Elections du Fatah : que s’est-il passé, en réalité ?

Les élus à la direction palestinienne sont des responsables sécuritaires formés par la CIA…

« C’est notre homme ».
(George Debeuliou Bush, parlant du responsable palestinien de la sécurité Muhammad Dahlan. Juin 2003).

Le gouvernement américain tripatouille les affaires intérieures palestiniennes depuis, au bas mot, 2003. Sa volonté est de faire du mouvement national palestinien luttant pour la libération et l’indépendance un gouvernement plus complaisant et davantage de type Quisling prêt à accéder aux exigences politiques et sécuritaires d’Israël.

La tactique américaine comporte des facettes militaires, sécuritaires, diplomatiques et politiques. Avec l’accès au pouvoir du Hamas, à la suite des élections législatives palestiniennes de 2006, la stratégie américaine s’est attachée à défaire les résultats desdites élections. Son objectif, consistant à ramener au pouvoir le camp pro-américain au sein du monde politique palestinien, a commencé à être mis en œuvre avec la réunion du congrès national du Fatah, la semaine dernière.

Durant la semaine dernière, le Front National Palestinien de Libération, le Mouvement Fatah, a réuni le sixième congrès national de son histoire de quarante-quatre ans d’âge. Le Fatah, est considéré, historiquement, comme la formation palestinienne la plus nombreuse, mais cette perception a changé après que ce parti eut perdu les élections législatives, en faveur du Hamas, en janvier 2006. Le Fatah ayant conclu son congrès, huit jours après son ouverture, il a annoncé les résultats de ses élections internes. Les médias internationaux, en particulier occidentaux, ont retenu, de ces élections, l’accession au pouvoir de visages « nouveaux » et « frais », au sein de ce mouvement. Mais que c’est-il passé, réellement, lors de cette élection ?

La structure interne du Fatah diffère de celles de la plupart des partis politiques ou des mouvements de libération. Il n’est pas hiérarchisé et la loyauté de ses membres obéit dans une large mesure à un système de patronage et de factionnalisme qu’incarne son Comité Central, composé de vingt-trois membres.

Techniquement, ledit Comité Central est supposé refléter un système de direction collective, ainsi que le programme politique du mouvement de libération nationale. Même son fondateur, feu Yasser Arafat, qui a dirigé le mouvement depuis sa création, en 1965, jusqu’à sa mort, en 2004, n’avait pas d’autre titre officiel que celui de membre du Comité (central) et de commandant-en-chef de son aile armée. Mais avec le temps, aux yeux de nombre de Palestiniens, la direction du Fatah symbolisa de plus en plus un système de concussion, de corruption, de népotisme et de collaboration avec Israël, ainsi qu’une succession d’échecs politiques, en particulier à la suite du processus d’Oslo.

Bien que sa charte interne préconise un congrès national tous les quatre ans afin d’élire sa direction, les questions fondamentales, au lendemain du présent congrès, étaient les suivantes : pourquoi a-t-il fallu vingt ans au Fatah pour qu’il se décide à le réunir ? L’élection de la nouvelle direction du Fatah reflète-t-elle les aspirations du peuple palestinien, ainsi qu’une approche neuve et fraîche du processus politique. Enfin : qui sont les parrains des principales personnalités qui viennent d’être élues à sa direction ?

Le Comité Central du Fatah sous direction Arafat avait pris la décision stratégique (en 1988) de négocier un règlement politique avec Israël et d’accepter que le gouvernement américain en soit le principal facilitateur. Durant deux décennies, en particulier à la suite des accords d’Oslo (1993), la question palestinienne est peu à peu sortie de l’agenda des grandes questions internationales, devenant quasiment une affaire relevant exclusivement des Etats-Unis, d’Israël et de la direction palestinienne, qu’il s’agît de l’OLP ou, après 1994, de l’Autorité Palestinienne (AP).

