Kosovo, 17 février 2008 « Ce sera une journée particulière, hors de la légalité »

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Père Ksenofont, Monastère de Prizren, « Tant qu’il y a la Serbie, nous avons confiance »

Le Monastère des Saints Archanges, isolé près d’un fleuve, adossé à la montagne de Prizren, très beau, a été pris d’assaut et détruit en mars 2004 (par des « émeutiers extrémistes » d’après le commentaire de la Forpronu, NdT) ; il existe même un documentaire qui le montre (« Enclave Kosovo » d’Elisabetta Valgiusti, de l’organisation « Salvamonasteri » http://www.salvaimonasteri.org/link_kosovo.asp ), sous les yeux des militaires allemands du contingent Kfor-Otan (voir site du Secours catholique, en bas de page, NdT). La partie où vivent les moines a maintenant été reconstruite. De nombreux autres monastères et églises, au moins 150, ont été détruits au Kosovo pendant ces neuf années de protectorat Otan et Unmik (contingent des Nations Unies, le haut-commissaire étant …Bernard Kouchner, voir note en bas de page, NdT). Massimo Cacciari a dénoncé la suppression « d’un patrimoine fondamental, le chaînon manquant  pour comprendre l’iconographie de notre Moyen-âge ».  Du reste, on est ici chez des habitués : le monastère des Saints Archanges avait déjà été complètement détruit au 16ème siècle par les Turcs. Nous avons posé quelques questions à Père Ksenofont, jeune moine de 32 ans, que nous avons connu dans le grand monastère de Decani, qui se consacre à tisser des liens avec les contingents, les visiteurs, les délégations, de façon très ouverte et informée sur l’actualité. Questions sur la façon dont il vivra demain (dimanche 17 février 2008, NdT)  cette sorte de « journée particulière », au cours de laquelle la leadership kosovar albanaise  séparera de la Serbie,  de façon unilatérale – avec l’appui quasiment du monde entier- le « Kosmet », c’est-à-dire le Kosovo et la Terre de l’Eglise (la Metohija) que tout serbe considère comme fondatrice de sa propre culture, histoire et religion.

 

Que craignez-vous de cette proclamation d’indépendance ? Y a-t-il un risque d’exode des Serbes qui y étaient restés ?

 

Je suis très préoccupé. Le monde sait, regarde plus ou moins en silence les événements et en quelque sorte les approuve. Ici, nous avons été témoins de la destruction de plus de 150 églises et monastères serbes orthodoxes, dont un tiers médiévaux, de l’expulsion de plus de 250.000  non albanais, une véritable épuration ethnique, d’une culturicide et d’un génocide contre le peuple serbe. Dans la même période, la criminalité organisée des clans mafieux albanais non seulement n’a pas été arrêtée, au Kosovo, mais a exporté ses activités dans toute l’Europe. Donc, les résultats de la mission internationale, que ce soit de l’Otan comme de l’Unmik-Onu, ont été très vagues et en tout cas différents de ce qui était prévu dans la Résolution 1244 du Conseil de Sécurité  Onu. Il devrait y avoir un plus grand respect et un dédommagement. Et au contraire, justement, malgré ces graves carences, les Etats-Unis et l’Union européenne font semblant  de rien en négligeant ce désastre pour poursuivre leur saut mortel au Kosovo : en aidant les Albanais du Kosovo et Metohija, jusqu’à reconnaître la proclamation unilatérale d’indépendance de cette province qui, selon le droit international, est encore serbe.  Toutes les craintes de notre communauté peuvent s’exprimer en une seule proposition : avec la création de cet Etat qui a une nature explicitement mafieuse, avec l’amputation à la Serbie du territoire le plus important pour les Serbes, on est en train de créer un lieu mono ethnique  et mono confessionnel où, malgré les belles déclarations des leaders politiques kosovars albanais –mais les latins disaient res, non verba ; et malheureusement de res on n‘a pas réalisé grand-chose- il n’y aura à long terme de place que pour les Albanais. Ainsi, à l’aube du 21ème siècle,  l’Europe civilisée est en train d’aider à la naissance d’un état non seulement mono ethnique et ethniquement nettoyé, mais aussi d’un état criminel et mafieux, un cancer économique, politique, mais surtout moral, ad limina europeorum.

A Pristina, ce sera la fête. Chants, danses, drapeaux étoilés, deux mille journalistes sur l’événement. Comment allez-vous vivre cette journée ?

Pour nous le dimanche, comme son nom l’indique, est le Jour du Seigneur, consacré au Seigneur, à sa résurrection. Il est donc, comme tout autre dimanche, très important, comme le sera le prochain et celui d’après. Du point de vue politique, quoi qu’il arrive dimanche 17 février, cela n’a pas d’importance légale. Pour dire à quel point la situation est plus tragi-comique encore, on s’attend à ce que même pour les Albanais le problème ne soit pas le 17 février mais le lundi 18, c’est-à-dire le lendemain. Quand l’on comprendra que ce 17 février  n’est pas une journée magique et que le lendemain de la fête la réalité restera toujours la même, tout autant tragique, de misère et de chômage malgré les gigantesques aides internationales qui sont arrivées, et toujours sous le joug de la criminalité organisée.

