Trois fois les quantités ayant souillé les côtes de l’Alaska lors du naufrage de l’Exxon Valdez en 1989, voilà ce que la compagnie pétrolière étatsunienne Texaco a déversé dans les eaux et sur les terres de l’Amazonie équatorienne dont elle a exploité les ressources de 1971 à 1990. Face à ce crime écologique de grande ampleur, le "procès environnemental du siècle", comme l’ont baptisé les médias latinoaméricains, s’est ouvert le 21 octobre en Équateur.
L’enjeu est de taille. Une condamnation de Texaco dans un pays dépendant serait une première et un puissant point d’appui pour de nombreuses luttes. Le procès est en lui-même une victoire, celle des indigènes de la forêt amazonienne parvenant à mettre en accusation la quatrième firme pétrolière mondiale. Une lourde accusation. Cancers, leucémies, problèmes digestifs et respiratoires, fausses-couches, telles sont les conséquences sanitaires pour des populations n’ayant d’autres choix que de consommer une eau au goût de pétrole, de cultiver des terres empoisonnées. Texaco a en effet laissé, entre autres produits toxiques, du brut partout, lors de ses forages et du transport par des oléoducs peu entretenus, contaminant sols, rivières et nappes phréatiques.
Le procès a permis de multiples mobilisations sociales dont les revendications ont montré l’ampleur des enjeux en cours : droit à la survie des peuples indigènes, de leurs modes de vie, défense d’une biodiversité amputée par l’exploitation brutale des ressources naturelles, défense des droits humains face aux intérêts économiques privés. Enfin, si l’État équatorien, qui a offert son territoire en pâture à Texaco, n’est pas mis juridiquement en accusation, sa responsabilité apparaît évidente. Même si Texaco était condamnée, le débat serait donc loin d’être clos. En Amazonie, comme en Galice ou en Bretagne, la lutte continue pour que, face aux compagnies pétrolières, le mot d’ordre de "plus jamais ça" ne reste pas un voeux pieux.
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