La plupart des analystes neutres de la situation au Moyen-Orient, comme Robert Malley, Directeur du Programme Moyen-Orient du Groupe International (de règlement) des Crises et ex-membre du Conseil National de Sécurité américain sous l’administration Clinton observent que les négociateurs américains, sous plusieurs administrations successives (tant démocrates que républicaines) ont essentiellement fait leur la vision israélienne des choses et ont mis l’essentiel de la pression sur la direction palestinienne (qu’il s’agisse de Bill Clinton, avec Yitzhak Rabin et Ehud Barak, ou de George Deubeuliou Bush, avec Ariel Sharon et Ehud Olmert).

Durant le premier mandat de Bush, Arafat, à la tête de l’AP, était isolé, tandis que Washington promouvait au sein de la direction palestinienne des dirigeants tels que Mahmoud Abbâs (Premier ministre imposé à Arafat en 2003) et l’ex-chef de la sécurité palestinienne Muhammad Dahlan, qui adoptèrent tous deux la stratégie américaine au Moyen-Orient. En 2005, Bush rendit public son projet de liberté et de démocratie, exigeant la tenue d’élections dans les territoires palestiniens et misant sur une victoire du Fatah pour mettre en œuvre son projet.

Toutefois, l’administration américaine abandonna rapidement son projet de promotion de la démocratie dans le monde arabe après que le Hamas eut remporté une victoire qui fit l’effet d’un tsunami lors des législatives palestiniennes de 2006. La Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice exprima son état de choc au sujet de ces résultats en ces termes : « Personne ne l’avait vu venir ». Un responsable du ministère américain de la Défense a déclaré au journaliste David Rose, de Vanity Faire, en 2008 : « Tout le monde a accusé tous les autres ». Nous étions là, assis, abasourdis, au Pentagone, et nous nous perdions en conjoncture : « Quel est le connard qui a préconisé ces élections ? »

Depuis lors, l’administration américaine a eu recours à trois stratégies différentes mais se recoupant en partie afin de renverser les résultats de ces élections. Ces efforts déployés par le Département d’Etat, la Maison Blanche et le ministère de la Défense, furent très mal planifié et très mal coordonnés.

Durant toute l’année 2006 et la première moitié de 2007, le Département d’Etat eut recours à ses moyens diplomatiques et au gros bâton politique pour renverser le gouvernement palestinien à direction Hamas démocratiquement élu. Dans un reportage publié en avril 2008, la revue américaine Vanity Fair révélait qu’un mémo américain en vue de négociations avait émergé dans les informations après qu’un diplomate américain l’eut accidentellement oublié dans un bureau de l’administration de l’Autorité Palestinienne, à Ramallah. Ce document se faisait l’écho de l’exigence formulée par Rice, à savoir qu’Abbâs dissoût le gouvernement palestinien d’union nationale et qu’il s’en prenne au Hamas.

Sur ces entrefaites, comme l’a expliqué l’article de Vanity Fair, Elliot Abrams, néoconservateur et vice-président du Conseil National de Sécurité américain, fomentait un coup d’Etat contre le Hamas avec l’ancien responsable de la sécurité de Gaza, Mohammad Dahlan, un coup d’Etat prévu pour le printemps 2007. L’opération consistait en une collaboration avec Israël, plusieurs pays arabes, tels que les Emirats Arabes Unis et la Jordanie, le versement de plus de 30 millions de dollars à Dahlan, l’entraînement de cinq cents hommes des services de sécurité, une campagne de déstabilisation à Gaza et, enfin, un programme de torture à l’encontre de membres du Hamas et d’autres islamistes.

