires des Etats-Unis de millions de dollars sous forme d’«honoraires de conférencier» provenant de sources inconnues, comme l’a montré le Christian Science Monitor.

La nouvelle «heroin connection»?

Si la perspective d’un Iran possédant l’arme nucléaire ne suffit pas pour affoler des Américains vigoureux et très croyants, considérez ce titre spirituel de Radio Free Europe/Radio Liberty: «Selon les Etats-Unis, un général iranien est impliqué dans le trafic de drogue afghan.»17

C’est vrai. L’ancien porte-parole de la CIA Radio Free Europe/Radio Liberty, qui a flairé le coup et brûle de faire la guerre, nous a informés la semaine dernière [avant le 18 mars] que le gouvernement Obama avait «déclaré qu’un général de l’unité d’élite iranienne al-Quds était un personnage clé du trafic d’héroïne en provenance d’Afghanistan.»

Selon le ministère américain des Finances, «le général Gholamreza Baghbani, qui dirige le Bureau du corps al-Quds des Gardiens de la Révolution à Zahedan, a été qualifié de «cheville ouvrière du trafic de drogue».

On nous apprend qu’il a été accusé «d’aider les trafiquants de drogue à transporter des opiacés en Iran et d’aider à envoyer des armes aux talibans.»
Entrées d’armes, sorties de drogue. Bien que cela nous rappelle quelque chose, parlons-nous ici de l’Iran ou de l’Afghanistan, avant-poste asiatique de l’OTAN?

En Afghanistan, depuis l’invasion de 2001 commandée par les Américains, la production d’opium et d’héroïne est montée en flèche

Dans une chronologie de 1998 insérée dans le Journal officiel du Congrès à l’occasion de l’augmentation du budget de 1999 des Services de renseignements, on peut lire le passage suivant:

«Le coup d’Etat en Afghanistan soutenu par l’Union soviétique prépare le terrain pour une augmentation explosive du trafic d’héroïne en Asie du Sud-Est. Le nouveau régime marxiste entreprend une énergique campagne anti-drogue visant à mettre fin à la production de pavot, ce qui a déclenché une révolte des groupes tribaux semi-autonomes qui cultivent l’opium pour l’exportation. Les Moudjahidin rebelles soutenus par la CIA commencent à augmenter leur production pour financer leur insurrection. Entre 1982 et 1989, époque pendant laquelle la CIA a fourni aux forces de la guérilla des armes et d’autres aides pour des milliards de dollars, la production annuelle d’opium en Afghanistan passe de 250 tonnes à quelque 800 tonnes. En 1986, le Département d’Etat reconnaît que l’Afghanistan est probablement le plus important producteur d’opium du monde pour l’exportation et la source de pavot de la majorité de l’héroïne d’Asie du Sud-Est découverte aux Etats-Unis. Cependant les fonctionnaires américains ne font rien pour réduire la production. Leur silence sert non seulement à maintenir l’aide publique aux Moudjahidin mais à faciliter les relations avec le Pakistan dont les leaders, sérieusement compromis dans le trafic de drogue, aident à canaliser le soutien de la CIA aux insurgés afghans.»18

Depuis l’invasion de 2001 commandée par les Américains, le phénomène se répète. La production d’opium et d’héroïne est montée en flèche en Afghanistan, avant tout parce que les forces de l’OTAN se sont alignées et soutiennent le responsable de l’extension considérable de la culture du pavot, c’est-à-dire le narco-Etat d’Hamid Karzai infesté par les seigneurs de la guerre. Mais plutôt que de pointer du doigt l’origine de ce qui équivaut à un trafic de drogue protégé, la CIA, l’OTAN, Radio Free Europe/Radio Liberty et leurs complices médiatiques s’attaquent à la République islamique. Raison de plus pour déclencher une guerre préventive!

Les Etats-Unis et les troupes de l’OTAN sont-ils directement impliqués dans le trafic de drogue?

