Kirghizstan : entre révolution et incertitude

Moscou au cœur du Grand échiquier

Région :
Kirghizstan : entre révolution et incertitude

« Le Kirghizstan a été et reste

un partenaire stratégique de la Russie »

 

Natalie Timakova

Porte-parole du Kremlin[1]

(reprenant les propos officiels du président D. Medvedev)

Après l’Ouzbékistan et l’Ukraine, Washington risque de perdre un pivot clé de sa stratégie d’influence dans l’ex-espace soviétique. En effet le renversement, début avril, d’un régime kirghiz jusque là pro-occidental – bien que guidé par un certain pragmatisme, l’obligeant à ménager la Russie – retire à l’Etat américain une de ses pièces maitresses sur l’échiquier eurasien. Même si, à priori, ce dernier n’a pas eu une attitude neutre dans ce coup d’Etat, qu’il aurait même plutôt ‘’encouragé’’ selon certaines sources locales. Une fois de plus mise devant « le fait accompli », Moscou a été obligée de replacer ses pions sur le Grand échiquier, dans le but de maximiser ses gains issus de ce changement politique brutal et inattendu et, par ce biais, stopper son recul en Eurasie post-communiste. Et surtout, elle veut faire de la crise kirghize un symbole fort de sa reprise en main de son ancien Empire.

Fondamentalement, cette crise politique représente donc pour Moscou une indéniable opportunité stratégique pour se replacer en Asie centrale et, à terme, y relancer son leadership régional[2]. Même si cette crise reste, pour reprendre l’affirmation officielle du premier ministre V. Poutine, « une affaire intérieure du Kirghizstan’» [3]. Mais pour l’heure, dans le but d’éviter l’embrasement d’une région politiquement fragilisée et de préserver ses intérêts nationaux, la Russie a besoin d’un pouvoir ‘’fort’’ au Kirghizstan, selon le souhait du président D. Medvedev, exprimé le 20 avril 2010[4]. En d’autres termes, dans l’optique d’éviter un chaos géopolitique, la Russie est contrainte de réactiver sa politique étrangère dans sa périphérie post-soviétique, dans un sens plus paternaliste envers ses anciennes républiques. De ce point de vue, il nous semble légitime de revenir sur cette évolution porteuse d’incertitudes géopolitiques et in fine, d’en cerner les véritables enjeux. Implicitement, cela nous conduira à centrer notre analyse sur une question majeure : assiste-t-on à un tournant décisif dans le devenir politique de l’ancienne URSS ? Par définition, ce tournant est étroitement corrélé au futur rôle – et statut – de la Russie au sein de cette dernière transformée le 8 décembre 1991, par le Traité de Minsk, en Communauté des Etats indépendants (CEI). 

Reflux de la vague libérale

La récente révolution kirghize – sanctionnée par la chute du président Kourmanbek Bakiev[5] – exprime un renversement de tendance en zone post-soviétique fondamentalement marquée, depuis la disparition de l’URSS en décembre 1991, par la progression géopolitique de l’influence américaine. Car cette «révolution» s’inscrit dans un contexte plus large de recul des révolutions «colorées» – à orientation libérale – insidieusement encouragées par l’Occident et qui ont successivement touché la Géorgie (2003), l’Ukraine (2004) et le Kirghizstan (2005). Perçu par Washington comme un avertissement à l’encontre de sa politique expansive axée sur la pénétration d’un espace longtemps interdit, ce reflux de la vague libérale ‘’de couleur’’ apparait, en définitive, comme la condition permissive au retour du leadership russe en Eurasie post-communiste. Et surtout, il exprime l’échec de la ligne Brzezinski – amorcée en phase de Guerre froide – de déstabilisation et de compression de l’autorité russe sur son espace post-impérial, considérée comme nuisible pour l’avenir de la région.

