Elections américaines 2006: la crise devant le peuple américain

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Déclaration du Parti de l’égalité socialiste (Etats-Unis)

Peu importe le résultat des élections au Congrès et pour les postes de gouverneurs qui ont lieu aujourd’hui [cette déclaration a été publiée le matin du jour des élections], après 7 novembre, les travailleurs des Etats-Unis feront face à un régime politique à Washington qui continuera à soutenir la guerre impérialiste en Irak et les attaques sur les droits démocratiques et le niveau de vie aux Etats-Unis.

Cette élection a encore une fois démontré l’incapacité du système bipartite à s’adresser sérieusement aux questions les plus essentielles devant le peuple américain : la guerre, la menace pesant sur les droits démocratiques, la croissance de l’insécurité économique et l’inégalité sociale. En conséquence, la plus grande partie de l’électorat sera celle qui ne se donnera pas la peine d’aller voter.

Si, comme les sondages faits avant les élections le suggèrent, le Parti démocrate faisait des gains importants au Congrès et qu’il regagnait le contrôle de la Chambre des représentants, le Sénat ou encore les deux chambres, il ne peut y avoir d’illusions que cela signifiera un changement de cap pour l’élite dirigeante américaine.

Des dizaines de millions d’Américains sont opposés à l’administration Bush à cause du nombre dévastateur de morts, tant américaines qu’irakiennes, résultant de cette guerre depuis trois ans et demi. La principale raison pour voter pour les démocrates, selon les sondages pré-électoraux, est le désir de mettre fin à la guerre en Irak et d’en retirer les troupes américaines.

Mais le parti qui recevra ces votes anti-guerres est lui-même un supporteur inébranlable du « succès » en Irak, ce qui signifie assuré la domination sans partage des Etats-Unis sur les ressources en pétrole du pays et utilisé l’Irak comme une base pour des actions militaires plus larges dans la région.

La véritable attitude des démocrates a été exprimée par le congressiste Rahm Emanuel, le président du comité électoral démocrate en chambre, dimanche lors de l’émission Meet the Press sur la chaîne NBC. Sa contrepartie républicaine, Elizabeth Dole disait à l’animateur Tim Russert que la position républicaine sur l’Irak était d’obtenir la « victoire », alors que « les démocrates semblaient accepter de perdre ». Emanuel a explosé, protestant et demandant une rétractation. « Je ne vais pas rester assis tranquillement alors que l’on accuse les démocrates d’accepter la défaite, a-t-il dit. Nous voulons gagner et nous voulons une nouvelle direction en Irak. »

Que signifie la « victoire » en Irak ? Elle signifie la subjugation complète de la population de ce pays, qui s’oppose très majoritairement à l’occupation américaine. Tous les sondages demandés par l’administration Bush ont trouvé qu’une majorité importante des Irakiens désiraient que les soldats américains quittent le pays et considéraient les attaques armées sur les forces américaines comme légitimes.

La « victoire » dans un tel contexte ne peut être obtenue qu’en exterminant en grande partie de la population irakienne — beaucoup plus que l’estimation de 655 000 morts engendrées par les trois premières années de guerre et d’occupation — et au prix de morts de milliers d’autres soldats américains ou de leur mutilation.

La grande majorité du peuple américain rejette une telle avenue. Mais cette majorité anti-guerre a vu dans les faits son droit de représentation bafoué dans les élections 2006, qui maintiendront la domination de la droite sur la vie politique américaine, même si la tendance politique parmi les masses travailleuses est vers la gauche.

En ce sens, l’issue des élections 2006 est déjà préétablie. De hauts représentants du Parti démocrate se sont affairés, après leur défaite à l’élection présidentielle de 2004, à recruter des candidats engagés à des politiques plus ouvertement à droite sur les questions sociales et politiques : des opposants à l’avortement et aux droits des homosexuels, des défenseurs de l’austérité fiscale et d’une répression accrue au pays au nom de la « guerre au terrorisme », des défenseurs avoués du militarisme et de la guerre.

Le résultat est que si un important vote anti-guerre et anti-Bush donne le contrôle du Congrès aux démocrates, les nouveaux membres du Congrès et sénateurs seront des partisans de la guerre en Irak, des défenseurs de coupes dans les budgets plutôt que du développement des services sociaux, et seront sympathiques aux perspectives réactionnaires des fondamentalistes chrétiens qui dominent le Parti républicain.