Dahlan a reconnu tout cela au reporter de la revue en question, David Rose, auquel il a dit qu’il avait confié à ses partenaires américains qui le poussaient à la confrontation avec le Hamas : « Pour affronter les hommes du Hamas, j’ai besoin de ressources substantieles. En l’état actuel des choses, nous n’en avons pas les moyens. »

Le quotidien israélien Haaretz a écrit, le 7 juin 2007, que l’administration américaine avait demandé à Israël d’autoriser l’entrée d’un énorme chargement d’armes égyptiennes, comportant des dizaines de véhicules blindés, des centaines de roquettes, des milliers de grenadse à main et des millions de cartouches. Rose a expliqué que le projet d’Abrams mettait l’accent sur la nécessité de renforcer le Fatah afin de « dissuader » le Hamas. Selon un haut responsable de l’administration américaine, l’ « issue escomptée » était de donner à Abbâs « la capacité de prende les décisions politiques stratégiques requises (comprendre : satisfaire les conditions israéliennes en vue d’un règlement politique) et de renverser le gouvernement palestinien (dirigé par le Hamas) au moyen de la création d’un cabinet d’urgence.

Mais le conseiller ès-Moyen-Orient de Dick Cheney, David Wurmser, reconnut l’échec de cette manœuvre, déclarant au magazine : « Il m’a semblé que ce qui s’était produit était moins une tentative de  coup d’état du Hamas qu’une tentative de coup d’état du Fatah, qui a été retourné à son profit pat le Hamas avant même qu’il n’ait eu le temps de se produire. »

La troisième tentative avait été principalement supervisée par le Pentagone, et dirigée par le lieutenant général Keith Dayton. Dans un discours prononcé devant une boîte à idées pro-israélienne, le Washington Institute on Near East Policy (WINEP) en mai 2009, celui-ci avait déclaré que le cabinet du Coordonnateur sécuritaire américain, qu’il dirigeait depuis décembre 2005, « visait à aider les Palestiniens à réformer leurs services de sécurité ». Mais, d’après les notes prises lors d’une rencontre entre Dayton et un haut responsable sécuritaire de Ramallah, au début 2007, l’objectif réel de l’opération avait été révélé par cette phrase prononcée par Dayton : « Nous devons aussi mobiliser nos forces afin d’attaquer le Hamas ».

Depuis 2007, le Congrès a donné 161 millions de dollars à Dayton pour mener son plan à bien. De plus, cette année, le Congrès a débloqué un budget additionnel de 2009 millions de dollars à Dayton pour les exercices fiscaux 2009 et 2010 afin de l’aider à accélérer son programme, après avoir reçu les bonnes notes et les félicitations des responsables des services de sécurité israéliens. Durant la seule année passée, ce sont plus de mille membres du Hamas et du Jihad islamique qui ont été arrêtés et emprisonnés sans procès, beaucoup d’entre eux étant torturés, souvent jusqu’à ce que mort s’en suivît, par des membres des services de sécurité palestiniens, formés par des experts américains, en Cisjordanie. Amnesty International et plusieurs autres organisations de défense des droits de l’homme ont condamné ces exactions, et ont appelé à une cessation immédiate des violations des droits humains des prisonniers palestiniens détenus dans les geôles de l’Autorité palestinienne.

Dans ses déclarations à Winep, Dayton a reconnu cette rafle : « Je ne sais pas si vous êtes nombreux à la savoir, mais durant l’année-et-demie écoulée, les Palestiniens ont procédé à ce qu’ils appellent des « offensives de sécurité » dans l’ensemble de la Cisjordanie, et ces offensives ont été remarquablement bien coordonnées avec l’armée israélienne ». Il a également reconnu que durant la guerre des vingt-deux jours, à Gaza, l’hiver dernier, des forces palestiniennes de sécurité formées par les Etats-Unis ont empêché les Palestiniens de Cisjordanie d’organiser des manifestations de masse contre l’armée israélienne, ce qui a, ironie du sort, favorisé la réduction de la présence militaire israélienne en Cisjordanie, aidant ainsi Israël à redéployées ces troupes désormais inutiles en Cisjordanie dans la bande de Gaza… Dayton a ajouté : « D’ailleurs, bonne partie de l’armée israélienne en faction en Cisjordanie est passée dans la bande de Gaza – réfléchissez-y une minute : incroyable, non ? Le commandant militaire israélien de la Cisjordanie a même été absent de ce territoire occupé durant huit jours d’affilée !… »

