Journalisme au rabais pour la fin de l’ETA

Journalisme au rabais pour la fin de l’ETA

Photo: Militant en faveur du rapprochement des prisonniers de l’ETA à Bayonne, au Pays Basque français.

Contrevérités, anachronismes, parti-pris ou black-out complet, lorsque la dernière organisation clandestine d’Europe déposent les armes, la crise qui touche la presse française ressurgit de plus belle.

Si l’on peut comprendre que l’information soit relayée en second plan derrière la mort du colonel Kadafi en Lybie, l’annonce le 20 octobre du « cessez-le-feu définitif » d’ETA a été totalement marginalisée par les médias français. Le jour suivant, le Figaro par exemple n’y consacre que 148 mots d’une dépêche de l’AFP, où l’on peut lire « le président français Sarkozy salue la fin de l’action armée de l’ETA » (1). De manière stupéfiante, l’information est totalement oubliée dans le journal de 13h de Claire Servajean sur France-Inter. On y a préféré notamment un reportage d’1min10 consacré à une grève de bus au Val Fourré ou une correspondance d’1min30 devant l’agence de notation Modys à Paris où une vingtaine de manifestants s’étaient rassemblés (2). Or la place disproportionnée donnée à l’attentat à la voiture piégée du 30 juillet 2009, laisse penser que les conflits préoccupent vraiment la presse, non pas quand ils sont en phase d’être résolus, mais quand ils éclatent.

Si les médias français se réclament « contre-pouvoir  », la nature du traitement journalistique de la fin d’Euskadi ta Askatasuna (ETA), dernière organisation clandestine d’Europe, révèle comme l’affirme Serge Halimi un « périmètre idéologique minuscule », où se multiplient les informations absentes ou peu documentées. « L’organisation [ETA] ne pouvait plus supporter la pression policière franco-espagnole qui faisait tomber ses dirigeants à un rythme accéléré » écrit François Musseau, dans Libération le 22 octobre (3). Correspondant également à Madrid pour RFI et l’hebdomadaire Le Point, ce « passionné d’Amérique latine » s’est affirmé ces derniers jours comme la figure de proue d’une presse qui a oublié le caractère inédit du « processus de paix », le rôle de la communauté internationale dans le dépôt des armes et l’évolution idéologique radicale de la gauche indépendantiste basque depuis les accords de Guernica en 2010.

En effet, de tous temps, ETA a supporté « la pression policière franco-espagnole » : elle dispose d’un pool de jeunes militants radicaux suffisamment déterminés et donc susceptibles de prendre la tête de l’organisation armée lorsque qu’on la croit encore et toujours celle-ci décapitée. Or aujourd’hui dans la gauche Abertzale (4), le mot d’ordre est clair : « la lutte armée est contre-productive ». En effet, les derniers attentats, particulièrement violents et arbitraires, commis par ETA constituent aujourd’hui une force de répulsion dont pâtit le mouvement indépendantiste. Invoquant le terrorisme, Paris bloque systématiquement les initiatives institutionnelles en Iparralde, le pays basque français. Conséquence de l’illégalisation de Batasuna – qui représente 10 à 18 % de l’électorat –, en 2003, la Communauté autonome basque a échappé au PNV (parti nationaliste basque) au profit du PSOE (le parti socialiste espagnol), pour la première fois depuis sa création. En ce sens la pression exercée par le juge Garzon au travers de l’application stricte de la « ley de los partidos » (5), a été bien plus déterminante que les captures répétées de militants clandestins armées. 

Avant tout une normalisation politique

Passé sous silence par François Musseau, mais relativement couvert par la Croix et le Monde (5), la fin de la lutte armée résulte d’un long processus au sein de la gauche basque, à coté duquel la communauté internationale a eu un grand rôle. Pour Kofi Annan ex-secrétaire général de l’ONU ou encore l’ex-ministre français Pierre Joxe, très impliqués ces dernières semaines dans la résolution du conflit basque, il n’a jamais été question de victoire policière franco-espagnole mais du succès d’un « processus de paix  ». 

