Des ministres, des cadres supérieurs des forces armées qui se mêlent aux plus hauts dirigeants d’entreprises en Amérique du Nord, tout ce beau monde a participé à une rencontre secrète sur la « prospérité continentale dans le nouvel environnement sécuritaire » à l’hôtel Fairmont Banff Springs. La rencontre a porté sur « l’intégration profonde », qui consiste principalement à éliminer la souveraineté nationale pour permettre l’édification d’une « forteresse nord-américaine ».
Selon l’ordre du jour, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld s’est rendu à Banff en Alberta pour livrer une présentation sur « la coopération militaire à militaire ». Le ministre de la Sécurité publique du Canada, Stockwell Day, a concentré son discours sur la problématique de la sécurité publique en Amérique du Nord.
Le gratin canadien et américain était présent, y compris le ministre de la Défense du Canada, Gordon O’Connor, et le chef d’état major de la Défense, Rick Hillier. Rien n’indique cependant que le premier ministre Stephen Harper a assisté à la rencontre.
Du côté américain, plusieurs des plus proches conseillers de Rumsfeld étaient présents aux côtés de nombreux chercheurs et consultants. Le commandant du US Northern Command (NorthCom), l’amiral Tim Keating, était aussi du groupe, avec plusieurs des membres les plus hauts gradés de son équipe. Keating est aussi le commandant de NORAD, qui doit prochainement être fusionné avec NorthCom.
« L’intégration profonde » a d’abord été évoquée par le « Independent Task Force for North America », dirigé du côté canadien par l’ancien vice-premier ministre libéral John Manley et le président du Conseil canadien des chefs d’entreprises Tom D’Aquino. Ce groupe de travail, dirigé par des représentants américains, canadiens et mexicains, était financé par le Council on Foreign Relations (CFR).
La progressiste canadienne-anglaise Murray Dobbin expliquait en avril 2005 que « D’Aquino et ses partenaires au sein d’un groupe de travail corporatif, l’ancien vice-premier ministre John Manley et l’ancien ministre des Finances Michael Wilson, nous disent qu’en s’intégrant encore davantage avec les États-Unis, nous allons d’une certaine façon garantir notre prospérité, créer une forteresse de l’Amérique du Nord pour faire concurrence à la Chine, à l’Europe et aux autres compétiteurs. »
En 2005, le groupe de Manley a rendu public son « Appel tri-national pour une communauté économique et sécuritaire nord-américaine pour 2010 ». D’Aquino et Manley sont des participants à la rencontre de Banff, qui constitue essentiellement une suite à l’initiative du Council on Foreign Relations.
Un autre thème central de la conférence de Banff est l’intégration des structures de commandement militaire, qui pourrait éventuellement mener au démantèlement de NORAD et à l’intégration du Canada dans le Northern Command américain.
La rencontre de Banff était co-présidée par George Shultz, un Républicain dévoué, ancien secrétaire d’État du président Ronald Reagan qui est ensuite devenu président et directeur de Bechtel Corporation.
Les dirigeants du complexe militaro-industriel et des compagnies pétrolières étaient présents, y compris ceux de Lockheed Martin, Chevron, la mexicaine PEMEX et Suncor Energy.
Des représentants de haut niveau et des analystes issus des laboratoires de recherche et des penseurs militaires, y compris Livermore, ont été invités à participer à certains des groupes spécialisés.
Les réunions abordaient les relations entre les systèmes de défense nord-américains, la militarisation, la sécurité nationale, les frontières, l’immigration, la production militaire et le contrôle sur les réserves énergétiques nord-américaines. L’événement avait plus à voir avec la militarisation et le profit qu’avec la « prospérité continentale ».
On trouvait également, parmi les participants canadiens dont la présence a été confirmée, l’ancien chef du Parti Québécois Pierre-Marc Johnson, qui représentait le cabinet d’avocats Heenan Blaikie, et plusieurs hauts responsables militaires et corporatifs.
Le programme de cet événement, qui était un secret d’État bien gardé, a d’abord été révélé par l’auteur et politicien canadien Mel Hurtig.
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