Un coup d’état foireux et une offensive militaire brutale ayant échoué à déloger le Hamas de la bande de Gaza, la stratégie israélo-américaine s’est attachée à intensifier sa pression sur le Hamas au moyen de l’imposition d’un blocus économique étanche à Gaza, d’arrestations et de détentions sécuritaires massives en Cisjordanie, de l’écrasement financier total de la région et de son isolement politique sur la scène internationale. Pendant ce temps, d’après plusieurs porte-paroles du Hamas, dont le Premier ministre de Gaza déposé Ismaïl Haniyyéh et du chef politique Khâled Meshaal, à Damas, le principal obstacle à toute réconciliation nationale avec le Fatah a été la détention de centaines de militants du Hamas et la collaboration (que supervise Dayton) de l’Autorité palestinienne avec l’occupation militaire israélienne.

La phase suivante de cette opération consiste à revisiter le Fatah et à en faire une alternative politique viable au Hamas et aux autres mouvements de la Résistance palestinienne en améliorant les conditions de vie en Cisjordanie afin de les faire contraster violemment avec le siège économique dévastateur imposé à la bande de Gaza. Mais il y a plus important encore : le plan envisage un nouveau Fatah qui soit considéré comme un partenaire fiable, désireux de se plier aux conditions israéliennes d’un règlement politique. Le sixième congrès du Fatah et les élections qui l’ont accompagné furent, par conséquent, prévus afin de pouvoir mettre à la poubelle l’image de corruption et de gabegie de cette organisation.

Durant plus d’un an, le Comité Central, qui en est la plus haute instance, a été incapable de se mettre d’accord sur plusieurs questions essentielles, dont le lieu de tenue dudit congrès (la décision finale fut de le tenir dans les territoires palestiniens occupés, ce qui signifiait qu’Israël serait en mesure d’imposer son veto sur tel ou tel délégué venu y participer depuis l’étranger…). Ils se sont querellés, également, sur les délégations qui seraient invités à y participer, qui détermineraient la composition de la nouvelle direction, ainsi que sur le programme politique et sur le rôle de la résistance armée contre l’occupant. Abbâs et son cercle rapproché ont opposé leur veto à la décision du comité central : ils ont décidé de tenir le congrès à Bethléem, en choisissant virtuellement à leur guise tous les participants, afin de s’assurer d’une issue du scrutin à leur convenance.

Historiquement, les délégués au congrès nationaux du Fatah avaient été élus ou nommés par le Comité Central, mais au minimum quize pourcents d’entre eux provenaient de l’appareil militaire. La majorité de l’aile militaire ayant été démobilisée ou recherchée par les Israéliens, un grand nombre de délégués à ce congrès étaient des membres des services de sécurité remplaçant les délégués militaires. Cela était la garantie que les résultats de l’élection seraient biaisés en faveur des responsables de la sécrité et de leurs partisans.

Initialement, il aurait dû y avoir environ 700 délégués. Ils passèrent à 1 250, mais ce nombre foisonna, en définitive, jusqu’à atteindre les 2 355 délégués ! Moins de 10 % d’entre eux avaient été effectivement élus en raison de leurs responsabilités, tandis que l’immense majorité des délégués avait été désignée par une petite coterie de Ramallah principalement dirigée par Abbâs et d’autres hommes de pouvoir tels que Dahlan et l’ancien chef de la sécurité en Cisjordanie Jebrîl Rajjûb, connu pour accrocher le portrait de George Tenet dans son bureau, à côté de celui d’Arafat.