La défaite d’ETA est donc avant tout politique, voire idéologique ! Le virage de la militance basque, marqué par deux processus de paix majeurs, Lizarra-Garazi en 1998, Loiala 2006, s’est affirmé le 25 septembre 2010 lors de la signature des accords de Guernica. Pour la première fois de son histoire, (Politis l’avait couvert(6)) l’ensemble de la gauche abertzale, y compris les partis illégaux en raison de leurs liens supposés avec le terrorisme, avait demandé publiquement à ETA de renoncer « définitivement aux armes ». « L’amnésie n’est pas moins grande chez les journalistes » s’amusait à rappeler le sociologue Pierre Bourdieu. Déjà aux moments des accords de Guernica, les spécialistes de la question basque comme Mario Zubiaga, professeur en sciences politiques à l’UPV de Bilbao, considéraient la fin de l’organisation terroriste comme inévitable, car celle-ci était coupée de sa base idéologique. Une analyse partagée par un spécialiste français, Jean-Pierre Massias, enseignant à l’Université de Bayonne : « L’ancienne Batasuna a considérablement pesé pour imposer une stratégie de non-violence et d’issue démocratique à ETA. ». Enfin, la militance basque suit sans forcément sans rendre compte, des logiques plus globales, celle des « nouvelles radicalités » très bien décrites par le philosophe Miguel Benasayag et la journaliste Florence Aubenas (7).

Or à ces analyses fines, François Musseau a préféré notamment le philosophe Fernando Savater, un homme de réseau considéré en raison de ses méthodes médiatiques comme le Bernard-Henri Levy ibérique (2). De son coté, si le Mondepublie une très bonne tribune de Pierre Hazan, professeur de justice transitionnelle à l’université de Genève (8), le plus grand quotidien français a cependant depuis Madrid donné beaucoup d’écho au scepticisme de la droite espagnole et au récit des victimes de l’ETA. Un exemple cet interview de Josu Elespe, le fils d’une victime d’ETA qui ne croit pas à la réconciliation (9). Dans l’entretien en question, la journaliste Sandrine Morel s’autorise même à une contre-vérité : « la gauche nationale radicale, qui refuse de condamner le passé de l’ETA, est revenu en force sur la scène locales de mai sous l’étiquette Bildu » écrit-elle. Dans la presse ces dernières semaines, l’affirmation, selon laquelle la coalisation Bildu est la vitrine légale d’ETA, est hélas aussi fréquente qu’absurde. Si la gauche radicale basque a tenté de récupérer le bon résultat de Bildu, les partis composants la coalition, à savoir Eusko Alkartasuna (social-démocrate fédéraliste), Alternatiba, Herritarron Garaia et Araba Bai, ont tous condamné la violence depuis des dizaines d’années, sans ambigüité. Tous ceux qui ont tenté d’établir une filiation entre la coalisation Bildu et les partis politiques illégalisésBatasuna (et récemment Sortu) ont été désavoués au printemps dernier par la décision du tribunal constitutionnel espagnol.

Une histoire choisie

A nouveau sous la plume de François Musseau, ETA c’est « quarante-trois ans de terreur [...] 829 personnes assassinées ». Une affirmation fidèle à la « pensée unique » car elle a parcouru la presse nationale sans exception. Vision déshistoricisée et déshitorisante, elle nie l’évolution radicale d’ETA au fil des années. En effet, en 1959, lorsque naît l’organisation séparatiste, l’Espagne vit encore sous la dictature Franquiste, cet héritage anachronique de l’après-guerre. À l’époque, l’organisation jouit d’une grande popularité en Espagne et en Europe, en raison de son opposition frontale au régime, tout particulièrement lors du procès de Burgos en 1970, ou encore, lorsque le successeur de Franco, Luis Carrero Blanco, est tué dans un attentat à la voiture piégée en 1973. Au fil des années, l’objectif d’ETA est inchangé mais s’accompagne d’actions armées moins légitimes, pour ne pas dire arbitraires et inhumaines. Comment alors regrouper au sein des 829 personnes, le tortionnaire franquiste Melitón Manzanas abattu en 1968 et l’ancien ministre socialiste, Ernest Lluch, tué lâchement dans le parking de son immeuble à Barcelone en 2000 ?

Par ailleurs, la violence au Pays Basque n’a pas été unilatérale, comme l’affirme dans le Monde Diplomatique Brian Currin, prix Nobel de la paix et médiateur sud-africain (10). « Dans le même temps des dizaines de membres de l’ETA et de la gauche abertzale ont été tués par des groupes paramilitaires et les forces de l’ordre en Espagne comme en France.  » On pense notamment aux Groupes antiterroristes de libération (Gal) commandos para-policiers, actifs de 1983 à 1987, qui ont mené une quarantaine d’attentats, dont 23 assassinats de militants basques en France. « A ce jour, il n’existe aucune étude exhaustive sur les victimes du conflit au Pays Basque » met en garde dans le Journal du Pays Basque Goizeder Taberna (12). Une violence multilatérale ? A l’exception dePolitis (6) et du Monde dans son édition du 22 octobre notamment (11), cet aspect de la question à été totalement marginalisé par la presse française.

