En Syrie l’humeur populaire change en faveur du retour de l’État

Syrie carte verte

Le vent des changements qui ont eu lieu en Syrie a atteint la structure des comités de coordination formés au début des événements, et qui étaient chargés d’organiser les manifestations. Certains de ces comités ont soutenu l’insurrection armée et ont constitué la colonne vertébrale des groupes armés. Des informations sûres indiquent que des comités de coordination dans la plupart des régions syriennes ont commencé à prendre des positions appelant les miliciens à déposer les armes.

Certains ont entamé un dialogue avec l’État pour obtenir des garanties pour ceux qui abandonnent l’action armée dans les quartiers et les villages.

Un nombre non négligeable de groupes a effectivement remis les armes et a commencé à régulariser sa situation grâce à la médiation des comités de coordination dans la campagne de Damas, Idleb, Hama, Homs et Alep. Ce développement illustre un grand changement dans l’humeur de la population et signifie que le climat d’escalade a amorcé une courbe descendante, qui aura son impact sur la suite des événements.

Pour comprendre ces changements, il faut savoir que les citoyens syriens ordinaires sont fatigués des bouleversements et perturbations qui frappent le cycle économique et tous les aspects de la vie quotidienne, et des destructions des infrastructures par les groupes armés. L’apparition de brigands de grands chemins et de bandits qui terrorisent, rançonnent, enlèvent, violent et tuent, sous prétexte de vouloir faire la révolution, a aggravé la situation.

Les milieux populaires qui avaient sympathisé avec les insurgés au début des événements sont confrontés aujourd’hui à cette dure réalité qui menace de faire éclater le tissu social. Victimes des exactions souvent sanglantes des groupes armés, soumis à des pressions économiques, sociales et psychologiques, ils savent que leur seule planche de salut reste l’État. Désormais, ces milieux expriment leur volonté de revenir dans le giron protecteur de l’État, dernier rempart contre le désordre total prêché par les extrémistes armés, qui ne cachent plus leur intention de détruire tout ce que l’État a réalisé ces 50 dernières années : routes, aéroports, canalisations, chemins de fer, hôpitaux, écoles, barrages, ponts…

En plus de ces milieux qui veulent réintégrer l’État, il y a tous les autres, ceux qui ne l’ont jamais quitté. Ceux-ci sont aujourd’hui plus mobilisés et plus déterminés que jamais à sauver les institutions et les infrastructures de la Syrie moderne des griffes des extrémistes, qui ont juré de replonger le pays dans le Moyen Age.

Ce bloc populaire solide assure un soutien sans faille à l’armée syrienne et au projet de réforme du président Bachar al-Assad. Il constitue une majorité confortable, transcommunautaire, et comprend toutes les composantes de la société syrienne sans exceptions.

Cet éveil populaire montre que la majorité du peuple syrien est conscient de la nature de l’agression colonialiste dont est victime la Syrie, de ses objectifs réels et des moyens mis en œuvre pour tenter d’y parvenir. C’est cela – plus que la puissance de feu et le professionnalisme l’armée syrienne – qui explique la raison de l’échec des sanctions économiques occidentales et des agressions armées des insurgés.

Bien au contraire, les Syriens se vantent de compter sur eux-mêmes en ces temps difficiles, et les observateurs soulignent comment plus de deux millions de Syriens, contraints de quitter leurs domiciles à cause de l’insécurité, ont choisi de trouver provisoirement refuge dans d’autres régions à l’intérieur du pays, rejetant l’idée de devenir des réfugiés dépendant pour se nourrir des aides extérieures – souvent couplées à des conditions politiques. À cet égard, il faut souligner que le Croissant-Rouge syrien déploie, en coopération avec le CICR, un gros effort pour venir en aide à ces gens, évidemment oubliés des médias occidentaux.

Ces développements sont autant de signaux sur la direction des événements en Syrie, qui restent invisibles à ceux qui misent sur les avions de l’Occident et l’argent des pétromonarchies. Mais pour les vrais spécialistes, il s’agit d’indices révélateurs qui ne trompent pas.

Déclarations et prises de positions 

Bachar al-Assad, président de la République arabe syrienne

« L’Arabie saoudite et le Qatar ont vu soudain de l’argent entre leurs mains après une longue période de pauvreté et ils croient qu’avec cet argent, ils peuvent acheter l’histoire, la géographie et un rôle régional. L’idée répandue selon laquelle l’Arabie Saoudite, la Syrie et l’Égypte constituent la pierre angulaire de la stabilité dans la région est fausse. Cela a toujours été et restera la Syrie, l’Irak et l’Égypte. Riyad n’a servi avant le début du conflit syrien que de médiateur avec l’Occident qui n’apprécie pas l’axe de résistance contre le sionisme prôné par la Syrie. Quant aux Qataris, ils utilisent le pouvoir de l’argent et gravitent dans l’orbite de l’Occident en fournissant aux terroristes armes et argent pour répéter le même scénario qu’en Libye. Ils ont été les plus rapides à alimenter la violence. Le gouvernement turc ne s’intéresse pas aux intérêts de son peuple mais à ses ambitions, en particulier au projet du nouvel empire ottoman. Des hommes armés ont recours au terrorisme contre l’État syrien mais ils ne disposent d’aucun soutien parmi le peuple. En fin de compte, ils ne sortiront pas victorieux. Mais il faudra encore du temps pour que l’État l’emporte. Entre-temps, la porte du dialogue est ouverte et seul le dialogue avec l’opposition est à même de résoudre la crise. »

Béchara Raï, patriarche des chrétiens maronites

« Le dialogue est le seul moyen de compréhension pour aboutir à la démocratie. Si tous les invités à la table du dialogue croient réellement à la démocratie, ils ne peuvent pas rater ce rendez-vous. C’est un devoir national car le pays ne supporte absolument pas la situation dans laquelle il se trouve. Ni la crise politique, ni la crise économique, ni le désordre sécuritaires et encore moins le phénomène nouveau des enlèvements et l’apparition des armes, ne supportent une absence du dialogue. Je place toute personne qui ne participe pas au dialogue devant ses responsabilités. Je me permets de dire que le fait de ne pas aller au dialogue n’est pas seulement une atteinte à la nation mais un crime contre le pays. Car le responsable doit assumer ses responsabilités. Le pape nous a invité à aller vers les sommets. Aussi, nous ne devons plus rester dans les marécages des affaires personnelles et des intérêts et calculs futiles. Sortons de ces marécages et allons vers les sommets. La visite du pape a rehaussé le Liban et il est malheureux que des responsables le tirent vers le bas. Ils n’ont pas le droit. A mon avis, c’est un crime contre la patrie, quelles que soient les considérations qui sont invoquées. J’ai devancé le Sayyed (Hassan Nasrallah, ndlr) lorsque j’ai estimé dès jeudi 13 septembre, dans une conférence de presse, que le film porte atteinte à l’islam, à la chrétienté et à toutes les religions. Il faut que cette offense cesse. J’appelle évidemment à la suspension de la diffusion de ce film et j’invite les Nations unies à adopter une résolution interdisant les atteintes à toutes les religions du monde ».

Ghaleb Kandil

New Orient News (Liban)

Rédacteur en chef : Pierre Khalaf

Tendances de l’Orient No 101, 24 septembre 2012.

 

 

 

Articles Par : Ghaleb Kandil

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