Comme le raconte en détails Le Canard Enchaîné de ce mercredi, Roselyne Bachelot n'a pas été vaccinée contre les « bobards ». En quelques secondes, lundi soir à la télévision, la ministre de la Santé en a proféré au moins deux.
La commande n'a pas été résiliée quand elle l'annonce
Le courrier est daté du 4 janvier 2010 : l'Eprus (Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires) écrit au laboratoire pharmaceutique GSK :
« L'EPRUS est dans l'obligation de vous notifier la suppression de la commande à hauteur de 32 millions de doses, ce qui porte à 18 millions les doses de vaccins achetées par l'EPRUS sur les 50 millions de doses initialement prévues. »
Le même jour, à 20h sur TF1, Roselyne Bachelot annonce l'annulation de la moité de la commande passée par l'Etat aux laboratoires :
« Je vous annonce donc que j'ai résilié les commandes de 50 millions de doses. »
Aucune négociation n'a été entamée avec les labos
Décision prise, ajoute la ministre de la Santé, après une longue négociation qui aurait démarré le 20 novembre. Car à partir de ce moment-là, les experts ont su qu'il ne faudrait qu'une seule dose et pas deux pour immuniser les Français.
Or, les laboratoires concernés, notamment GSK et Novartis, démentent toute « renégociation » pour l'instant.
Vérités successives
Depuis le début de cette crise, le gouvernement jongle avec les chiffres relatifs au plan de vaccination et présente différentes versions des doses commandées et des conditions financières qui leur ont été imposées.
Par exemple, aucune clause de reprise n'a été négociée, alors que d'autres pays européens ont pu les inclure dans leur négociation avec les laboratoires.
En réalité, la boussole de Roselyne Bachelot tient en deux mots : principe de précaution. Principe intangible pour les politiques, depuis le désastre des crises de la canicule de 2003 ou du sang contaminé. Dans le doute, le cabinet de Bachelot a donc fait « ceinture et bretelles », comme l'écrivait Rue89 à propos de la composition des vaccins.
Problème : l'épidémie de grippe A ne s'est pour le moment pas avérée aussi grave que les experts appointés par l'OMS (que l'organisation mondiale de la santé refuse d'identifier) le prévoyaient. Le dernier pointage effectué par la revue indépendante Prescrire indique que l'épidémie de H1N1 est assez comparable aux épidémies grippales classiques :
« Selon nos calculs, en moyenne il y a eu environ 1 décès pour environ 40 000 grippes H1N1 et 1 grippe grave pour environ 8 000 (2,3). Les taux de décès et de grippes graves paraissent encore 5 fois à 10 fois plus faibles chez les personnes sans risque de complications. »
Et Prescrire de conclure que les « complications graves de la grippe H1N1 sont rares ». Roselyne Bachelot avait urgemment besoin de corriger le tir.
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