Dans son essence, cette seconde révolution kirghize exprime deux éléments : d’une part, la radicalisation d’une forme d’instabilité politique en Asie centrale et d’autre part, la continuation de la partie d’échecs entre Russes et Américains – médiatisée par la Chine – au cœur de l’espace eurasien. Car l’Asie centrale – dont le potentiel énergétique conditionne le caractère stratégique – se retrouve au centre d’une lutte d’influence entre les deux anciens leaders de la Guerre froide, avides d’y instaurer une forme stable et légitime de domination, en vue d’objectifs géopolitiques fondamentalement opposés. Or, dans un premier temps, une conséquence majeure de l’éviction de K. Bakiev est de fragiliser les autres régimes autoritaires d’Asie centrale, encore imprégnés d’une forte culture soviétique et redoutant désormais, une «contagion révolutionnaire» particulièrement menaçante pour leur pouvoir. Dans un second temps, la crise kirghize risque de remettre en cause certaines alliances politiques régionales, impliquant l’Amérique et intégrées par celle-ci dans son offensive eurasienne. De ce point de vue, cette crise aura un impact certain sur le rapport de force américano-russe structuré en Eurasie post-communiste et qui, à terme, devra intégrer la menace chinoise. En cela, elle se présente comme une source potentielle d’instabilité.

Dans cet axe, le président ouzbek Islam Karimov a confirmé le 20 avril 2010, que la situation actuelle au Kirghizstan était «contraire aux intérêts des pays voisins»[6]. Pour éviter cette contagion, ces derniers seront certainement tentés d’intensifier la répression contre les dérives extrémistes et alternativement, de renforcer la verticale du pouvoir – dans l’optique finale de verrouiller toute forme d’expression spontanée du peuple et de l’opposition. Dans la vision russe, une première priorité sera de stabiliser le nouveau régime kirghiz, dans la mesure où ce dernier – en tant que membre des organisations politico-militaires de l’OTSC et de l’OCS[7] – est un verrou essentiel de la structure sécuritaire en Asie centrale dont Moscou apparait, en dernière instance, comme l’ultime garant. Dans ses grandes lignes, cette préoccupation stratégique a été  réitérée, le 26/04/2010 par le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Grigori Karassine : « La Russie contribuera à instaurer (au Kirghizstan, ndlr) un pouvoir légitime et durable. Un Kirghizstan souverain et stable est une composante indissociable de la sécurité de la région centre-asiatique »[8]. Dans ce but, Moscou continuera à fournir une aide multi-dimensionnelle à Bichkek. 


Révolution et instabilités eurasiennes

Ce véritable coup d’Etat ouvre donc une période de grande incertitude dans une région centre-asiatique particulièrement convoitée et pour un régime kirghiz qui, jusque là, a pratiqué une politique de louvoiement entre les deux puissances russe et américaine, appelée « politique pluri-vectorielle ». Globalement, cette politique pragmatique de nature consensuelle et coopérative visait à se rapprocher des puissances majeures tout en privilégiant, en théorie, les intérêts nationaux du Kirghizstan mais, en réalité, œuvrant pour les intérêts d’une élite politique rentière repliée sur son pouvoir. Il s’agit donc d’une ligne extérieure réaliste, intégrant les nouveaux rapports de force en Eurasie – dont l’émergence de nouvelles puissances – et, de ce fait, contrainte de s’appuyer sur un partenariat pluriel. Au delà, cette stratégie du président Bakiev – empreint de méfiance vis à vis de V. Poutine – cherchait à éviter une trop grande dépendance à l’égard du puissant voisin russe et, par ce biais, à réduire ses capacités de «pression» sur le régime kirghiz. Or, une partie du peuple kirghiz resté fidèle à Moscou n’a pas accepté cette séparation progressive du «grand frère russe»’, dont l’apport durant la période soviétique – via la redistribution opérée par le plan – a été particulièrement bénéfique. Et cela, d’autant plus que la ligne réformiste de K. Bakiev appliquée dans la sphère économique – et génératrice d’une déstructuration du tissu social – a partiellement échoué.

