Face à la grippe, prudence !

Analyses:

L’auteur est rédacteur en chef de la revue Relations. Ce texte paraît dans l’édition de novembre 2009 de la revue.

Un vent de panique souffle sur nos sociétés. Ce n’est ni le terrorisme, ni la crise économique qui en est la cause, mais la pandémie de grippe A (H1N1), annoncée à grands cris, dont on tarde cependant à voir poindre les funestes signes.

Ainsi, au cours de l’hiver austral, qui vient de se terminer dans l’hémisphère sud, elle n’a pas fait plus de victimes que n’en fait généralement la grippe saisonnière. Tout semble indiquer que la souche virale actuelle n’est pas aussi virulente qu’on le craignait et que, si une pandémie sévère se déclarait, elle serait l’effet de la mutation du virus.

Dans ce cas, les vaccins produits jusque-là seraient inopérants. Pourtant, une poignée de multinationales pharmaceutiques – notamment Novartis, Sanofi Aventis, GlaxoSmithKline et AstraZeneca – tournent à plein régime pour produire quelque 5 milliards de doses de vaccin avant l’arrivée de la saison froide.

D’aucuns mettent cet empressement sur le compte de la précaution. Pourtant, la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet, dans son éditorial du 1er août donnait un sérieux avertissement de prudence aux États tentés d’aller trop vite dans la production massive du vaccin, en sautant l’étape d’évaluation des risques pour la santé. Le remède pourrait être, en effet, pire que la maladie.

C’est ce qui s’est passé aux États-Unis, à l’automne 1976, dans un contexte semblable, nous rappelle The Lancet. Appréhendant une pandémie de grippe porcine, le gouvernement étatsunien d’alors avait décrété, à la hâte, une campagne nationale de vaccination. Cette campagne dut être stoppée brusquement deux mois plus tard, des milliers de personnes ayant souffert de complications chroniques d’ordre neurologique.

À la lumière de cet épisode dramatique, la conclusion de l’éditorial ne mâche pas ses mots. « Les pays ont besoin de bien peser les risques et avantages d’une approbation rapide d’un vaccin H1N1, d’autant plus que la maladie a été jusqu’à présent bénigne, la plupart des patients se rétablissant complètement. Ils doivent aussi s’assurer d’avoir mis en place un important mécanisme de surveillance après la mise en marché du vaccin [faute de les avoir tester préalablement] avant d’aller de l’avant avec la vaccination. »

Or, on apprend plutôt que les États-Unis ont décrété l’immunité aux firmes pharmaceutiques, les protégeant contre d’éventuelles poursuites judiciaires de la part de ceux qui pourraient souffrir des sévères complications dues aux vaccins non testés. Jusqu’à présent, ni l’Agence de la santé publique du Canada, ni la firme GlaxoSmithKline, à qui le gouvernement a commandé 50 millions de doses de vaccin, n’ont voulu dire si une telle immunité s’appliquerait ici.

Un tel décret est pour le moins étonnant quand on sait les profits faramineux que ces firmes récolteront des campagnes massives de vaccination. Et inquiétant. Car il fait craindre que le vaccin comporterait effectivement des risques dont, par ailleurs, les gouvernements ne disent mot.

Ces risques viennent principalement du fait que pour produire des vaccins en grand nombre et dans un délai record, les firmes utilisent des adjuvants qui permettent d’obtenir des doses avec cinq fois moins de matière virale (antigène) que nécessaire. Or, nombre de ces adjuvants – dont le squalène et l’hydroxyde d’aluminium – peuvent entraîner des effets secondaires très graves et dérégler le système immunitaire.

Au Québec, rien n’a encore été dit sur ces risques. Au contraire, dans une émission récente de vulgarisation scientifique à Radio-Canada, un médecin invité traitait littéralement de « chapardeurs » ceux et celles qui décideraient de ne pas se faire vacciner, du fait qu’ils profitent de l’effet bénéfique de la vaccination de masse sur la société.

Juan Gérvas, un professeur de santé publique à la Faculté de médecine de l’Université autonome de Madrid, détonne dans ce concert médiatique. Nous ne savons rien de l’efficacité du vaccin contre la grippe A, dit-il. « En tout cas [pour ceux qui voudraient se faire vacciner], il faut exiger la signature d’un “consentement éclairé” dans lequel seraient clairement expliqués les bénéfices et les risques, ainsi que la façon de procéder en cas de demandes de réparation pour effets secondaires » (<www.equipocesca.org>). Voilà une perspective beaucoup plus lucide et critique qui ne fait pas l’impasse sur la réflexion éthique.

La panique est mauvaise conseillère. La prudence et le discernement sont de mise. Et surtout n’oublions pas que, pendant que sonne le tocsin d’une éventuelle pandémie, « la Terre continue de tourner, avec ses ruisseaux de sang » (Jacques Prévert) – et son lot de maladies qui ravagent dans l’indifférence des multitudes oubliées.

Articles Par : Jean-Claude Ravet

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