Mais les autorités iraniennes déplorent le fait que la production d’opium et d’héroïne en Afghanistan a eu de graves répercussions en Iran et, comme la Russie, elles accusent les Etats-Unis de fermer les yeux quand il s’agit de combattre la production d’opium. Sergei Blagov a écrit, sur le site de l’EPFZ ISN Security Watch, que «les autorités russes considèrent la situation comme une narco-agression contre la Russie et une nouvelle ‹guerre de l’opium›». La presse russe a même été moins diplomate, accusant les Etats-Unis et les forces de l’OTAN d’être directement impliquées dans le trafic de drogue. Des médias russes prétendent que la plus grande partie des drogues produites dans les provinces du sud et de l’ouest de l’Afghanistan est transportée à bord d’avions américains.»19

Commentant la «destruction créatrice» provoquée par l’OTAN, l’ex-ambassadeur de Grande-Bretagne en Ouzbékistan Craig Murray a écrit dans le Daily Mail que «le succès économique de l’Afghanistan va bien au-delà de la simple production d’opium brut. En réalité, l’Afghanistan n’exporte plus du tout d’opium brut. Il a réussi à accomplir ce que l’aide internationale presse de faire tous les pays en développement: L’Afghanistan est passé aux opérations industrielles ‹à valeur ajoutée›.»20

Selon Murray, c’est un fait établi par de nombreux organismes chargés de faire respecter la loi: «L’Afghanistan n’exporte plus de l’opium, mais de l’héroïne. L’opium est transformé en héroïne à l’échelle industrielle, non plus dans des cuisines, mais dans des usines. Les millions de litres de produits chimiques nécessaires sont acheminés dans le pays par camions-citernes. Ces véhicules ainsi que des quantités de camions chargés d’opium partagent les routes – améliorées grâce à l’aide américaine – avec les troupes de l’OTAN. […] Comment cela a-t-il été possible, et à cette échelle? La réponse est simple. Les quatre acteurs les plus importants du commerce d’héroïne sont tous des membres haut placés du gouvernement afghan et nos soldats combattent et meurent pour les protéger.»

Mais ne laissons pas des choses aussi gênantes que des faits nous empêcher de stopper les «nouveaux Hitler» de Qom!

L’Iran saisit entre 20 et 40% des drogues

Selon Reuters, l’Iran, qui «est une importante route de transit de l’héroïne et de l’opium asiatiques en direction des marchés occidentaux, […] a été loué par les responsables de la lutte anti-drogue des Nations Unies à Téhéran pour ses efforts dans l’arrestation des trafiquants et les saisies de drogue.»
Roberto Arbitrio, représentant de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) a déclaré: «La lutte contre la drogue est vraiment un des aspects positifs (concernant l’Iran)». Il a déclaré aux agences de presse lors d’une interview portant sur l’opium, la morphine et l’héroïne, que c’était «le premier pays au monde en matière de saisies d’opiacés: elles ont atteint 300 tonnes l’année dernière.»

Selon les révélations de Reuters, les faits évidents en disent long: «Les résultats de la campagne anti-drogue de l’Iran sont les suivants: le pays a saisi 20 à 40% du volume du trafic alors que les Etats-Unis et l’Europe n’en ont saisi que 5 à 10%», statistique parlante dont les médias occidentaux bellicistes ont peu de chances de faire état.21

En novembre dernier, l’UNODC a fait savoir que l’Iran a conclu avec l’Afghanistan et le Pakistan un accord «destiné à renforcer la lutte contre le trafic de drogue dans les trois pays les plus touchés par l’opium afghan. Cette initiative encourage l’échange d’informations et les opérations conduites par les Services secrets et visant les principaux réseaux transnationaux.»22

Le directeur général de l’UNODC Yuri Fedotov a déclaré que «les trois pays avaient lancé une ‹initiative triangulaire› qui a déjà renforcé leurs capacités de lutte transfrontalière contre la drogue. «Fait révélateur, une cellule de planification commune a été créée à Téhéran [c’est nous qui soulignons] pour améliorer les capacités analytiques et opérationnelles et lancer des opérations communes.»

Selon Fedotov, cette cellule «a enregistré des succès. Depuis 2009, 12 opérations de lutte contre la drogue coordonnées par la cellule de planification commune ont abouti à la saisie de plusieurs tonnes de drogue illicite et à l’arrestation de nombreux trafiquants.»

Ce n’est certainement pas le message que les bellicistes de Washington tiennent à entendre. Mais que pouvons-nous apprendre en Amérique, là où l’Administration Obama a l’oreille des médias et peut exercer son influence sur la «guerre»  à courte vue que les Etats-Unis mènent contre la drogue?