A l’origine issue d’une révolte populaire – insidieusement manipulée par des forces extérieures – l’action politique contre le régime népotique de Bakiev semble doublement justifiée par la corruption des élites dirigeantes et la marginalisation sociale d’une partie du peuple kirghiz, privé des fruits de la croissance. L’assistance financière généreusement accordée par la Russie a été honteusement détournée et confisquée par la nomenklatura au pouvoir, par nature intéressée au statu-quo politique et donc, au maintien de Bakiev à la présidence. Aujourd’hui, ce dernier a été d’ailleurs accusé d’enrichissement personnel illégal et conséquent, parfois au profit de son proche entourage[9] (au moins 200 millions de dollars transférés à l’étranger, juste avant sa chute[10]). Ce contexte socio-politique défavorable, aggravé par la montée rapide des inégalités et de la pauvreté – 40 % de la population sous le seuil de pauvreté – a fini par couper le Pouvoir central de son peuple et surtout, a conduit à délégitimer son autorité. Et cette fragilité des équilibres socio-économiques est accentuée par le fait que 45 % du PIB kirghiz est constitué par les envois des travailleurs expatriés[11] – reflétant en cela, l’extrême faiblesse et dépendance de l’économie kirghize. Dans ce climat social dégradé, la hausse excessive des prix des matières premières a été un véritable catalyseur et en définitive, poussé le peuple au soulèvement. Juste retour des choses.

Depuis la révolution «des tulipes» de 2005, le Kirghizstan s’est sensiblement rapproché de Washington et a pratiqué, sur le plan économique, une (apparente) politique libérale visant à assurer la transition vers le marché pour in fine, obtenir les bonnes grâces financières de son nouveau «protecteur». Mais, de manière globale, cette inflexion libérale s’inscrit dans une stratégie de long terme d’insertion à l’économie mondiale. En effet, le Kirghizstan a été le premier Etat de la CEI à être admis à l’OMC en 1998, suite à la privatisation totale (en partie détournée) de son économie en 1992-1993 et dans le même temps, il est devenu le «pays-pilote» pour les aides des institutions financières internationales. Dans ce contexte, l’Initiative de la dette[12] (PPTE) – sous la double impulsion du FMI et de la Banque mondiale, levier de la gouvernance libérale – a contribué, sous le prétexte de réduire la dette et la pauvreté, à accélérer cette orientation pro-occidentale en imposant un modèle libéral centré sur l’assainissement, la compétitivité et l’ouverture de l’économie kirghize. Et surtout, cette orientation est en totale rupture avec l’ancienne spécialisation productive imposée par la division du travail socialiste. Par définition déconnecté de l’héritage russe structuré sous le soviétisme, ce modèle économique vise donc, de manière implicite, à émanciper le Kirghizstan de la domination – et de la culture – russe. A terme, il s’agit de créer une nouvelle forme de dépendance à l’égard de la culture libérale. 


Manas et la trahison de Bakiev

De façon mécanique, ce rapprochement avec Washington a conduit le pays à s’éloigner de la puissance russe, considérablement affaiblie par la transition post-communiste et dont l’autorité dans l’ancien espace soviétique a perdu de sa légitimité, donc de sa force. Progressivement – et sous la «bienveillance» de certaines ONG occidentales politiquement hostiles et enclines à manipuler l’opinion publique, via les médias – l’autorité russe a été de plus en plus contestée et à terme, perçue comme une ingérence étrangère et néfaste. En fait, dés 2001, avec l’installation de la base militaire de Manas justifiée par la politique anti-terroriste issue du ‘’11 septembre’’, la puissance américaine a cherché à consolider sa présence en Asie centrale, au détriment de Moscou. De ce point de vue, la «croisade» contre Al-Qaïda et l’extrémisme religieux a été instrumentalisée à des fins politiques – dans le but ultime d’accélérer l’expansion militaire américaine. Et cette présence militaire en Asie centrale sera, par la suite, renforcée par l’implantation d’une autre base en Ouzbékistan – fermée en 2005, suite à une ‘’dispute politique’’du président ouzbek Karimov avec le pouvoir américain, à l’issue des sanglants événements d’Andijan.

