Le député George Galloway salue les Palestiniens à son arrivée à Rafah, dans la bande de Gaza, le mois dernier.
Archives Reuters
Quoi qu'en dise le gouvernement canadien, George Galloway assure n'avoir jamais soutenu le Hamas de sa vie. «J'étais plutôt un partisan du président Yasser Arafat, Dieu ait son âme», a-t-il spécifié hier en entrevue téléphonique avec La Presse.
Interdit de séjour au Canada, le député britannique à la réputation sulfureuse prononcera tout de même un discours à Montréal, ce soir, par l'entremise d'une vidéoconférence.
Pour 20$, les Montréalais pourront entendre, en direct de New York, l'homme accusé par Ottawa d'avoir financé le Hamas, une organisation classée terroriste au Canada. La conférence aura lieu dans un auditorium de l'Université Concordia. M. Galloway y dénoncera le soutien d'Ottawa à Israël et la guerre en Afghanistan, «vouée à l'échec», selon lui.
Le 20 mars, l'Agence canadienne des services frontaliers a avisé M. Galloway qu'il était «inadmissible» au pays en raison de son implication dans une récente mission d'aide humanitaire à Gaza. Le député avait personnellement versé 45 000$ à Ismaïl Haniyeh, premier ministre du Hamas.
M. Galloway ne s'explique pas la décision «littéralement absurde» du gouvernement canadien. «Si j'étais vraiment un terroriste ou une menace à la sécurité, je ne vous parlerais pas actuellement de New York. Je ne siégerais pas au Parlement britannique depuis 23 ans. Et je n'y aurais pas été élu cinq fois!»
Début mars, le député a remis des véhicules d'urgence et des médicaments «au gouvernement démocratiquement élu de Gaza». Or, il se trouve que ce gouvernement est dirigé par le Hamas. «Ce n'est pas mon choix. C'est le choix du peuple de Gaza», plaide-t-il. Quant aux 45 000$ remis à M. Haniyeh, c'était un «don symbolique pour briser le siège de Gaza».
Une publicité énorme
«Le gouvernement a fait une erreur, estime M. Galloway. S'il m'avait laissé entrer au pays, j'en serais reparti en ayant touché quelques milliers de personnes. Maintenant, je suppose que tout le monde au Canada connaît mon nom!»
En effet, même les plus féroces ennemis de M. Galloway déplorent qu'Ottawa ait joué le jeu de ce député en perpétuel mal d'attention. Jamais il n'aurait pu avoir autant de publicité si le Canada ne lui avait pas fermé la porte au nez.
Bernie Farber, directeur exécutif du Congrès juif canadien, est l'un des rares à soutenir la décision du gouvernement. «Le fait de défendre nos principes a parfois pour effet de jeter les projecteurs sur l'enjeu, admet-il. Mais c'est important de se tenir debout pour ce que l'on croit.»
Selon M. Farber, cette affaire «n'a rien à voir» avec la liberté d'expression. La preuve, dit-il, c'est que M. Galloway peut prononcer ses discours par vidéoconférence sans que personne ne tente de l'en empêcher. «L'enjeu, c'est son soutien au terrorisme. M. Galloway a un long passé de financier international de la terreur, et nous ne voulons pas que le Canada devienne une tirelire pour lui.»
De son côté, le fougueux député écossais assure qu'il n'a pas dit son dernier mot. «Je vais essayer de revenir au Canada bientôt. Je ne prends pas un non pour une réponse.»
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