On peut être certain que dans le cas d’un tel succès électoral, le premier geste que poserait un leadership démocrate au Congrès serait de s’engager dans une collaboration bipartite avec l’administration Bush et de demander à la Maison-Blanche d’accueillir les démocrates en tant que partenaires à part entière dans la lutte pour la « victoire » en Irak.

Encore une fois, l’élection 2006 confronte les travailleurs avec la nécessité d’une alternative politique au système biparti existant dans lequel les deux partis, les démocrates autant que les républicains, sont des instruments politiques de l’oligarchie financière.

Voilà la question centrale que les candidats du Parti de l’égalité socialiste ont cherché à exposer à la classe ouvrière. Dans les Etats où nos candidats se présentent — Maine, New York, Michigan, Illinois, Californie et Oregon —, nous incitons au plus grand vote possible pour l’alternative socialiste. Mais la grande majorité du peuple américain n’aura pas la chance de voter socialiste à cause des lois électorales antidémocratiques qui sont particulièrement onéreuses pour les partis qui représentent la classe ouvrière et qui ne reçoivent pas d’aide financière de la grande entreprise.

Dans plusieurs Etats, il y a des candidats du Parti vert sur la liste électorale, mais ils ne représentent pas une véritable alternative au système de profit. Les verts défendent des réformes modestes du capitalisme, cachant à la classe ouvrière les véritables sources de l’oppression, de l’injustice et de la guerre : la domination de la société par une aristocratie financière. Ils cherchent à pousser le Parti démocrate vers la gauche au lieu de mobiliser la classe ouvrière comme une force politique indépendante contre le système politique et économique existant.

Le SEP fait cet avertissement additionnel : dans la mesure où les résultats électoraux de mardi expriment, même d’une façon limitée et de manière très distordue, l’opposition croissante du peuple américain à la guerre, aux attaques contre les droits démocratiques et contre la destruction des emplois et des services sociaux, l’élite dirigeante va tirer la conclusion qu’elle doit maintenant passer outre les formes creuses de démocratie et aller de l’avant vers des méthodes de gouvernance ouvertement dictatoriales.

C’est clairement ce qui est impliqué dans les déclarations répétées de Bush et Cheney, particulièrement lors de la semaine avant l’élection, que les résultats du vote du 7 novembre n’auront pas d’effet sur la politique de l’administration en Irak.

 « Ce n’est peut-être pas populaire auprès du public. Ça ne fait rien, en ce sens que nous devons continuer ce que nous croyons être juste », a dit Cheney à ABC News. « C’est exactement ce que nous faisons. Nous ne cherchons pas à rester en poste. Nous faisons ce que nous croyons être juste. »

Cheney continue, « Le président a clairement dit quel était son objectif. C’est la victoire en Irak. Et c’est en avant à toute vitesse sur cette base. Et c’est exactement ce que nous allons faire. »

Ce programme d’agression militaire à tout crin a des implications sinistres, non seulement pour le peuple irakien et le Moyen-Orient dans son ensemble, mais pour les droits démocratiques du peuple américain. L’escalade de la guerre face à la montée de l’opposition massive de la population mène inexorablement vers la répression de masse au pays.

La période postélectorale va être témoin de nouvelles mesures antidémocratiques qui viendront s’ajouter à celles qui ont été adoptées durant les cinq dernières années — le Patriot Act, le programme secret de torture de la CIA, l’établissement des camps de concentration américains à Guantanamo, l’interception illégale en masse des communications et l’espionnage des transactions financières, la loi sur les commissions militaires qui abolit le droit à l’habeas corpus.

L’impact combiné de ces mesures a été d’établir le cadre légal pour un Etat policier aux Etats-Unis. Ces pouvoirs répressifs vont être dirigés principalement contre la classe ouvrière et contre tous ceux qui s’opposent à la politique de guerre de l’élite dirigeante.

La classe ouvrière peut défendre ses droits démocratiques uniquement en rompant avec la ploutocratie des deux partis et en construisant un parti politique de masse indépendant qui lui est propre, basé sur un programme socialiste et cherchant à unifier la classe ouvrière américaine avec le peuple ouvrier à travers le monde dans une lutte commune contre le système de profit.

Article original paru le 7 novembre 2006, WSWS

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