L’affaire Mohamed Merah : terrorisme, services de renseignement et politique

La police française dans une confrontation armée avec un présumé tireur armé

L'affaire Mohamed Merah : terrorisme, services de renseignement et politique

Hier soir (le 22 mars), la confrontation armée entre Mohamed Merah, tireur présumé d’une série de fusillades dans le midi de la France, et des unités d’élite de la police s’est poursuivie à Toulouse. Les responsables officiels affirment qu’il est responsable de la mort de sept personnes lors de trois attentats commis depuis le 11 mars – trois parachutistes dans deux attentats à Toulouse et, à quelques kilomètres de là, à Montauban ainsi que quatre civils lors de l’attaque d’une école juive Ozar Hatorah lundi à Toulouse.

Une unité du Raid (Recherche Assistance Intervention Dissuasion) a attaqué Merah dans son appartement hier, peu après 3 heures du matin. Il a riposté à l’arme à feu en blessant apparemment deux policiers. Après une journée de confrontation, la police a attaqué à nouveau l’appartement vers minuit en faisant sauter une porte et en créant une brèche dans le mur.

Les autorités croient que Merah, âgé de 23 ans, est proche d’al Qaïda. Elles insistent pour dire qu’il a commis les tueries tout seul. Sur la base de rapports totalement contradictoires circulant dans les médias, on ne sait toutefois pas si ces rapports sont vrais.

Physiquement, Merah n’a guère de ressemblance avec les descriptions faites par les témoins oculaires de l’auteur de la fusillade à Montauban. Les témoins ont dit que le tireur était « corpulent ». Ils ont aussi dit qu’ils avaient vu un tatouage et une cicatrice sur sa joue gauche lorsque la visière de son casque s’était brièvement relevée. Les images de Merah publiées par les médias représentent toutefois un jeune homme svelte n’ayant ni barbe ni tatouage.

Les articles sur les liens existant entre Merah et al Qaïda ne sont pas plus convaincants. Ils reposent sur des comptes rendus conflictuels et une prétendue confession faite la nuit lors d’un appel à la journaliste de France24 Ebba Kalondo depuis une cabine téléphonique publique. Les responsables français affirment être à « 98 pour cent » sûrs que l’auteur du coup de fil était Merah. La version de Kalondo a été largement rapportée par les médias et les chaînes de télévision françaises comme étant un fait.

Le ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, a dit que Merah était suivi depuis plusieurs années par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) depuis son séjour en Afghanistan en 2007. Le directeur de la prison afghane de Kandahar, Ghulam Faruq, a dit que Merah avait été emprisonné le 19 décembre 2007 par les forces afghanes pour avoir posé des bombes à Kandahar. Les responsables pakistanais ont dit à Reuters que Merah n’avait jamais été arrêté à Kandahar et affirmé « n’avoir aucune information à son sujet. » Les responsables afghans ont dit à la BBC que l’homme emprisonné à Kandahar était probablement quelqu’un portant le même nom.

Le responsable français chargé du contre-terrorisme, François Molins, a dit que Merah avait été arrêté une nouvelle fois l’année dernière en Afghanistan puis rapatrié en France par les Etats-Unis. Des responsables américains anonymes ont contredit ce récit, disant à la BBC que les forces françaises avaient ramené Merah en France par avion.

Toutefois, selon un ami de Merah interviewé par Le Figaro, il a surtout travaillé comme carrossier à Toulouse. Il y a trois ans il avait passé quelques mois en prison pour des « petits vols » après quoi il fut suivi par la police. Il avait tenté en vain de s’engager dans l’armée française. L’avocat de Merah, Christian Etelin, a dit que Merah n’avait jamais été impliqué dans la « délinquance violente. »

Finalement, les comptes rendus sur les enquêtes des affaires de Merah remettent en question les affirmations qu’il a agi seul. Les autorités rapportent qu’elles recherchent une Renault Mégane lui appartenant et contenant des revolvers, des fusils mitrailleurs Uzi automatiques et des fusils de chasse. Elles ont aussi dit qu’il possédait une Renault Clio contenant des armes ainsi que « trois maisons sûres » dans la région de Toulouse. Il n’est pas précisé comment Merah a pu se payer tout cela vu que les enquêteurs ont dit au Figaro que ses moyens étaient « au niveau du revenu de solidarité active (RSA) ».

