Irak, la « Busherie » menace

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« Next stop Baghdad » ? Pour imposer une nouvelle guerre contre l¹Irak ­ qui serait la plus grande guerre menée par les Etats-Unis depuis le Vietnam – le vice-président US Cheney fait le forcing : tournée de pressions sur les pays hésitants. A voir les fortes réticences exprimées un peu partout, certains pensent que la guerre pourrait être décommandée.

Erreur. A chaque fois que les Etats-Unis se sont préparés à déclencher une guerre (Golfe 91, Yougoslavie 99), nous avons tous eu un réflexe, psychologiquement compréhensible : « Ils ne vont peut-être pas attaquer, leurs accusations sont d¹une telle mauvaise foi, et il y a tant d¹oppositions dans le monde.» Mais à chaque fois, on a été piégé, la guerre est quand même venue, avec les massacres et les souffrances.

Préparatifs pratiques

Deux faits récents indiquent que la menace de Bush se précise : d¹abord, les tentes que l¹ONU avait installées pour accueillir les réfugiés afghans ont été déplacées en Iran. But : « accueillir le flot de réfugiés prévisibles » en cas d¹attaques américano-britanniques. Cette opération cynique fait partie du conditionnement « humanitaire » de l¹opinion.

Ensuite, à Ankara, Cheney a tenu à s¹entretenir non seulement avec le premier ministre turc Ecevit, réticent, mais aussi directement avec les exécutants : le chef d¹état-major de l¹armée turque, plus docile encore. On fait miroiter des possibilités d¹expansion régionale, puisque la Turquie réclame une part du territoire irakien.

Objections : oui, mais

Il est vrai que, dans le monde, les objections à la nouvelle croisade de Bush se multiplient. Pressés par leurs opinions et par les problèmes socio-économiques, les pays du Moyen-Orient sont bien plus prudents qu¹en 1991. «Frapper l¹Irak serait une catastrophe pour l¹Irak, et menacerait la stabilité de la région », explique le roi Abdullah de Jordanie. Le premier ministre turc hésite aussi : « Si un conflit menace comme un cauchemar, vous ne pouvez vous attendre à ce que beaucoup d¹investissements affluent en Turquie » . Le ministre russe Ivanov souligne qu¹une telle attaque provoquerait une grave crise dans la région.

En outre, des experts occidentaux craignent que la hausse du prix du baril, qui accompagne traditionnellement toutes ces guerres, accélère la récession économique : «Un barril à 25 $ ferait peu de tort en Occident, mais s¹il grimpait à 30 $ pour une période prolongée, les conséquences seraient profondes», avertit le Guardian britannique , «pour l¹emploi et la croissance alors que les trois principales économies globales ont subi leur premier recul simultané en un quart de siècle.»

En conséquence, Joschka Fischer craint que le Parlement allemand s¹oppose à cette guerre, la secrétaire britannique au Développement Clare Short menace de démissionner et Lionel Jospin critique les USA qui se prennent « pour l¹unique procureur, juge et policier du monde ». (C¹est surtout l¹aspect « unique » qui le dérange bien sûr, car le palmarès de la France comme « force de paix » en Afrique n¹est pas si brillant)

Mais tous ces « avertissements », « réserves » et « mises en garde », on en avait déjà entendu de pareils avant les guerres précédentes. Ils furent ravalés. Quiconque relit les journées de ces époques, sera frappé par les similitudes. On ne peut donc compter là-dessus pour sauver la paix.

Au contraire. C¹est justement parce que le monde entier se pose de plus en plus de questions sur le modèle américain et ses croisades que l¹administration Bush veut recourir à la guerre. Pour briser les résistances et s¹imposer en chef suprême.

La hausse du budget militaire US de cette année (plus 48 milliards de dollars) n¹est qu¹un premier pas. En 2007, il devrait atteindre 500 milliards $ (contre 270 en l¹an 2000). A ce moment, les Etats-Unis dépenseront plus pour leur armée que le reste du monde tout entier. D¹ores et déjà, leur gouvernement dépense dix fois plus pour l¹armée que pour l¹éducation.

Un seul avion de combat F-22 coûte 187 millions de dollars. De quoi construire 16 écoles. Mais ce sont des avions de guerre qu¹on construira, et non des écoles ou des hôpitaux. Le programme du président Bush, élu par les multinationales du pétrole et des armes, c¹est la guerre contre le monde entier, et l¹Irak n¹est qu¹une première cible dans cette guerre des riches.

Seule la mobilisation peut arrêter Bush

Tous ceux qui défendent la justice sociale et la paix ne sauraient attendre passivement de voir ce que feront les grandes puissances. Si on les laisse faire, la « busherie » est certaine. Avec un scénario connu d¹avance, car déjà expérimenté : pendant que les Etats-Unis prépareront leur armada militaire et renforceront leurs pressions sur les pays récalcitrants, on commencera par une campagne de médiamensonges pour assomer l¹opinion. Puisque, même en Grande-Bretagne, 51% sont opposés à une guerre contre l¹Irak (35% pour) , on manipulera cette opinion sur, au choix, le terrorisme, les armes de destruction massive ou le prétendu souci humanitaire pour les Kurdes, ou bien une combinaison de ces thèmes. Un grand médiamensonge provocateur se prépare à coup sûr.

La seule chose qui puisse arrêter cette « busherie », c¹est la mobilisation des peuples. Or, la résistance au Nouvel Ordre Mondial se renforce, et chaque semain, s¹expriment de nouveaux signes de résistance. Récemment, le Zimbabwe a résisté à une campagne américano-britannique visant à le recoloniser. Barcelone a été la plus grande manif antimondialisation jamais vue. La Chine vient de dénoncer le chantage nucléaire des nouveaux programmes d¹armement US. Et, dans nos pays aussi, les gens sont de plus en plus dégoûtés par les Etats-Unis et inquiets devant leurs menaces de guerre. A partir de là, peut naître une mobilisation pour la paix sans précédent. Et un débat sur la question fondamentale : quelle est cette société qui nous mène impitoyablement à la guerre et comment la transformer?

Pour contrer les plans de guerre, la première tâche est celle de la contre-information. Démasquer les médiamensonges et les prétextes fera éclater la mauvaise foi des agresseurs et permettra d¹unifier internationalement la résistance. En avril, près de cent cinquante « inspecteurs de la paix » partiront en Irak à partir de Bruxelles, de Bucarest et d¹Alger. En relayant dès à présent leurs infos et leurs témoignages, en les traduisant et diffusant, vous aiderez à construire la chaîne internationale de défense de la paix.

Copyright Michel Collon 2002. Pour usage équitable seulement. .


Articles Par : Michel Collon

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