Haïti: Le fils du président Martelly est-il lié au réseau du kidnappeur Clifford Brandt?

Analyses:
martelly père et fils

Martelly cherche un porte de sortie avec son fils Olivier sur sa prétendue implication dans le dossier Brandt.

Depuis l’arrestation du kidnappeur Clifford Brandt, la présidence n’a pipé mot. Ne serait-ce que pour justifier l’excellente performance de sa police, le président aurait pu faire des commentaires et même s’auto-féliciter, mais jusqu’à présent il ne l’a pas encore fait. Et c’est la question que se pose plus d’un: Martelly a-t-il le dos au mur dans cette situation ?

Alors que le Cabinet d’instruction commence à entendre le présumé kidnappeur de la grande famille bourgeoise haïtienne, Clifford Brandt Junior, le dossier continue à susciter des débats dans différents secteurs de la vie nationale, surtout après la publication d’un article de l’hebdomadaire Haïti-Observateur et titré : « Il n’est que le #5 de son réseau… ». D’autres articles ont été publiés pour essayer de démontrer que l’affaire Brandt serait la conséquence du fonctionnement social et économique de la bourgeoisie haïtienne. Des émissions de radio ont également été réalisées sur les origines de l’accumulation des richesses de cette bourgeoisie, s’il en existe réellement, sa soumission au capitalisme international et son rapprochement avec l’Etat en tant qu’entité dominante de la classe dominante.

Selon l’article d’Haïti-Observateur, la structure de cet énorme gang de Brandt serait composée en majorité de descendants de la bourgeoisie et de ceux des  propriétaires fonciers (grandon). C’est un gang de kidnappeur macouto-bourgeois lié avec le pouvoir en place. Le dossier Brandt n’est pas une affaire isolée de la bourgeoisie haïtienne. Ce gang est dirigé et contrôlé par des éléments de cette classe sociale improductive et corrompue, qui, tout au long de son histoire, a accumulé toutes ses richesses dans des activités spéculatives et commerciales. Aujourd’hui, ne se sentant pas satisfaite suffisamment du mode d’exploitation de l’homme par l’homme, elle s’investit directement dans des activités de kidnapping pour faire de l’argent beaucoup plus facilement et beaucoup plus vite.

Dans un article publié le jeudi 8 novembre dernier, sous le titre « L’affaire Brandt ou le prix symbolique du fonctionnement social et économique de la bourgeoisie », l’écrivain Lionel Trouillot a écrit : « La bourgeoisie haïtienne ne s’est jamais sentie obligée de faire semblant de proposer une éthique républicaine. C’est aussi le fait que la bourgeoisie a souvent utilisé la corruption des clercs, du politique, des subalternes, pour maintenir ses privilèges. C’est tout cela qui fait la confusion entre le crime social et le crime pénal dans la sensibilité populaire ; c’est tout cela qui fait qu’on la considère comme une “ classe sans qualité ” et qu’un acte commis par un amène à parler de “ ils ”. J’ai entendu quelqu’un dire : “ ils ont enfin trouvé un domaine dans lequel ils font preuve de leadership “ ».

Il est clair qu’outre l’exploitation de l’homme par l’homme, la bourgeoisie a utilisé tout autre moyen pour parvenir à ses fins qui n’est autre que soutirer de l’argent. La mauvaise réputation de la bourgeoisie haïtienne ne date pas d’aujourd’hui. Après son accession au pouvoir, le président Michel Joseph Martelly a fait appel au secteur privé pour l’aider à la reconstruction du pays. Il a souvent déclaré que : « Se lajan sektè prive a, se pa lajan Leta ». En janvier 2012, Armaud Robert, un journaliste français du journal Le Monde a écrit un article intitulé « Les Nantis d’Haïti ! » Et, il a débuté ainsi : « Parce qu’ils ont soutenu les dictateurs, parce que certains sont les rois de la sous-traitance à bas prix, les riches Haïtiens ont mauvaise réputation. Mais le président Martelly compte bien s’appuyer sur leurs capitaux pour reconstruire le pays ». Alors qu’aujourd’hui des membres de la famille du président Martelly sont cités comme étant de ceux qui auraient reçu du kidnappeur Clifford Brandt des fonds nécessaires pour mettre en œuvre les projets patronnés de la première dame Sophia Martelly et son fils Olivier Martelly. Des dénonciations ont été produites contre ces deux (2) membres de la famille présidentielle qui nagent dans la corruption. Depuis l’arrivée du régime Tètkale de Martelly-Lamothe au pouvoir, il y a déjà 18 mois, le banditisme s’est installé dans les plus hautes sphères de son administration. Et, aujourd’hui, le voile est levé du côté de la bourgeoisie après l’arrestation du puissant chef de gang, Clifford Brandt.

Selon Moise Jean Charles, lors des dernières élections présidentielles, le papa de Clifford Brandt supportait Mme Manigat et il lui avait donné des moyens financiers. Mais son fils Clifford  lui-même appuyait la candidature de Michel Martelly. Clifford a son badge rose en tant que conseiller de Martelly. On a arrêté un certain Carmelot, à Ouanamithe sur la frontière, en possession de plusieurs milliers de dollars. Il est le chauffeur de Ralph Féquière depuis 15 ans, depuis que ce dernier était commissaire de Police au Cap-Haïtien, et ce dernier n’est autre que le bras droit de Martelly.

Donc, Brandt est proche du gouvernement. Dans une fête organisée chez Phèbe,  commandant de la CAT Team (force spécialisé au service du Palais National pour assurer la sécurité du président), dans la zone de Morisseau,  commune de l’Asile (dans le département de Nippes), Martelly y était, ainsi que Clifford.

Alors, la famille présidentielle n’est-elle pas proche du chef kidnappeur Clifford Brandt ?


Articles Par : Thomas Péralte

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