Robert Gates, le secrétaire à la défense qui est passé de l’administration Bush à celle d’Obama, a annoncé une « profonde réforme » de la dépense militaire étasunienne. Il ne s’agit pas d’épargne : le présidenta demandé, pour l’année fiscale 2009, 83 milliards de dollars de plus pour les guerres en Irak et Afghanistan et, en 2010, le budget du Pentagone dépassera les 670 milliards. Il s’agit de mieux utiliser ce colossal débours d’argent public qui, avec d’autres postes à caractère militaire, se monte à environ un quart du budget fédéral. La réforme, explique Gates, consiste à redimensionner les programmes des plus grands systèmesd’armement et accroître les fonds pour la guerre de « contre-insurrection ».
Les « leçons apprises en Irak et Afghanistan » ont montré qu’il faut des véhiculesmilitaires plus résistants contre les mines et les engins explosifs improvisés. Des fonds conséquents seront donc destinés à leur réalisation. Mais ceci n’est qu’une partie du programme Future Combat Systems, destiné à augmenter les capacités des brigades de combat : les soldatsseront de plus en plus intégrés dans un réseau de haute technologie, avec communications satellitaires et véhicules téléguidés. Seront par contre redimensionnés des programmes commecelui du chasseur F-22 Raptor de la firme Lockheed Martin, conçu pour des scénarios de guerre froide, qui s’arrêtera à 187 exemplaires (de 140 millions de dollars pièce). Lockheed, en compensation, recevra de plus gros fonds pour le chasseur F-35 Lightning II (Joint Strike Fighter), plus adapté à la « contre-insurrection » (il y a même une version à décollage court ou vertical pour les marines). Soupir de soulagement pour les actionnaires des sociétés italiennes (Avio, Piaggio, Galileo avionica, Oto Melara et autres) qui construiront les ailes des chasseurs et les assembleront.
Le Pentagone compte surtout sur les Uav (véhicules aériens sans équipage), télécommandés : en particulier le Predator (« prédateur ») et le Reaper (« broyeur » de vie humaines, évidemment). La raison en est fournie par Gates : ces avions, déjà utilisés en Irak, Afghanistan et Pakistan, ont commencé à remplacer, dans certaines missions, ceux avec équipage à bord. Les avantages sont multiples : plus grand rayon d’action(3.500 miles pour le Reaper contre 500 pour le F-16), coût moins grand, (une unité de 4 avions, 55 millions de dollars) et, surtout, aucun risque pour l’équipage (un pilote et un technicien aux détecteurs).Celui-ci est confortablement assis à une console dans une base aux Etats-Unis, à 12 milles kilomètres de distance. Le Predator a comme fonction première de repérer les objectifs à toucher, qui sont ensuite signalés aux pilotes des chasseurs,mais il est aussi armé de deux missiles Hellfire (« feu de l’enfer »). Le Reaper a une fonctionpremière de hunter/killer (chasseur/tueur) : il transporte une chargeguerrière de plusd’une tonne et demie, composée de missiles, et bombes à commandes laser et satellitaire. Souvent, les mêmes opérateurs qui sont à la console « volent » le matin sur l’Irak, puis sur l’Afghanistan ou le Pakistan après le lunch. Et, quand ils ont lancé quelques missiles sur de présumés « terroristes » en faisant éventuellement quelques massacres de civils, ils rentrent à la maison où les attend leur famille.
Tuer en manipulant avec un joystick un avion qui est à 12 milles kilomètres de distance est la dernière limite des technologies guerrières, sur lesquelles est fondée la réforme du Pentagone.De gros investissements permettront de potentialiser non seulement les Uav de l’aéronautique, qui sont actuellement au nombre de 200 environ pour les Predator et 30 pour les Reaper ; mais aussi tout le système des drones militaires, y compris les véhiculesterrestres téléguidés, qui sont passés de 170 en 2001 à 5.500. Ils serviront à mener la guerre de « contre-insurrection », que les stratèges définissent « à basse intensité ».
Reçu de l’auteur et traduit par Marie-Ange Patrizio
Publié dans l’édition de dimanche 12 avril 2009 de il manifesto
Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que l'auteur et ne reflètent pas
nécessairement celles du Centre de recherche sur la mondialisation.
Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission d'envoyer la
version intégrale ou des extraits d'articles du site www.mondialisation.ca à des groupes de discussions sur Internet,
dans la mesure où les textes et les titres ne sont pas modifiés. La source doit être citée et une adresse URL valide
ainsi qu'un hyperlien doivent renvoyer à l'article original du CRM. Les droits d'auteur doivent également être cités.
Pour publier des articles du Centre de Recherche sur la mondialisation en format papier ou autre, y compris les sites
Internet commerciaux, contactez: crgeditor@yahoo.com
www.mondialisation.ca www.mondialisation.ca contient
du matériel protégé par les droits d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel
à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux
politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif et est mis à la disposition de tous
ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé
par les droits d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur de ces droits.