La logique des correspondants, « le Pays basque sans y être »

« Quand on le lit, on comprend rapidement que François Musseau n’a jamais mis les pieds aux Pays Basque » s’indigne Jakes Bortayrou, militant historique du Pays Basque français. C’est en effet une surprise pour personne, en pleine « crise », la presse est caractérisée par la concentration des structures, l’accélération du fonctionnement médiatique et la disparition de sujets plus ardus, mélangeant analyses et reportage de terrain. Les contraintes de la concurrence se conjuguent avec les routines professionnelles. Pour couvrir l’annonce de « cessez-le-feu définitif », on a encore traité l’actualité du Pays Basque sans y être, depuis Madrid, à grands renforts de dépêche AFP, du témoignage « d’analystes  » à la sensibilité très castillane et à partir de traductions péchées sur le fil des deux grands quotidiens madrilènes El Pais et El Mundo. Or deux dispositifs ont véritablement précipité la fin politique d’ETA : l’arbitrage du processus de paix par le Groupe international de contact (GIC) mené par Brian Currin dès mars 2011 et la Conférence pour la paix qui s’est tenue à San Sébastien le 17 octobre en présence de l’ex-secrétaire de l’ONU Kofi Annan. Seul le quotidien l’Humanité a fait en sorte d’envoyer un correspondant à San Sebastian le jour en question (14). La Croix et le Monde ont couvert cette réunion de Haut Rang depuis Madrid alors que Radio France, le Figaro et Libération, ne l’ont à l’époque même pas évoqué dans leurs bulletins d’informations. 

Enfin, embarqués dans la douceur de vie madrilène, les correspondants de presse multiplient les oublis en ce qui concernent les dérapages du gouvernement espagnol, véritable « régression de la démocratie au Pays basque espagnol » (15). Rappelons qu’Amnesty International dénonce régulièrement les autorités ibériques pour « torture  » et « violation du droit à un procès équitable » à l’encontre de militants basques, écologistes ou d’extrême gauche. Qui a évoqué ces derniers jours la lourde condamnation à 10 ans de prison ferme à l’encontre d’Arnoldo Otegi, leader de Batasuna alors que les faits reprochés sont exclusivement de nature politique ? Un autre cas à la fois emblématique de la dérive« antiterroriste » et de l’amnésie journalistique demeure la procédure contre le journal Egunkaria. Acte rarissime en Europe, en février 2003, un juge espagnol ordonnait la fermeture de l’unique quotidien publié en basque. Enfin, dans le royaume de Juan Carlos, le non-respect du principe de séparation des pouvoirs reste très alarmant. Le 13 mars de l’année passée, 1400 juges, soit quasiment la moitié de ceux exerçant en Espagne, avaient déjà dénoncé la politisation de la justice et son manque d’indépendance. Plus récemment, à l’occasion de la convention du Parti populaire (PP) le 8 octobre 2011, José Maria Aznar ex-premier ministre PP avait affirmé, et cela publiquement, que l’exécutif se doit intervenir sur la plus haute cour de justice espagnole, la Audiencia National, afin d’il-légaliser le nouveau parti basque Bildu. (Une déclaration passible de prison ferme en France, pour remise en cause publique d’une décision de justice).