Moscou a très mal ressenti cette présence américaine sur son espace d’influence traditionnelle, considéré comme un symbole exclusif de son passé (soviétique) de ‘’grande puissance’’. Elle perçoit cette présence comme une mise en cause de ses prérogatives historiques et de son ‘’droit de regard’’ sur une terre considérée comme son monopole géopolitique. En conséquence, elle perçoit cette provocante avancée américaine – associée à celle de l’Otan – comme l’expression concrète de sa marginalisation politique sur la scène eurasienne. D’autant plus que sous l’impulsion de G.W. Bush, l’impérialisme politico-militaire de la puissance américaine a repris une certaine vigueur, tout en se considérant comme le bras armé de la justice internationale. Ainsi, en dépit d’une attitude initialement «compréhensive» au nom de la lutte anti-terroriste, Moscou s’est par la suite efforcée de persuader Bakiev de fermer la base américaine de Manas, moyennement des ‘’facilités’’ financières[13]. Car, au-delà d’un symbole politique fort, la base de Manas – en concurrence avec la base russe de Kant – tend à cristalliser la lutte américano-russe pour la domination en Asie centrale. Et surtout, la fermeture de Manas permettrait à Moscou d’une part, de supprimer un avant-poste clé de la progression américaine dans une zone névralgique et d’autre part, de contrôler les itinéraires septentrionaux de transit otanien vers l’Afghanistan, qu’elle souhaiterait voir exclusivement passer – contre rémunération – sur son territoire. De manière objective, la fermeture de Manas ferait de Moscou un partenaire incontournable et, par ce biais, lui donnerait un indéniable moyen de pression – et d’influence – sur la politique américaine en zone post-soviétique. En mars 2009, à son grand soulagement, le président Bakiev prend la décision d’expulser les américains de la base. A l’époque, Moscou espère amorcer un reflux de la puissance américaine en Asie centrale. Espoir vain.

Structurellement, le président Bakiev a joué sur un rapport de force un temps favorable pour lui et surtout, sur une surenchère entre Etats russe et américain en concurrence pour élargir leur espace politique. En fait, Bakiev a joué sur les deux tableaux : d’abord il a cherché à «monnayer» la présence américaine, via la révision du loyer annuel de la base – désormais 60 millions de dollars, multiplié par trois en 2009 – et l’octroi de diverses aides économico-financières ; ensuite, il s’est efforcé de tirer le maximum d’avantages d’une Russie redoutant de perdre son vieil allié kirghiz et par ce biais, une base militaire lui permettant d’être active – donc crédible – en Asie centrale et d’y exercer une sorte de veille sécuritaire. Au total, le pouvoir kirghiz aurait reçu en mars 2009 – contre la promesse de fermer la base – près de 2 milliards de dollars de son «protecteur» russe[14]. Cette «collaboration» multi-dimensionnelle fructueuse avec les Etats russe et américain a permis, en définitive, d’accélérer le développement des infrastructures stratégiques dans la région mais dans le même temps, d’enrichir le «clan Bakiev». Or après avoir optimisé ses gains financiers et géopolitiques sur la base de sa politique pluri-vectorielle – en fait, de prédation – Bakiev a fait brusquement volte-face. Après d’âpres négociations avec son partenaire américain, il est en effet revenu sur sa décision de supprimer la base de Manas pour la transformer le 23 juin 2009 en «centre de transit» vers l’Afghanistan, en vue (officiellement) d’y soutenir les opérations de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF). Nouvelle appellation « politiquement correcte » - mais foncièrement hypocrite – pour atténuer la juste colère de Moscou. Ultime et inutile provocation.  


La fuite du président

L’orgueilleuse Russie, de retour sur le Grand échiquier eurasien, a perçu cette décision comme une véritable trahison et pour cette raison, n’a rien fait pour empêcher le coup d’Etat, certes fomenté d’une manière plus ou moins directe de l’extérieur. Cela explique – et justifie – le «lâchage» politique de Bakiev, obligé de fuir le Kirghizstan le 16 avril 2010, sous la pression populaire. Car on ne peut impunément jouer avec la confiance – et les roubles – de l’Etat russe, désormais enclin à se faire respecter dans son Etranger proche, terre historique de domination. Implacable sanction.

Notes 

[1] http://fr.rian.ru/ex_urss/20100408/186419560.html «Kirghizstan : le peuple mécontenté par le pouvoir», Kremlin, 8/042010.