Accords actuels d’agences gouvernementales américaines avec les cartels de la drogue

Les médias ont réagi avec indifférence lorsque deux avions transportant près de 10 tonnes de cocaïne ont été saisis au Mexique – il s’agissait d’avions commerciaux maquillés pour ressembler à ceux utilisés par le Department of Homeland Security (cf. documents révélateurs de Daniel Hopsicker sur le sujet23) ou lorsque la quatrième plus grande banque américaine, Wachovia, a reconnu avoir blanchi 378,4 milliards d’argent de la drogue pour des cartels mexicains24 et s’en est tirée avec une amende, lorsque – comme l’a relaté Bill Conroy dans Narco News,25 le Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearms (ATF) a laissé passer la frontière à des armes destinées au gang de narcotrafiquants favori de la CIA, le Cartel de Sinaloa.

Narco News a révélé en décembre que dans le procès imminent, à Chicago, d’un des chefs principaux du Cartel de Sinaloa Jesus Vincente Zambada Niebla, les procureurs fédéraux cherchaient à dissimuler des preuves de la défense selon lesquelles des agences gouvernementales américaines, notamment la CIA et la DEA, «ont conclu un accord avec les chefs du Cartel mexicain de Sinaloa qui leur accorde l’immunité en échange de renseignements concernant d’autres organisations de trafiquants de drogue.»26

Conroy a révélé que «des procureurs américains ont confirmé dans des documents de justice qu’un autre chef du Cartel de Sinaloa, l’avocat mexicain Loya Castro, a collaboré pendant 10 ans (et cette année encore, 2011) comme informateur de la DEA tout en travaillant pour le Cartel de Sinaloa.»

Narco News a révélé que, selon «les déclarations de Zambada Niebla devant les juges, Loya Castro a servi d’intermédiaire de Sinaloa lors de son accord avec le gouvernement américain.» En effet, pour protéger ses sales arrangements avec le plus important gang de trafiquants de drogue du Mexique – entreprise multimilliardaire dont les tentacules s’étendent dans les deux Amériques – «le gouvernement des Etats-Unis, selon des pièces de procédure judiciaires enregistrées en septembre, ont déposé dans cette affaire une motion visant à invoquer le Classified Information Procedures Act (CIPA, Loi sur les Procédures relatives aux renseignements confidentiels) qui garantit que des informations concernant la sécurité nationale ne soient pas rendues publiques au cours des procès.»27

La CIA et les transports de drogue par avion

Qu’est-ce qui pourrait bien, ici, menacer la «sécurité des Etats-Unis»? Je vous le demande.

Comme Daniel Hopsicker l’a révélé l’été dernier, quand Kenneth Melson, directeur suppléant «en difficulté» du Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearms, témoigna devant le Congrès, il «refusa de tomber à cause du programme Fast and Furious [opération de vente illégale d’armes au profit des cartels mexicains] avec lequel il n’avait rien ou quasi rien à voir.»28

Pointant du doigt le ministre de la Justice américain Eric Holder, Melson a déclaré aux escrocs du Congrès que «les preuves que nous avons recueillies augmentent la probabilité que le ministère de la Justice ait non seulement permis à des criminels de faire sortir des armes clandestinement mais que l’argent d’autres agences gouvernementales – argent des contribuables – ait financé les personnes engagées dans ce genre d’activités.»

Comme Hopsicker l’a fait remarquer, ces «mystérieuses ‹autres agences gouvernementales› désignent la CIA.»

Hopsicker pose la question suivante: «Si la CIA arme les cartels de la drogue mexicains, n’est-elle pas également derrière les curieuses démarches visant à fournir à ces barons de la drogue d’excellents avions immatriculés aux Etats-Unis?  […] Les deux fameux avions immatriculés aux Etats-Unis qui ont été arraisonnés au Yucatan (Mexique) et qui transportaient presque 10 tonnes de cocaïne ne faisaient-ils pas partie de la même opération – jusqu’ici sans nom – derrière l’Opération Gunwalker de l’ATF?»

Hopsicker a révélé qu’au moins un de ces avions transportant de la drogue, un Gulfstream business jet (N987SA),29 faisait partie, selon le Bloomberg Markets Magazine et The Observer30 d’une flotte de cinquante avions achetés avec de l’argent blanchi par la banque Wachovia et que donc un au moins était utilisé pour transporter des individus suspectés d’être des «terroristes» lors des «vols clandestins» de la CIA.

Qui peut encore croire à ces accusations contre l’Iran?

