Israël continue le bombardement massif de Gaza au milieu de pourparlers en vue d’une trêve

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Après la parution mardi des premiers articles selon lesquels un accord de cessez-le-feu avec Israël était imminent, un haut responsable du Hamas, Izzat Risheq, a dit aux médias que l’accord ne serait parachevé que mercredi au plus tôt étant donné qu’Israël n’avait pas réagi aux modalités proposées en vue d’un règlement.

Avec les médias se concentrant sur les efforts internationaux entrepris pour arriver à une trêve dans l’attaque militaire qui dure depuis une semaine à Gaza, le crime de guerre initié par l’assassinat mercredi dernier par le gouvernement israélien du dirigeant militaire du Hamas Ahmed al-Jaabari continue de prendre de l’ampleur.

L’attaque incessante perpétrée par des F16, des drones, des navires de guerre, des chars et l’artillerie a tué ou blessé bien plus d’un millier de Palestiniens, en grande majorité des civils. Mardi après-midi, l’on a signalé que le bilan s’élevait à 140 morts et au moins 27 autres personnes ont été tuées dans la journée. Plus de 900 autres ont été blessées par des bombes, des missiles et des obus.

Les forces de défense d’Israël semblent de plus en plus souvent frapper des maisons et autres cibles visiblement civiles. Après le massacre choquant, dimanche, de 10 membres d’une même famille – dont quatre jeunes enfants et quatre femmes – un bon nombre d’autres atrocités similaires ont été commises.

Tard lundi soir, une frappe de missile sur un camp de réfugiés à Jabaliya a tué deux jeunes garçons, âgés de deux et quatre ans, ainsi que leur père et mère. Plus d’une dizaine d’autres ont été blessés lors de cette attaque, et la plupart étaient des femmes et des enfants.

Une frappe aérienne qui a touché la ville de Beit Lahiya a tué deux jumeaux de quatre ans ainsi que leur père et laissé la mère grièvement blessée. Un garçon de 15 ans, touché par une frappe de drone a également été tué à Beit Lahiya alors qu’il était en train de chasser des oiseaux dans un espace ouvert près de la ville.

Un grand nombre des blessés ont subi de graves brûlures et souffrent de lésions liées à l’effondrement de maisons et de bâtiments sur eux. « C’est très dur en ce moment avec de nombreuses personnes blessées arrivant toutes les heures, » a dit à l’agence d’information IRIN de l’ONU une infirmière du service orthopédique à l’hôpital Shifa de Gaza. « Le nombre des femmes et des enfants dépasse celui des hommes notamment avec la nouvelle vague [d’attaques] ciblant les maisons et les immeubles d’habitation. »

Le personnel hospitalier a dit que les victimes des bombardements étaient dans un état plus grave encore que lors de l’opération Cast Lead (« Plomb durci ») durant l’invasion de Gaza.

Alors même que des responsables égyptiens et palestiniens prédisaient un accord de cessez-le-feu imminent, Israël a lancé une tactique de la terreur contre la population civile de Gaza. Des avions ont largué des tracts sur les villages des régions situées au Nord, au Sud et dans l’Est de Gaza disant aux résidents de fuir leur domicile.

« Pour votre propre sécurité, nous vous demandons d’évacuer immédiatement vos foyers et de vous diriger vers le centre de Gaza ville, » pouvait-on lire sur les tracts.

D’autres dépliants ont été largués dans d’autres régions de Gaza pour prévenir la population de rester chez elle pour ne pas être tuée. L’effet en était de faire comprendre la menace posée par le déclenchement de la guerre éclair israélienne : qu’une population de 1,7 millions de personnes ne se trouve en sécurité nulle part.

Le gouvernement israélien du premier ministre Benjamin Netanyahou a rappelé près de 45.000 soldats de réserve et a massé des chars et l’artillerie près de la frontière avec Gaza en précisant ne pas vouloir lancer une invasion de grande envergure d’ici jeudi vu que les pourparlers pour mettre fin au conflit se poursuivaient. Les tracts ont toutefois clairement montré que l’invasion reste un danger imminent.

Parmi les cibles civiles touchées lundi soir il y a l’hôpital de campagne militaire jordanien – attaque universellement reconnue comme un crime de guerre – et la Banque nationale islamique qui verse le salaire des fonctionnaires de Gaza. Au moins quatre civils ont été blessés dans l’attaque contre la banque.

Des tirs de roquettes ont tué un soldat israélien et un civil au Conseil régional d’Eshkol, à l’Est de la Bande de Gaza. Ceci porte à cinq le nombre d’Israéliens qui sont morts dans le conflit avec trois tués dans le Sud de l’Israël par un tir de roquette jeudi dernier en réaction au bombardement israélien.

La vaste majorité des victimes reflète le caractère hautement inégal du conflit entre Israël, l’un des pays le plus lourdement armé sur terre et Gaza, un territoire appauvri et soumis à un blocus. Bien qu’en vertu du droit international Israël soit obligé de protéger les gens qui sont placés sous son occupation, Israël les massacre en reprochant ensuite au Hamas – la direction élue du territoire – de « se dissimuler derrière les civils. »

Cette justification pernicieuse pour une punition collective mortelle a été pleinement adoptée aux Etats-Unis par le gouvernement Obama tout comme par les médias. En parlant au nom du gouvernement, le conseiller adjoint à la sécurité nationale, Benjamin Rhodes, a déclaré que l’accord de trêve devrait inclure « la fin des tirs de roquettes » venant de Gaza alors qu’il ne pose aucune exigence à Israël.