Le Pays Basque est une aussi une question Française

« Nous encourageons vivement les gouvernements d’Espagne et de France [...] à consentir à l’ouverture d’un dialogue traitant exclusivement des conséquences du conflit » a déclaré le 17 octobre Kofi Annan à San Sebastian. La question de la fin de l’ETA concerne évidement l’exécutif parisien  : 144 « etarras » sont détenus dans l’hexagone et certains sont de nationalité française ; l’affaire Aurore Martin, du nom de cette militante basque de Batasuna n’est pas résolue (16) et les revendications d’ETA concernent aussi le Pays Basque français, un petit territoire de 260 000 personnes où les aspirations séparatistes basques sont bien réelles, portées largement par la société civile (la chambre d’agriculture alternativeLaborantza Ganbara, le projet territorial Batera ou encore les Ikastolas, ces écoles en langue basque). Or à l’instar de François Musseau qui n’hésite pas à titrer : « En Espagne, ETA signe l’adieu aux armes », la presse française continue à considérer le conflit basque comme un problème relevant exclusivement du royaume ibérique. Seul le Monde, sous la plume de Michel Garicoix, a consacré un sujet à Iparralde (le Pays Basque français) où est abordée notamment une question cruciale : l’assouplissement du régime carcéral des « etarras  » détenus (13). Mais le silence de la presse française y d’autant plus assourdissant que le rouleau compresseur judiciaire franco-espagnol continu à criminaliser la gauche indépendantiste et ceci, après l’annonce de « cessez-le-feu définitif » d’ETA. Ainsi le mardi 24 octobre, la Cour de cassation française a rejeté le pourvoi de Josu Esparza, un militant basque de nationalité espagnole. Comme dans le cas Aurore Martin, le mandat d’arrêt européen prononcé contre lui ordonne sa remise aux autorités espagnoles mais n’est fondé que sur des faits exclusivement politiques, légaux en France, à savoir appartenance l’organisation basque Ekin, (Pourtant auto-dissolu le 20 octobre dernier). Il est clair que pour l’instant Paris ne joue pas son rôle dans « la promotion de la réconciliation » comme l’ont exigé par Kofi Annan et le Groupe international de contact (GIC) mené par Brian Currin. Le rôle de « contre-pouvoir » de la presse dans tout cela ?

Attentifs à une nouvelle étape politique ?

« ETA laisse les armes, mais tout commence maintenant pour la gauche abertzale » analyse Jenofa Berchoirigoien, journaliste au quotidien en langue basqueBerria. Il devrait en être autant pour la presse française car la nouvelle donne au Pays basque pourrait avoir des conséquences très rapidesavec les élections législatives du 20 novembre (18). Jusqu’ici, la violence a contribué à dénaturer les aspects politiques du conflit, ETA faisait office d’« ennemi intérieur » dans le royaume ibérique. Parfaitement contraire au droit international, les prisonniers d’ETA subissent une politique concertée de dispersion et d’éloignement qui consiste à les incarcérer de manière isolés hors du Pays Basque. En cas de succès aux élections, il appartiendra au nouveau gouvernement de mener les négociations avec les forces indépendantistes basques. Après le virage de la gauche Abertzale, on attend aussi les journalistes hexagonaux au tournant….

Notes

(1) « Le président français Sarkozy salue la fin de l’action armée de l’ETA » Figaro 21/10/2010

(2) http://www.franceinter.fr/reecouter…

(3)  « En Espagne, ETA signe l’adieu aux armes » François MusseauLibération 22/10/2010

(4) Abertzale, patriote en langue basque.

(5) La Ley Orgánica 6/2002, de 27 de junio, de Partidos Políticos1, désignée sous le nom de Ley de partidos (« Lois des partis »), est une loi organique votée en Espagne en juin 2002 qui entraîné l’interdiction de certaines factions politiques affiliées au nationalisme basque et fut critiquée par Amnesty international car son interprétation pouvait signifier une atteinte aux libertés.

(6) « ETA : L’adieu aux armes ? »Jean Sébastien MoraPOLITIS30/09/2010

(7) « Résister c’est créer » Florence Aubenas & Miguel Benasayag La Découverte 2002

(8) « Comment a pris fin le dernier conflit en Europe occidentale »Pierre Hazan Le Monde 29/10/2001

(9) « Josu Elespe ce fils de victime d’ETA qui ne croit pas à la réconciliation » Sandrine Morel Le Monde 30/10/2011

(10) « Choisir la paix au Pays basque » Brian Currin le Monde Diplomatique juin 2011

(11) « ETA annonce la fin de son action armée » Cécile Chambaud Le Monde 22/10/ 2011

(12) « Les victimes : une question épineuse »Goizeder TabernaLe journal du Pays Basque 29/10/2011

(13) René Brackmann Nouvel Observateur 26/10/1011

(14) « Pays basque : Lueur de paix » Jean Sébastien Mora Humanité 19/10/2011

(15) « Régression de la démocratie au Pays basque espagnol »Cédic GouverneurLe Monde Diplomatique mai 2003

(16)  « Comment museler les militants »Jean Sébastien Mora Politis2/12/2010 

(17)  « Le Pays Basque français veut croire à une nouvelle époque »Michel Garicoix Le Monde 23/10/2011

(18)  « ETA, du revolver au bulletin de vote » Jean Sébastien MoraTémoignage chrétien 26/10/2011

Articles Par : Jean Sebastien Mora

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