Mais tout cela appartient au passé. Nous devrions «regarder devant nous et non pas derrière nous». Pourquoi nous préoccuper d’«histoire ancienne» quand il s’agit de mener une nouvelle guerre?

Selon un communiqué du ministère des Finances, «le Département du Trésor américain informe qu’il considère le général Gholamreza Baghbani, commandant de la Force al-Qods, unité d’élite des Gardiens de la Révolution islamique en Iran (IRGC-QF), comme un trafiquant de drogue conformément à la Foreign Narcotics Kingpin Designation Act (Loi de désignation des barons de la drogue). Il s’agit du premier recours à cette loi contre un responsable iranien.»31

David S. Cohen, Sous-secrétaire au Trésor chargé des questions liées au financement du terrorisme, a déclaré: «La décision d’aujourd’hui révèle l’implication de l’IRGC-QF dans le trafic de drogue. Cette implication est doublement répréhensible car elle fait partie d’un complot plus vaste de soutien du terrorisme. Le Département du Trésor continuera de dénoncer les trafiquants de drogue et ceux qui soutiennent les terroristes où qu’ils agissent.»

Si ces allégations sont crédibles et étant donné le rôle joué par Cohen en tant que fer de lance d’Obama en matière d’application des sanctions contre l’Iran, les accusations sont scandaleuses. On nous dit que «le général Baghbani a permis aux trafiquants de drogue afghans de faire entrer des opiacés en Iran en échange d’une aide. Ainsi, des trafiquants afghans ont livré des armes aux talibans pour le compte de Baghbani. Le général a contribué à faciliter la contrebande, à travers la frontière iranienne, de précurseurs chimiques de l’héroïne. Il a également contribué à faciliter le transport d’opium vers l’Iran.»

Des combattants médiatiques

Sautant immédiatement dans l’arène, le Long War Journal de droite a accusé al-Qaïda «de faciliter le déplacement de ses combattants de Mashad [Iran] vers l’Afghanistan. De plus, Al-Qaïda utilise les villes [de l’Ouest de l’Iran] de Tayyebat et de Zahedan pour faire passer ses combattants en Afghanistan.»32

On a appris que «plusieurs commandants talibans [non nommés] basés dans l’Ouest de l’Afghanistan ont affirmé avoir bénéficié d’armes, d’argent et d’entraînements de la part des forces iraniennes. Des commandants et des unités de talibans s’entraînent en Iran à mener des attaques contre les forces de l’OTAN et les forces afghanes. En outre, on sait que des combattants d’Al-Qaïda reçoivent un soutien du corps Ansar. Mashad est un lieu de transit pour les combattants d’Al-Qaïda.»

S’agit-il là d’une «preuve» apportée par le Long War Journal? Pourquoi ne serait-ce pas simplement une allégation de 2010 du commandant disgracié de la FIAS, le général Stanley McCrystal, qui avait déclaré que «l’Iran entraîne des combattants talibans et leur fournit des armes»? L’affaire serait donc classée?

Selon le Tehran Times,33 dans le complot peu crédible, l’année dernière, de l’IRGC-QF visant à assassiner l’ambassadeur d’Arabie saoudite Adel al-Jubeir dans un restaurant huppé de Washington, on dispose maintenant de preuves qu’un personnage clé du complot, le vendeur texan de voitures d’occasion en faillite, Manssor Arbabsiar, qui prétendait s’appeler Gholam Shakuri et être un officier des Gardiens de la Révolution, a été démasqué par les autorités iraniennes et Interpol comme étant un membre des Moudjahidine e-Khalq (MEK).34

L’histoire peu crédible du complot iranien contre l’ambassadeur d’Arabie saoudite

Selon Mehr News Agency, «Interpol a découvert de nouvelles preuves que le suspect numéro deux en rapport avec la supposée implication du gouvernement iranien dans le complot visant à assassiner l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington est un membre important de l’organisation terroriste MEK. […] Gholam Shakuri a été vu pour la dernière fois à Washington et au Camp Ashraf en Irak où sont basés des membres du MEK».

Citant un rapport d’Interpol, Mehr News Agency a prétendu que «la personne en question a voyagé dans différents pays sous différents noms – Ali Shakuri, Gholam Shakuri, Gholam Hossein Shakuri – en utilisant des faux passeports dont des faux passeports iraniens. L’un d’eux avait été établi à Washington le 30 novembre 2006. Son numéro était K10295631.»