Washington a envoyé la secrétaire d’Etat Hillary Clinton dans la région, interrompant sa participation à la tournée en Asie du Sud-Est du président Barack Obama. Clinton a rencontré jeudi soir en Israël le premier ministre Benjamin Netanyahou en répétant que « l’engagement de l’Amérique envers Israël était solide comme un roc et inébranlable. »

Elle devait se rendre à Ramallah mercredi pour une réunion avec Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah en Cisjordanie, suivie par une étape au Caire pour des entretiens avec le gouvernement du président Mohamed Morsi.

Les Etats-Unis refusent tout pourparler avec le Hamas, direction élue à Gaza, après avoir qualifié le mouvement islamiste d’« organisation terroriste. »

Mardi, le New York Times exprimait la version officielle grâce à un article hypocrite intitulé « L’illégitimité du Hamas » accusant l’organisation palestinienne d’être « tellement rongée par la haine à l’égard d’Israël qu’elle a à plusieurs reprise recouru à la violence sans se préoccuper des conséquences pour sa propre population. » Une telle illégitimité ou de tels motifs n’ont pas été attribués au bain de sang provoqué par Israël à Gaza.

Rien n’a été dit non plus sur les exigences légitimes du Hamas. Celles-ci comprennent un arrêt des assassinats de ses dirigeants par Israël et la levée du blocus israélien de Gaza qui dure depuis six ans et qui tient prisonniers 1,7 millions de personnes sur une bande côtière longue de 38 kilomètres.

Le blocus a étranglé l’économie du territoire, bloqué la livraison de médicaments et autres fournitures indispensables, condamnant toute une population à la pauvreté.

Un document publié le mois dernier a montré que le gouvernement israélien est allé jusqu’à calculer le nombre de calories nécessaires aux Gazaouis pour éviter la malnutrition de masse. Il est arrivé à la conclusion qu’il pourrait éviter de franchir la « ligne rouge » d’une famine généralisée et de « maintenir le tissu de vie de base » en autorisant l’entrée chaque jour de 106 camions chargés de vivres et autres denrées essentielles. Avant le blocus, quelque 400 camions apportaient tous les jours des provisions.

L’article du Times se plaignait de ce que la crise « menace de compliquer et de détourner l’attention des tentatives internationales de s’occuper de la menace du programme nucléaire de l’Iran et de la guerre civile syrienne » tout en « marginalisant l’Autorité palestinienne modérée qui participe à l’administration de la Cisjordanie. »

Ces questions stratégiques – qui n’ont rien avoir avec des préoccupations concernant les hommes, femmes et enfants qui sont tués et mutilés à Gaza – sous-tendent les efforts entrepris par Washington pour mettre fin au conflit et éviter une invasion terrestre israélienne.

Par rapport à la Syrie, l’attaque de Gaza a servi à révéler le cynisme des préoccupations « humanitaires » de Washington à l’égard des victimes civiles causées par l’armée du pays. A Gaza, les Etats-Unis justifient et soutiennent ouvertement le massacre de civils palestiniens par leurs alliés israéliens.

De la même manière, après avoir dénoncé la Russie et la Chine pour avoir bloqué au Conseil de Sécurité des Nations unies les résolutions traitant de la Syrie – une décision prise après que Washington a profité d’une telle résolution pour servir de prétexte pseudo-légal à sa guerre en faveur d’un changement de régime en Libye – les Etats-Unis ont empêché que le Conseil de Sécurité n’adopte une résolution exprimant des inquiétudes pour la population de Gaza.

Le conflit, et la répulsion populaire qu’il a créée partout au Moyen-Orient et dans le monde, entravent les efforts entrepris par Washington et ses alliés despotiques en Arabie saoudite et dans les Etats du Golfe pour fomenter un conflit régional entre Sunnites et Chiites dans le but d’affaiblir l’influence de Téhéran et de préparer une guerre contre l’Iran.

La guerre contre Gaza menace également de déstabiliser deux régimes qui ont opéré comme des fantoches de Washington : la monarchie des Achémites en Jordanie et l’Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas en Cisjordanie occupée par Israël.

La Jordanie a connu une série de manifestations croissantes avec des milliers de personnes défilant vendredi à Amman contre la hausse des prix du carburant en scandant, « Le peuple veut la chute du régime. »

Il y a eu en Cisjordanie d’importantes manifestations en solidarité avec le peuple de Gaza. De jeunes manifestants ont attaqué des patrouilles israéliennes et des barrages routiers avec des pierres et des cocktails Molotov alors que les forces israéliennes ripostaient en organisant une répression brutale. Un jeune Palestinien de 28 ans sur lequel on avait tiré à balles réelles durant la manifestation de samedi à Nabi Saleh, près de Ramallah, est mort lundi des suites de ses blessures. La nouvelle de sa mort a provoqué de nouvelles manifestations à Ramallah.

Washington craint qu’une poursuite du conflit de Gaza ne déclenche un plus grand soulèvement qui vise non seulement Israël, mais aussi le régime impuissant et corrompu de l’Autorité palestinienne.

Bill Van Auken

Article original, WSWS, paru le 21 novembre 2012


Articles Par : Bill Van Auken

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