Israël devient État membre associé du CERN (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire)

CERN : de l’infiniment petit à l’infiniment immoral...

« Israël devient État membre associé du CERN »… L’information est affichée depuis le 16 septembre sur le site de l’organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN).


Poignée de main historique et peu ragoûtante entre Rolf Heuer et l’ambassadeur israélien – Photo : Cern

L’information en soi n’est plus une surprise car il s’agit d’un événement prévu de longue date… Mais c’est le moment opportun de revenir sur un certain nombre de faits et de rappeler à une communauté de chercheurs (ici les physiciens), ses responsabilités.

La recherche en physique et le politico-militaire : une proximité historique

Plus que d’autres domaines de recherche, la recherche fondamentale et expérimentale en physique, et particulièrement en physique nucléaire, a toujours bénéficié du soutien des pouvoirs en place. Cette proximité avec le politique est surtout liée aux multiples applications que les recherches en physique ont permis dans le domaine de l’énergie et des armements. La mise au point d’armes nucléaires, de filières de production nucléaire pour ne citer que ces deux aspects n’a été possible qu’à la condition de disposer de moyens importants, financiers et logistiques, pour mener à bien des projets coûteux et complexes.
 
Hiroshima est le pire et le parfait exemple du résultat du comportement de certains groupes de scientifiques lorsque l’excitation liée à la recherche prend le pas sur toutes les considérations humaines et morales. A mon connaissance, aucun des scientifiques ayant participé au programme Manhattan n’a eu la décence de mettre fin à ses jours après cet acte barbare et d’un cruauté infinie. Le fait que la perversion ait été poussée au point de faire exploser LEUR bombe A à l’heure où les habitants se rendent dans les usines, bureaux et écoles pour entraîner le maximum de victimes a dû les laisser totalement indifférents… Gageons que même placé au centre d’Hiroshima le 6 août 1945 à 8 h 16 min, aucun des scientifiques du groupe Manhattan n’aurait vu ni remarqué quoi que ce soit.

La recherche fondamentale en physique est aujourd’hui plus que jamais dépendante de moyens colossaux mis à disposition d’équipes de chercheurs dont les découvertes – et la notoriété qui accompagne ces découvertes mais qui en réalité ne concerne qu’un microcosme vite retombé dans l’oubli général après d’épisodiques coups médiatiques – ne deviennent possibles qu’à la condition d’entretenir une forte imbrication avec les pouvoirs politiques.

Le CERN est-il une organisation pour la recherche, ou est-il devenu une institution relayant les impératifs de ses donateurs, quitte à renier tout sens moral et à déconsidérer profondément la recherche fondamentale ? Cette compromission éhontée avec l’Etat israélien, raciste, colonialiste, ultra-violent et belliciste illustre trop bien que la direction du CERN se comporte en composante zélée de l’oligarchie qui domine le monde contemporain. L’intégration de l’Etat sioniste au CERN comme Etat associé, avec la perspective d’une intégration complète et définitive dans un délai de 24 mois, jette une lumière crue sur l’absence totale de principes dans laquelle ceux et celles qui dirigent la recherche fondamentale sont aujourd’hui tombés.

De nouveaux moyens pour développer un savoir-faire meurtrier

L’Etat israélien est un Etat hors-la-loi, un « rogue State » (ou « Etat voyou »), qui a toujours refusé de signer le traité international sur la non-prolifération des armes nucléaires et a toujours refusé toute inspection des Nations Unies sur son arsenal et ses moyens nucléaires. Placé de façon privilégié dans le domaine extrêmement concurrentiel de la production d’armements toujours plus sophistiqués et meurtriers, l’Etat israélien n’a jamais hésité à se servir de ses différents champs de bataille (Liban, Palestine…) comme terrains d’expérimentation en massacrant des populations sans défense avec des moyens toujours plus élaborés.

Soyons certains que les résultats obtenus, et qui se traduisent en deuils et mutilations innombrables pour les populations du Moyen-Orient, figurent en bonne place dans les catalogues de ses revendeurs de matériel mortifère.

Prétendre que la participation israélienne au CERN serait cantonnée à des travaux de recherche à finalité forcément pacifiste, ou au moins non-belliciste, est une hypocrisie insigne. Pour peu que l’on connaisse le domaine des expérimentations, il est évident que le savoir-faire acquis dans un but spécifique (méthodes de conception de dispositifs innovants, veille technologique, mesures physiques, systèmes temps réel, qualité des logiciels etc…) est aisément transposable dans tout autre domaine ou projet. Nous pouvons être certains que les scientifiques et ingénieurs israéliens sauront faire bénéficier leurs institutions d’origine de toute innovation représentant un intérêt pour des applications répressives et militaires.

« Transfert de compétences, diffusion des savoirs, transferts de technologie » seront les termes alors utilisés pour édulcorer une réalité qui ne sera qu’une collaboration abjecte entre le CERN et l’occupation militaire israélienne en Palestine.

Un boycott… Mais comment ? 

La période de 24 mois qui va s’étaler d’ici à la possible pleine adhésion d’Israël au CERN doit être mise à profit pour qu’une réaction forte venant avant tout des physiciens eux-mêmes mette le holà à cette collaboration scandaleuse entre un organisme dont la mission est la recherche fondamentale au profit du développement humain, et un Etat dont le racisme, la violence et l’absence complète de scrupules sont chaque jour condamnés par une partie de plus en plus large des populations en Europe.

Au niveau individuel, chaque chercheur et ingénieur peut refuser de travailler dans un groupe de projet incluant des chercheurs ou ingénieurs israéliens en invoquant une simple clause morale. Face à une réaction qui devrait être collective, les instances du CERN et des institutions qui y participent seront dans l’incapacité de prendre la moindre mesure de rétorsion à leur égard.

Boycotter l’Etat israélien et ses représentants au CERN est une nécessité du point de vue du soutien que nous devons apporter à la population palestinienne vivant sous occupation en Palestine, dans les camps de réfugiés du Moyen-Orient ou dans la Diaspora. Mais c’est aussi une nécessité pour que la recherche fondamentale ne soit pas encore plus discréditée qu’elle ne l’est aujourd’hui, dans un contexte de crise profonde où les impératifs sociaux pourraient bien un jour prendre le pas sur les énormes investissements imposés par cette même recherche.

Articles Par : G. A. Kirchhoff

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