Comme pour le prétendu complot visant à assassiner l’ambassadeur d’Arabie saoudite, supposé exécuté en connivence avec un membre du Cartel mexicain Zetas, enclin à la violence, qui s’est avéré être un informateur de la DEA, les accusations du Département américain des Finances à l’encontre du général Gholamreza Baghbani doivent être considérées avec scepticisme.

Le journaliste Gareth Porter, qui a enquêté sur le complot, écrit: «Les allégations selon lesquelles le vendeur de voitures d’occasion américano-iranien voulait ‹attaquer› l’ambassade d’Arabie saoudite et d’autres cibles reposent entièrement sur le témoignage de l’informateur de la DEA qu’il a rencontré. Cet informateur est un trafiquant de drogue qui avait été inculpé de violation de la loi sur les stupéfiants dans un Etat américain mais qui avait vu ses charges abandonnées ‹en échange de sa coopération dans différentes enquêtes sur des trafics de drogue› (rapport du FBI). Cet informateur n’est pas une source indépendante mais quelqu’un qu’on a payé pour poursuivre des objectifs du FBI.»35

Rendues publiques quelques jours avant que la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications (SWIFT), se soumettant à des pressions américaines, n’écarte de son réseau 30 établissements financiers d’Iran, dont la Banque centrale, dans une tentative de paralyser économiquement le pays, les allégations concernant Baghbani devraient être considérées comme un autre élément de la guerre de l’ombre menée par les Etats-Unis.

352 milliards de dollars, cela permet d’acheter le silence de nombreuses personnes

En répandant des histoires à sensation sur les connivences entre l’Iran et les talibans et son rôle central dans le trafic de drogue, le gouvernement compte voir paraître une nouvelle série d’articles alarmistes des médias occidentaux tandis que cette expertocratie fait tout son possible pour cacher les preuves de la complicité des Services de renseignements américains dans le fléau mondial de la drogue.

Pourquoi pas? Antonio Maria Costa, directeur de l’UNODC, a écrit en 2009 dans The Observer qu’«il avait la preuve que les produits du crime organisé ont été ‹le seul capital investissement liquide› à la disposition de certaines banques au bord de l’effondrement l’année dernière. Il a affirmé que la majorité des 352 milliards de dollars générés par la drogue a été absorbée par le système économique.»

Après tout, 352 milliards de dollars, cela permet notamment d’acheter le silence de nombreuses personnes!    

Tom Burghardt

Article original en anglais publié le 18 mars 2012 :


Drugs, Guns and Nukes: Iran as the New ‘Dope, Incorporated’
- by Tom Burghardt – 2012-03-18

Traduction Horizons et débats
http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=3267

Tom Burghardt est un chercheur militant établi dans la baie de San Francisco. Il publie des articles dans les magazines Covert Action Quarterly et Global Research et collabore à la rédaction du Cyrano’s Journal Today. On peut également lire ses articles dans les médias Dissident Voice, Pacific Free Press, Uncommon Thought Journal et sur le site Wikileaks. Il est l’éditeur de Police State America: U.S. Military «Civil Disturbance» Planning, distribué par AK Press et a participé à la rédaction de The Global Economic Crisis: The Great Depression of the XXI Century publié par Global Research.

*La triangulation est une invention de Dick Morris, conseiller de Bill Clinton. Elle désigne l’art de découvrir le point exact situé entre les positions extrêmes de son propre parti et celles des extrémistes de l’autre camp afin de convaincre tout le monde.