Le nombre des membres du Comité Central fut lui aussi accru, passant de 21 à 23, dont 19 élus directement par les délégués. Abbâs devait nommer quatre de ses membres ultérieurement, mais il fut lui-même élu par acclamations, afin de lui éviter la honte de ne pas s’assurer de la toute première place dans une élection directe…Les dix-huits individus qui furent élus à la fin du weekend comportaient quatre membres de la « vieille garde » considérée proche de Abbâs, dont trois sont d’anciens chefs de la sécurité, proches de la CIA. Il s’agit de Dahlan, de Rajjûb et de Tawfîq Tîrâwî, un ancien chef des services de renseignement, qui dirige actuellement un centre de formation des services de sécurité placé sous la supervision du Général Dayton, à Jéricho.

Vu de l’extérieur, ce congrès du Fatah apparaît comme fortement biaisé en faveur des délégués de Cisjordanie. Contrairement à des congrès précédents, les Palestiniens de la Diaspora n’y furent pratiquement pas représentés, Israël n’ayant laissé entrer que de très rares représentants venus de l’étranger. La population de la bande de Gaza équivaut en gros à celle de la Cisjordanie, or moins de 400 délégués ont représenté la bande de Gaza, contre plus de trois fois ce nombre de délégués de la Cisjordanie !

Mais la plupart des délégués de Gaza ne sont même pas venus à Bethléem, le Hamas les ayant empêché de quitter la bande de Gaza et exigeant en échange que des centaines de ses membres détenus en Cisjordanie soient libérés par l’Autorité palestinienne, ce que celle-ci refusa tout de go. Bref, mis à part Dahlan, qui ne vit plus à Gaza, aucun délégué élu par le Congrès n’est originaire de Gaza ou n’y réside. Cela a amené toute la direction Fatah de Gaza, dont l’ex-membre du Comité Central Zakariyâ al-Aghâ, à démission en bloc au lendemain du Congrès, afin de protester non seulement contre les résultats, mais aussi contre l’ensemble du processus.

De la même manière, les membres du Fatah dans la diaspora ont connu un triste sort. Seuls deux d’entre eux ont été élus au Comité Central, bien que plus des deux-tiers des Palestineins (soit huit millions d’entre eux) vivent en-dehors des territoires occupés, pour l’immense majorité d’entre eux dans des camps sordides, le « droit au retour », considéré comme une question épineuse de futures négociations, restant en suspens. D’un autre côté, l’immense majorité des nouveaux membres du Comité Central provenaient soit de la Cisjordanie, soit vivaient déjà à Ramallah, étant des aides d’Abbâs parmi les plus proches, confortant ainsi la stratégie américaine, qui se résume à l’expression : « La Cisjordanie avant tout ».

Certains membres de la vieille garde opposée au programme politique de Abbâs, comme le secrétaire du Comité Central Fârûq al-Qaddûmiyy ou Hânî al-Hasan, n’ont pas plus été candidats qu’ils n’ont participé à ce congrès, que Qaddûmiyy a condamné, remettant sa légitimité en cause, et allant jusqu’à accuser Abbâs et Dahlan d’avoir comploté avec les Israéliens afin d’empoisonner Arafat, causant sa mort.

D’autres anciens membres, qui étaient candidats et  furent battus crièrent à la fraude. L’ancien Premier ministre et négociateur palestinien Ahmad Quraï‘ (Abû-l-‘Alâ’) a remis en cause la représentativité des délégués et l’intégrité du processus électoral. Le chef d’état-major d’Abbâs, Tayyeb Abdel-Rahîm ayant été battu, il exigea que l’on recontât les voix et fut trouvé en définitive vainqueur, après que la commission électorale eut proclamé le scrutin clos. Beaucoup de délégués, en particulier des femmes, dont tous avaient perdu, ont critiqué ce népotisme criant. Néanmoins, plusieurs candidats populaires et « propres » ont été en mesure de conquérir un siège. Ce fut le cas de Marwân Barghûthî, qui commence à purger cinq condamnations à vie en Israël, et Mahmûd al-‘Allûl, ancien maire de Naplouse.