A en croire ces comptes rendus toutefois, un homme surveillé de près par les services de renseignement et la police française a eu le loisir de commettre une folie meurtrière pendant dix jours à Toulouse et tout près à Montauban. Il aurait même été en contact avec des milieux policiers avant l’attaque de l’école Ozar Hatorah.

La police aurait identifié Merah mardi après qu’un concessionnaire de Yamaha qui avait travaillé sur un T-Max scooter se serait subitement rappelé que Merah était venu au magasin pour lui demander de repeindre le scooter et de désactiver sa puce antivol. Le vendeur, Christian Dellacherie, a dit au Figaro qu’il avait coopéré avec la police depuis la fusillade de Montauban le 15 mars.

De manière étonnante et bien que les médias aient largement rapporté que le tireur de Toulouse se servait d’un scooter Yamaha T-Max, le concessionnaire affirme n’avoir rien dit à la police pendant près d’une semaine. Le concessionnaire affirme qu’après la fusillade de l’école lundi, lorsque les rapports des médias ont souligné que la couleur du scooter avait changé, il en avait informé les autorités.

L’attention de la police sur Merah, à l’exclusion de tout autre suspect – des rapports avaient antérieurement suggéré que d’anciens parachutistes néo-nazis avaient perpétré des attaques – a permis à l’Union pour un mouvement populaire (UMP) du président Nicolas Sarkozy et au Front national (FN) néo-fasciste de se montrer plus offensifs. Auparavant, ils étaient inquiets que cette attaque, si elle avait été perçue comme l’œuvre d’un meurtrier néo-fasciste, aurait pu provoquer une vague de dégoût populaire contre le racisme anti-immigration dont ils avaient fait l’élément central de leur campagne électorale. L’agitation anti-immigration et anti musulmane a également été reprise par d’autres partis lors de la campagne, y compris le Parti socialiste. (Voir : France: Un homme ouvre le feu sur une école juive de Toulouse et tue quatre personnes )

Certains commentateurs avaient précédemment soulevé d’éventuelles comparaisons entre les attaques actuelles et le meurtre de masse commis l’année passée en Norvège par le néo-fasciste Anders Behring Breivik.

A présent, alors que les médias rejettent la faute sur Merah, les partis dirigeants ont décidé d’attiser à nouveau le racisme anti-musulman en promouvant des attaques contre les droits démocratiques sous la rubrique de mesures de sécurité anti-terroristes. La tragédie est donc exploitée pour défendre la place de la politique néo-fasciste et anti-immigration en France et en Europe. Elle est en train de devenir un élément majeur dans la course présidentielle actuelle, dont le premier tour aura lieu le mois prochain.

Le FN a publié un communiqué critiquant les tentatives de « misérablement instrumentaliser la tragédie de Toulouse contre le Front National. » La candidate du FN, Marine Le Pen, a déclaré, « Des groupes politico-religieux se développent face à un certain laxisme. Il faut maintenant mener cette guerre contre des groupes politico-religieux fondamentalistes qui tuent nos enfants chrétiens, nos jeunes hommes chrétiens, nos jeunes hommes musulmans et les enfants juifs, il y a deux jours. »

La responsable de l’UMP, Valérie Rosso-Debord, a publié un communiqué dénonçant Le Pen et le candidat présidentiel du Parti socialiste (PS), François Hollande, qui est actuellement le principal adversaire pour l’élection présidentielle de Sarkozy. Rosso-Debord a mis en doute les compétences en matière de sécurité de Hollande et a attaqué Le Pen pour « oublier un peu rapidement l’action réitérée et permanente du gouvernement dans sa lutte contre le terrorisme. »

Le PS qui a activement soutenu les campagnes sécuritaires et anti-immigration de Sarkozy ces dernières années, a réagi de façon peu convaincante en niant avoir critiqué Sarkozy. François Rebsamen a publié un communiqué soulignant que Hollande s’était « comporté avec dignité » durant les événements à Toulouse.

Quant au président Sarkozy, il a fait la Une des journaux en intervenant activement dans les événements. Il s’est rendu à Toulouse pour rendre visite aux forces du Raid, puis est allé à Montauban pour prononcer l’éloge funèbre des parachutistes tués lors des attentats de la semaine passée.

Le Pen, Hollande et la candidate du Parti des Verts, Eva Joly, ont tous pris le même avion pour être présents à l’allocution de Sarkozy.

Article original, WSWS, paru le 22 mars 2012

Articles Par : Alex Lantier

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