1    US Department of Treasury. Press Center. Treasury Designates Iranian Qods Force General Overseeing Afghan Heroin Trafficking Through Iran. March 7, 2012 (www.treasury.gov/press-center/press-releases/Pages/tg1444.aspx)
2    Marta Gurvich & Robert Parry. Nazi Echo: Argentina, Death Camps & the Contras. Consortium News, 19/9/1998. (www.consortiumnews.com/1990s/consor24.html)
3    Archiv. Dark Side of Rev. Moon. Consortiumnews.com
4    Peter Dale Scott. Washington and the politics on drugs. Variant. Vol. 2, Number 11. Summer 2000. p. 2–5. (www.variant.org.uk/pdfs/issue11/Peter_Dale_Scott.pdf)
5    Stuart Christie. Stefano Delle Chiaie: Portrait of a «Black» Terrorist. (http:/libcom.org/files/Stefano-Delle-Chiaie.pdf)
6    The National Security Archive. Colombian Paramilitaries and the United States: «Unraveling the Pepes Tangled Web». Documents Detail Narco-Paramilitary Connection to U.S.-Colombia Anti-Escobar Task Force. CIA Probed Whether U.S. Intelligence Was Passed to «Los Pepes» Terror Group. Colombian Government Both Recipient and Target of U.S. Intelligence. National Security Archive Electronic Briefing Book no 243. Edited by Michael Evans Posted – February 17, 2008. (www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB243/index.htm)
7    Leaked Memo: Corrupt DEA Agents in Colombia Help Narcos and Paramilitaries. Internal Justice Dept. Document Alleges Drug Trafficking Links, Money Laundering and Conspiracy to Murder. (www.narconews.com/Issue40/article1543.html)
8    Memorandum to Jodi Aergun, Chief, NDD from Thomas M. Kent, Trial Attorney, Wiretap Unit. 19/12/2004. (www.narconews.com/docs/ThomasKentMemo.pdf)
9    Mercury Center, San José. Dark Alliance. The Story Behind the Crack Explosion. (www.narconews.com/darkalliance/drugs/start.htm)
10    Barry Seal, cf. www.spartacus.schoolnet.co.uk/JFKseal.htm
11    Daniel Hopsicker. The (Secret) Heartbeat of America. A New Look at the Mena Story. The Washington Weekly. May 12, 1997. (www.idfiles.com/heartbeat.htm)
12    The KLA and the Heroin Craze oft he 90s. The Montreal Gazette. 15/12/99 (www.balkanpeace.org/index.php?index=/content/balkans/kosovo_metohija/kla_drugs/klad01.incl)
13    http://expertwitnessradio.org/site/
14    Michel Chossudovsky. Kosovo Freedom Fighters Financed by Organised Crime. Covert Action Quarterly, April 10, 1999. (Global Research, 4/1/11)
15    Peter Klebnikov. Heroin Heroes. Mother Jones. Jan./fév. 2000
16    Mafia State: Kosovo’s Prime Minister Accused of Running Human Organ, Drug Trafficking Cartel. Antifascist Calling. 21/12/10. (http://antifascist-calling.blogspot.com/2010/12/mafia-state-kosovos-prime-minister.html)
17    Radio Free Europe. Radio Liberty. Iran: U.S. Says Iranian General Instrumental In Afghan Drug Traffic. March 7, 2012.
18    Congressional Record. Intelligence Authorization Act for Fiscal Year 1999. (House of Representatives, May 7, 1998). (https://www.fas.org/irp/congress/1998_cr/980507-l.htm)
19    Sergei Blagov. Moscow Accuses West of Narco-Aggression. ISN International Relations and Security Network, ETH Zürich. 1/4/2010. (www.isn.ethz.ch/isn/Current-Affairs/Security-Watch-Archive/Detail/?lng=en&id=114434)
20    Craig Murray. Britain is protecting the biggest heroin crop of all time. Mail Online, July 21, 2007. (www.dailymail.co.uk/news/article-469983/Britain-protecting-biggest-heroin-crop-time.html)
21    «Iranian wall» seen hindering drug smugglers: UN. Reuters, May 13, 2007. (www.reuters.com/article/2007/05/13/us-iran-drugs-idUSDAH33724920070513)
22    Unodoc. Press Release. Wien, November 28, 2011. Afghanistan, Iran and Pakistan deepen cooperation to combat threats posed by illicit drugs. (https://www.unodc.org/unodc/en/press/releases/2011/November/afghanistan-iran-and-pakistan-deepen-cooperation-to-combat-threats-posed-by-illicit-drugs.html)
23    Daniel Hopsicker. The «Cocaine-1» and «Cocaine-2» Archive. (www.madcowprod.com/cocaine-archive.htm)
24    Michael Smith. Wachovia’s Drug Habit. Bloom­berg.com (www.bloomberg.com/news/2010-07-07/wachovia-s-drug-habit.html)
25    Bill Conroy Archiv. (http://narcosphere.narconews.com/notebook/bill-conroy/)
26    Bill Conroy. US Prosecutors Seeking to Prevent Dirty Secrets of Drug War From Surfacing in Cartel Leader’s Case. Narcosphere. November 5, 2011. (http://narcosphere.narconews.com/notebook/bill-conroy/2011/11/us-prosecutors-seeking-prevent-dirty-secrets-drug-war-surfacing-cartel-)
27    ibid.
28    Daniel Hopsicker. The Operation Behind Operation Gunwalker. Did the sell planes too? July 13, 2011. (www.madcowprod.com/07132011.htm)
29    Daniel Hopsicker. CIA Drug Planes: «Tip of the iceberg». Fleet of 50 American planes sold to Mex Cartel. January 16, 2008. (www.madcowprod.com/01162008.html)
30    cf. note 24 et Ed Vulliamy. How a big US bank laundered billions from Mexico’s murderous drug gangs. «The Guardian», April 3, 2011.
31    US Department of the Treasury. Press Center. Treasury Designates Iranian Qods Force General Overseeing Afghan Heroin Trafficking Through Iran. March 7, 2012.
32    Bill Roggio. US adds Qods Force general as ‘Narcotics Kingpin’ for heroin, weapons smuggling in Afghanistan. The Long War Journal, March 7, 2012 (www.longwarjournal.org/archives/2012/03/us_adds_qods_force_g.php)
33    Number Two suspect in plot case is MKO member: source. Tehran Times, October 17, 2011. (www.tehrantimes.com/index.php/politics/3655-number-two-suspect-in-plot-case-is-mko-member-source)
34    Number two suspect in plot case is MKO member. Mehrnews.com. October 17, 2011. (www.mehrnews.com/en/NewsDetail.aspx?pr=s&query=Gholam %20Shakuri%20&NewsID=1436036)
35    Gareth Porter. Debunking the Iran «Terror Plot». Middle East Research and Information Project. November 3, 2011 (www.merip.org/mero/mero110311)

