Intensification de la rivalité américano-chinoise

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L’an dernier, il était à la mode de parler d’un « G2 » en développement. Les États-Unis, la plus importante économie mondiale, et la Chine, leur rival en plein essor, étaient censés unir leurs efforts pour résoudre les problèmes du monde – en particulier la crise économique internationale qui met le capitalisme à genoux.

Ces illusions se sont rapidement évanouies cette année, le gouvernement Obama faisant preuve d’une ligne bien plus dure à l’égard de la Chine par une série de manœuvres provocatrices, dont la vente d’armes de pointe à Taiwan et une rencontre prévue avec le Dalaï Lama. Ces évolutions symboliques mais significatives font suite à l’imposition de taxes douanières élevées contre toute une série de produits chinois, allant des tuyaux et des plaques d’acier aux pneus.

Pékin a déjà protesté contre les ventes d’armes à Taiwan et va certainement faire de même si Obama rencontre le Dalaï Lama. Les officiels américains s’attendent à ce que le président Chinois Hu Jintao ne se rende pas au sommet américain sur la sécurité nucléaire en avril et éventuellement à ce qu’il interrompe le dialogue militaire bilatéral avec les États-Unis. Les relations vont probablement se détériorer encore plus avec l’insistance des États-Unis à obtenir de nouvelles sanctions contre l’Iran au sujet de son programme nucléaire – une action à laquelle Pékin s’est opposé publiquement.

Washington agit incontestablement dans l’idée que ses intérêts économiques et stratégiques sont de plus en plus bloqués par Pékin. Le voyage d’Obama en Chine en novembre dernier, dont on attendait tant, est largement considéré comme un échec : sa demande d’une revalorisation du yuan par rapport au dollar a été ignorée et, en retour, il a reçu une leçon sur la nécessité de la rigueur financière pour que la Chine continue à acheter des bons du trésor américains. Lors du sommet de Copenhague sur le climat, les États-Unis ont été confrontés à un bloc emmené par la Chine qui a superbement ignoré Obama lors de son arrivée censée emporter la conclusion d’un accord.

Ces tensions trouvent leur cause dans les relations très changeantes entre les principales puissances économiques, elles-mêmes alimentées par la mondialisation de la production. Les États-Unis restent l’économie mondiale numéro 1 mais ils sont confrontés à un rival dynamique. Au début du vingt-et-unième siècle, le PIB américain était de huit fois celui de la Chine ; dix ans plus tard ce ratio n’est plus que de quatre. Cette année, la Chine devrait passer devant le Japon et devenir la seconde puissance économique mondiale. En 2009, la Chine est devenue le premier constructeur et le premier marché du monde pour l’automobile, devant les États-Unis. Vingt ans plus tôt, on pouvait à peine parler d’une industrie automobile chinoise.

La crise financière mondiale qui a éclaté en 2008 n’a fait que souligner la vulnérabilité des États-Unis et la montée du capitalisme chinois. Alors que les économies des États-Unis et d’Europe se sont contractées en 2009, la Chine a contribué à plus de la moitié de la croissance économique mondiale. L’année dernière, la Chine est passée devant l’Allemagne en tête des exportateurs mondiaux. Alors que les principales banques occidentales ont dû être renflouées, les sept économies les plus importantes d’Asie détiennent actuellement 4.600 milliards de dollars en réserves de monnaies étrangères – soit plus que le reste du monde combiné.

Un accord de libre échange entre la Chine et l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ANASE) est entré en vigueur le 1er janvier – créant d’un coup la troisième plus grande zone de libre-échange du monde derrière l’UE et l’Accord de libre-échange Nord-américain (ALÉNA). Washington se trouve non seulement hors de cet accord, mais de plus il ne dispose que d’une poignée d’accords bilatéraux avec les pays de la région.

Poussée par ses besoins en matières premières et en débouchés, la Chine se sert de son muscle économique pour obtenir des garanties, des contrats à long terme et faire progresser sa position politique en accordant des prêts et des aides à d’autres pays partout dans le monde. Les investissements chinois à l’étranger pour des fusions et acquisitions se sont montés à 46 milliards de dollars en 2009, presque cinq fois le montant de 2005 (9,6 milliards). Dans toutes les régions du monde, de l’Asie centrale à l’Afrique et au Pacifique, l’expansion économique chinoise défie les États-Unis et les puissances européennes, et perturbe les relations existantes.