Tandis que les Palestiniens assistaient au déroulement de ce congrès, beaucoup d’entre eux espéraient qu’il marquerait le début d’une réconciliation nationale et la consitution d’un gouvernement d’union. Toutefois, il semble qu’un de ses résultats soit le risque que la désintégration du Fatah se poursuive, ses dirigeants à Gaza et ‘Abû-l-‘Alâ’ menaçant de créer une nouvelle faction, qui s’appellerait « Réveil du Fatah », ce qui ne pourrait qu’aggraver les divisions et la tension régnant dans les rangs des Palestiniens.

L’étape suivante, dans la stratégie du camp palestinien pro-américain consistera à organiser des élections présidentielles et législatives dans les territoires palestiniens en janvier prochain, dans l’espoir de pouvoir présenter un Fatah rajeuni comme alternative au Hamas et aux autres mouvements de résistance. Le journaliste Jonathan Steele, du Guardian, a déconstruit en détail le « coup dur » des Américains, en juin 2007, ainsi que leur stratégie politique. Il passe en revue les conversations de certains responsables américains avec plusieurs régimes arabes. Il y est question notamment de « maintenir le Président ‘Abbâs et le Fatah au centre de gravité de l’arène politique palestinienne », d’ « éviter de perdre du temps à s’accommoder le Hamas », de « saper la position politique du Hamas » et enfin, de « convoquer des élections anticipées ».

Selon les termes mêmes du Général Dayton, les professionnels de l’Autorité palestinienne formés par les Etats-Unis doivent prêter, lors de la remise de leur diplôme, le serment qu’ils « n’ont pas été envoyés ici afin d’apprendre les moyens de combattre Israël, mais bien plutôt pour apprendre de quelle manière maintenir l’ordre et l’état de droit ». La principale fonction de ces bataillons sécuritaires est de mettre un terme à toute résistance et à tout rejet de l’occupation israélienne par des moyens autres que non-violents. Il a ajouté ensuite que les hauts commandants de l’armée israélienne lui demandent souvent « combien de ces néo-Palestiniens je suis en mesure de générer, et dans quels délais (rapprochés) ? »

Beaucoup de questions soulevées par les simples citoyens palestiniens avant le congrès demeurent sans réponse. Quel est le programme du Fatah, à la lumière de l’intransigeance et des conditions préalables israéliennes actuelles ? Quid d’une réconciliation nationale avec d’autres factions palestiniennes et quid de la création d’un gouvernement d’union nationale ? Quel est le rôle de la Résistance face à l’occupation, face au siège étouffant de la bande de Gaza et, plus important encore, face à la collaboration (de l’Autorité palestinienne, ndt) qui se poursuit avec les services de sécurité israéliens et la soldatesque israélienne, contre ses citoyens ?

Ces questions restent pendantes, cependant que l’occupation israélienne, avec ses brutalités, et que l’expansion des colonies, l’édification du mur de séparation, la détention de plus de 11 000 prisonniers palestiniens, les expropriations, l’expulsion de la population palestinienne de Jérusalem Est et le refus du droit au retour chez eux des réfugiés palestiniens continuent comme jamais.

Dit simplement, les Etats-Unis veulent une direction palestinienne qui réponde à ces questions d’une manière qui satisfasse Israël. Comme l’a dit un responsable du Département d’Etat à la revue Vanity Fair au sujet des objectifs américains dans le conflit israélo-palestinien : « Ce qui nous intéresse, c’est le résultat, et nous soutenons n’importe quel fils de pute que nous devons soutenir à cette fin : Dahlan n’est qu’un fils de pute que nous connaissons un peu mieux que les autres fils de pute, voilà tout. »

Article original en anglais : http://counterpunch.org/amin08142009.html

Traduction : Marcel Charbonnier.

Articles Par : Esam Al-Amin

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