AAF en mission de contrebande

Financée en grande partie par l’OTAN (ainsi aussi par les contribuables allemands) et le gouvernement américain, la flotte des Forces aériennes afghanes (AAF) comprendra environ 150 avions en 2016. Aujourd’hui déjà, les Etats-Unis leur fournissent le carburant nécessaire, exécutent tous les travaux d’entretiens et de réparations et s’occupent de l’entrainement des pilotes afghans. Mais actuellement, il y a de sérieux soupçons que ces forces aériennes, soutenues jusqu’à présent avec plus de deux milliards (!) de dollars, se sont transformées en une des plus grandes organisations de contrebande de drogues, d’armes et d’argent au monde!

Après les premiers soupçons concernant l’utilisation «non conforme au contrat» d’avions militaires, l’administration étatsunienne a institué des commissions d’enquête pour analyser les soupçons et le comportement de l’AAF. Mais ces enquêtes n’ont pas eu lieu, car les sept officiers américains qui auraient dû les superviser ont été assassinés brutalement dès leur arrivée à l’aéroport. Les talibans ont promptement assumé la responsabilité de cet acte et le coupable présumé a rapidement été retrouvé mort. La version officielle est qu’il se serait suicidé. Ce n’est pas uniquement entre Américains qu’on soupçonne qu’un témoin gênant ait été «éliminé».

Selon les estimations américaines, l’Afghanistan est responsable de 90% de l’opium commercialisé au niveau mondial. Face aux chefs rebelles locaux les forces militaires américaines ont trop souvent fermé les yeux lors de transports d’opium. C’est ainsi qu’elles s’achetaient leur «collaboration» dans la lutte contre les talibans. Mais entretemps de tels transports à l’aide de machines de l’AAF sont devenus la règle. De plus en plus souvent, quelques hélicoptères «disparaissent» pour plusieurs heures. Les demandes critiques des Américains n’ont jamais eu de réponses et de plus en plus souvent des parties de l’aéroport de Kaboul ont été «bloquées».
  
Dès lors, on est convaincu à Washington qu’une grande partie des stocks d’opium et d’héroïne afghans est transportée hors du pays par ces vols nocturnes de l’AAF. Sur le chemin du retour, ces avions ou hélicoptères ramènent de l’argent et des armes, qu’on retrouve peu de temps plus tard chez les chefs de tribus et les talibans. Mais chaque année les forces aériennes afghanes continuent d’être soutenues par des centaines de millions de dollars!

Source: Vertraulicher Schweizer Brief, no 3972 du 27/3/12
Traduction Horizons et débats

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