La rivalité militaire est à peine dissimulée. Les guerres lancées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan, leur guerre par Etat interposé au Pakistan et leurs menaces contre l’Iran sont le fruit de la détermination de Washington à dominer les régions stratégiquement cruciales du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, et d’en exclure ses rivaux, notamment la Chine. Plus largement, les États-Unis ont cherché à circonscrire la Chine par une série d’alliances et de bases, allant du Japon et de la Corée du Sud, Singapour, l’Australie et l’Inde jusqu’à l’Afghanistan et l’Asie centrale. La Chine répond en développant ses propres moyens militaires, y compris une marine de haute mer chargée d’assurer la sécurité des routes maritimes vers le Moyen-Orient et l’Afrique, établissant dans les faits un partenariat avec la Russie pour contrer l’influence américaine en Asie centrale.

Dans un article du 23 décembre, le rédacteur économique en chef du Financial Times, Martin Wolf, fait une mise en garde sur les conséquences à long terme de la montée de la Chine et la « désastreuse perte d’autorité » des États-Unis en raison des guerres en Irak et en Afghanistan et de la crise financière mondiale. « La première décennie du vingt et unième siècle a maintenant la même ambiance de fin de règne que celle du siècle dernier. » commente-t-il.

Le déclin de la Grande-Bretagne comme puissance hégémonique mondiale et l’essor de ses rivaux au début du vingtième siècle – notamment l’Allemagne et les États-Unis – ont entraîné trois décennies de troubles, dont deux guerres mondiales et la Grande dépression, avant que les États-Unis n’émergent comme nouvelle puissance dominante. « Maintenant nous avons une transition de puissance peut-être plus difficile à gérer, » écrit Wolf.

Wolf n’a aucune proposition à faire en dehors d’une recommandation générale en faveur de la coopération internationale. Il termine son article sur un ton assez glauque par un appel à tous les pays pour qu’ils reconnaissent la valeur de la maxime de Benjamin Franklin : « nous devons tous être soudés ou nous périrons tous un par un. » Wolf conclut : « Est-ce que cela se produira ? Hélas, j’en doute. »

Ce ton pessimiste reflète la conscience parmi les observateurs bourgeois les plus réfléchis que les rivalités internationales ne diminuent pas mais s’intensifient. Au cours de la Première guerre mondiale, Lénine dans son pamphlet prémonitoire « l’impérialisme, stade ultime du capitalisme » expliquait l’impossibilité d’un accord permanent entre les grandes puissances pour stabiliser le capitalisme. Tout arrangement conclu à un moment donné est nécessairement perturbé par les niveaux de développement inégaux des différentes économies capitalistes en compétition. Cette compétition entre les puissances sur le déclin et leurs rivaux en plein essor est résolue par la guerre.

Les tensions actuelles sont aggravées par le fait qu’aucun pays n’est en position de jouer le rôle qu’ont joué les États-Unis dans la création d’un nouvel équilibre après la Seconde guerre mondiale. La Chine est un géant économique aux pieds d’argile, ravagée par les contradictions économiques et sociales. Son économie est dépendante des investissements, de la technologie et des marchés occidentaux. Sa grande “force” économique – son vaste réservoir de travail à faible coût – produit inévitablement des tensions sociales profondes. Alors que son PIB devrait devenir le deuxième au monde, il ne représente que 3.259 dollars par habitant en 2008, soit la 104e place mondiale, derrière l’Irak, la Géorgie et la République du Congo. Elle compte le second contingent le plus important de milliardaires au monde, mais 150 millions de gens y vivent avec 1 dollar par jour ou moins. La grande crainte de la mince élite chinoise est que ses mesures d’état policier ne parviennent pas à contenir l’immense explosion sociale qui se prépare.

Dans le contexte de la crise économique mondiale, les rivalités vont s’aiguiser, et plus vite qu’on ne pense. Le monde est entré dans une nouvelle période tourmentée de troubles politiques et de guerres. La seule force sociale à même d’offrir à l’humanité une solution progressiste est la classe ouvrière internationale. Ces mêmes processus mondiaux qui exacerbent les tensions internationales et nous mènent vers les conflits ont énormément renforcé le prolétariat, dont la tâche historique est le renversement révolutionnaire du système capitaliste en faillite et de sa division du monde en états nations dépassés, laquelle est la cause fondamentale des guerres et des catastrophes sociales qui affligent l’humanité.

Article original, WSWS, paru le 9 janvier 2010.

Articles Par : John Chan

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