Haro sur les extrémistes écolos – Vic Toews craint le terrorisme de groupes environnementaux

Ottawa semble craindre que des groupes environnementaux opposés à des projets comme l’exploitation de sables bitumineux albertains optent pour le terrorisme.
Ottawa — Les groupes environnementaux peuvent dans certains cas constituer une menace terroriste pour le pays, selon le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, qui a lancé cet avertissement dans sa nouvelle Stratégie antiterrosite du Canada, présentée cette semaine. Or, ce sont les conservateurs qui se montrent «radicaux» avec cette idée «scandaleuse» a rétorqué l’opposition, tandis que les groupes écologistes les accusent de voir partout des adversaires.

Le document cite les menaces possibles pour le Canada: l’extrémisme islamique sunnite violent, al-Qaïda, des attentats comme celui d’Air India en 1985, les Tigres de libération de l’Eelam tamoul, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), le Hamas, le Hezbollah. Mais la stratégie fait également état d’un «extrémisme d’origine intérieure militant pour des causes précises». Le niveau de violence de celui-ci n’est pas aussi élevé, explique-t-on, mais «ces groupes extrémistes sont enclins à faire des revendications — légitimes ou illégitimes — portant sur la défense de diverses causes telles que les droits des animaux, la suprématie blanche, l’environnementalisme, et l’anticapitalisme». Et il se peut que ces groupes «laissent tomber les manifestations légitimes au profit de menaces terroristes», prévient-on.

«C’est une véritable chasse aux sorcières. J’aimerais savoir sur quoi le ministre se base pour affirmer que les groupes écologistes représentent une menace terroriste. Ce sont tous des groupes pacifiques», a défendu hier le cofondateur d’Équiterre Steven Guilbeault.

Une opinion partagée par Greenpeace Canada, qui a affirmé ne pas être surprise de voir le gouvernement de Stephen Harper catégoriser ceux qui le critiquent dans le camp de ses adversaires. «Nous assistons aujourd’hui à un nouvel épisode d’une campagne de salissage finement orchestrée par le gouvernement Harper dans l’espoir de détourner le débat public des impacts réels du pétrole sur notre économie, l’environnement et la politique», a déploré la porte-parole de l’organisme Catherine Vézina.

Radicalisation

Le directeur des communications du ministre Toews, lui, a affirmé qu’une radicalisation de certains groupes était bel et bien possible, tout en évitant cependant de révéler lesquels. «Nous avons vu des individus ou groupes de différentes idéologies ou points de vue, tant au plan international que national, qui ont planifié et mené des attaques violentes pour attirer l’attention à leur cause», a indiqué Michael Patton par courriel.

M. Guilbeault et les députés de l’opposition aux Communes ont toutefois argué n’avoir aucun souvenir d’une organisation environnementale ayant posé un acte aussi extrême. Un pari que n’a pas relevé M. Patton. «Pour des raisons d’opérations, nous ne commentons pas d’action précise.»

Pour la porte-parole néodémocrate en matière d’environnement, Megan Leslie, cette liste dressée par les conservateurs est offensante. «Apparemment, si vous vous souciez de la planète, vous êtes un radical ou un terroriste», a dénoncé la députée qui a elle-même été traitée de «radicale» par le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver. Celui-ci était mécontent de la voir dénoncer sur la scène internationale le projet de pipeline Keystone.

Tout aussi outré, le libéral Scott Brison a rappelé que ce n’était pas la première fois que le gouvernement de Stephen Harper tentait de stigmatiser et de marginaliser ses opposants, notant qu’il tentait présentement de menacer les sources de financement des organismes sans but lucratif qui sont en désaccord avec eux.

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