[2] De ce point de vue, on doit reconnaitre que Moscou avait (également) un intérêt objectif à la réussite de ce coup d’Etat contre K. Bakiev. Mais selon moi – et cela n’engage que moi – elle n’est pas à l’origine de ce dernier, ne faisant en définitive que surfer sur cette opportunité politique.

[3] http://fr.rian.ru/ex_urss/20100407/186416613.html : «Poutine appelle pouvoir et opposition à la retenue», 7/04/2010.

[4] http://fr.rian.ru//ex_urss/20100420/186506273.html : «La Russie veut un Kirghizstan stable et prospère», D. Medvedev, 20/04/2010.

[5]L’opposition kirghize a dissous le parlement et le gouvernement avant de former un gouvernement provisoire le 7 avril 2010, à la suite de troubles ayant fait plus de 80 morts et près de 1.500 blessés à Bichkek et dans d’autres régions du pays. Le président Bakiev, venu au pouvoir en 2005 par un coup d’Etat appelé la «révolution des tulipes», a quitté le pays le 16 avril.
[6] http://fr.rian.ru//ex_urss/20100420/186510537.html : «La situation au Kirghizstan contraire aux intérêts des pays voisins», I. Karimov, 20/04/2010.

[7] On rappellera : OTSC (Organisation du Traité de sécurité collective) et OCS (Organisation de coopération de Shanghai).

[8] http://fr.rian.ru//ex_urss/20100426/186551753.html : «Le Kirghizstan reçoit 20 M USD d’aide russe», 26/04/2010.

[9] Le 28 avril 2010, le Parquet général kirghiz a évalué à plus de 44 millions de dollars les fonds détournés dans le cadre d’affaires économiques pénales impliquant l’entourage des Bakiev. Par ailleurs, 23 actions en justice ont été intentées contre le proche entourage de Bakiev, pour corruption et blanchiment d’argent sale, ainsi que pour des privatisations illégales. Sources : http://fr.rian.ru//ex_urss/20100428/186572396.html : «Kirghizstan: 44 M USD détournés par l’entourage des Bakiev»,  Parquet général kirghiz, 28/04/2010.

[10] http://fr.rian.ru//ex_urss/20100417/186490132.html : «Kirghizstan: 200 M USD volés par la famille du président déchu», Gouvernement provisoire, 17/04/2010.

[11] http://fr.rian.ru/discussion/20100421/186476417.html : «Un coup d’Etat très ordinaire», H. Natowicz, RIA Novosti, 21/04/2010.

[12] Sous l’impulsion de la gouvernance libérale informelle – FMI et Banque mondiale – l’Initiative PPTE («pour les pays pauvres et très endettés») a le noble objectif de favoriser le désendettement structurel de pays pauvres, dont la charge de la dette serait économiquement insoutenable. Dans son essence, l’Initiative cherche à lier l’aide financière en vue de la réduction de la dette à un programme précis, fondé sur des mesures libérales de réforme des structures productives et d’insertion efficace dans le système économique mondial. Il s’agit, notamment, de créer les conditions structurelles de production endogène d’un surplus macro-économique destiné au renforcement des capacités d’investissement et surtout, au remboursement de la dette. On peut donc remarquer l’aspect conditionnel de l’aide, implicitement destiné à imposer les paramètres du modèle libéral et par ce biais, renforcer les structures de l’économie de marché. En définitive, l’Initiative vise à réduire le poids des valeurs russes – héritées du soviétisme – dans la vie sociale et économique et par ce biais, à éroder l’influence historique de Moscou en Asie centrale.

[13] Moscou a alors promis à Bichkek une aide désintéressée de 150 millions de dollars, 300 millions de dollars de crédit à taux préférentiel et de rayer la dette kirghize de 180 millions de dollars.

[14] «Russie de retour en ex-URSS», Hugo Natowicz, RIA Novosti, 17/05/2010.

Jean Geronimo : Docteur en économie, spécialiste de l’URSS et des questions russes, Université Pierre Mendès France, Grenoble, CREPPEM (Centre des Recherches Economiques sur la Politique Publique en Economie de Marché).
Courriel : Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr

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