La Patriarche de Belgrade a-t-il donné des indications pour des cérémonies particulières à Prizren et dans les autres monastères de Decani et Gracanica ?

Nous n’attendons pas cette journée si particulière. Chaque jour, dans tous les monastères et dans toutes les églises, l’Eglise prie, pour les croyants et les non croyants aussi, pour les amis et aussi pour les ennemis, pour la paix et la justice sur cette terre et entre les hommes, la création divine la plus parfaite.  « Que ta volonté soit faite », nous prions chaque jour dans le Notre Père et nous répétons les paroles de l’Evangile : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ». Nous prions toujours et encore pour que prévalent la raison et le compromis, la justice et la loi. Et ce sera ainsi. Nous sommes peut-être en ce moment dans une période où gagnent la force et la violence, mais le temps viendra de la justice et de la vérité.

La Serbie a « annulé » l’indépendance, elle ne la reconnaîtra pas ; le Kosovo et la Metohija, la Terre de l’église, continueront à se déclarer « Serbie ». Après la déclaration unilatérale, qu’adviendra-t-il des monastères  et des moines ? Le risque existe-t-il qu’ils ne deviennent un « tour operator » dans une terre hostile et sans plus de communauté des fidèles, qui seront ou enfuis ou de plus en plus terrorisés ?

Kosovo et Mitohija demeurent une terre serbe. Les décisions illégitimes  ne peuvent rien changer à ce fait. Jusqu’à une décision légale, fruit d’un compromis et d’un accord à la fois pour l’Eglise serbe et pour la population serbe. Mais les risques que vous indiquez existent tous. Au Kosovo, pendant ces huit dernières années, on assiste à une « kosovarisation » du patrimoine culturel et spirituel serbe et orthodoxe. Ils sont en train de réécrire l’histoire, et, à l’improviste, nos monastères et nos églises, dont certains sont millénaires, sont en train de devenir les « antiques églises illyriennes, arberesh, albanaises ». Les différents ministères du gouvernement provisoire du Kosovo albanais publient des fascicules, livres et guides où on offre ces « tours » sans mentionner le fait  que ce patrimoine appartient à l’église serbe orthodoxe et au peuple serbe. Un culturicide violent est ouvert, que personne n’essaie d’empêcher ou de sanctionner. Le rôle de l’Eglise, malgré toutes ces difficultés, reste celui de réconforter, avec l’immortel et éternel : Sursum corda ! (Haut les cœurs…NdT) et de tout faire pour aider notre peuple à rester et survivre. Tant que la Serbie existe nous sommes reliés à elle. Nous ne devons pas perdre l’espoir, nous devons au contraire avoir du courage. Rien n’est perdu. Avec l’espoir que le monde ne fera pas de dommages si irréparables que la voie engagée ne se révèle ensuite un point de non retour.

(Avec la collaboration de Carla Casalini ccasalin@ilmanifesto.it )

Edition de dimanche 17 février de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/17-Febbraio-2008/art44.html


Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


Sur le rôle de la Kfor à Prizren :  « Les soldats allemands de la KFOR, la mission de l’Otan au Kosovo, dont le quartier général est établi à Prizren, s’est bornée à évacuer les huit moines orthodoxes quand plusieurs milliers d’émeutiers avaient déjà commencé à détruire le monastère , voir : http://www.secours-catholique.asso.fr/actualiteinternational_323.htm .

 

Sur la collaboration de notre ministre actuel des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, à l’époque  « Haut commissaire des Nations Unies en charge de l’administration civile du Kosovo occupé (United Nations Mission in Kosovo,UNMIK ; en français MINUK). Dictateur virtuel du Kosovo entre le 2 juillet 1999 et janvier 2001, Kouchner démontra la nature de son “humanitarisme” : un favoritisme outrancier en faveur des “victimes” désignées par l’OTAN, c’est à dire la majorité albanaise, accompagné d’efforts sporadiques pour user de son charme et se concilier les représentants des Serbes assiégés. Le résultat fut désastreux. Au lieu de promouvoir la réconciliation et l’entente mutuelle, il laissa la province glisser encore plus sous le contrôle de groupes armés et de gangsters qui, depuis, terrorisent les non-albanais en toute impunité »,

voir Diana Johnstone : « Bernard Kouchner : Toubib médiatique de “l’intervention humanitaire”

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=6016

 

Voir aussi : La croisade des fous, de Diana Johnstone, préface Jean Bricmont, Ed. Le temps des Cerises,

http://www.letempsdescerises.net/noyau/index.php?menu_id=20&type=livre&idLivre=556


Articles Par : Tommaso Di Francesco

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