L’Arctique, un « diamant précieux » pour l’environnement global et l’humanité

Nécessité de la préservation de l'Arctique pour la survie de la Biosphère

Analyses:
L’Arctique, un « diamant précieux » pour l'environnement global et l'humanité

Cet article fait suite au texte : Le Canada : un plan national pour la militarisation de l’Arctique et de ses ressources stratégiques

Les craintes et appréhensions maintes fois exprimées dans le monde concernant les impacts environnementaux de l’exploitation offshore des hydrocarbures se sont avérées encore une fois tout à fait fondées avec la marée noire du golfe du Mexique qui s’est produite au cours de l’été 2010. La plus grande catastrophe écologique de l’histoire des États-Unis  a exigé une opération de grande envergure d’une durée de cinq mois afin de sceller définitivement le puits de pétrole à son origine.

Selon É. Guihaire, « la condamnation du puits va clore un chapitre de cette marée noire qui a empoisonné la vie de nombreux Américains, pêcheurs et commerçants en tête, mis en péril l’écosystème fragile du golfe du Mexique… Mais la région n’en a pas pour autant fini avec la pollution et la flore et la faune sous-marines touchées par le pétrole déversé pendant trois mois subiront les effets de la pollution pendant des années, voire des décennies, selon les autorités américaines. » Selon Y. Arthus-Bertrand, « Encore aujourd’hui, les marées noires restent les emblèmes de la pollution océanique… La flotte pétrolière en provoque, encore, en moyenne, une vingtaine par année et certaines sont entrées dans l’histoire par leur ampleur, dépassant les 250 000 tonnes. Cependant, les oléoducs, les plateformes et les raffineries restent de loin la source principale des marées noires, représentant un volume d’hydrocarbures en moyenne 5 fois supérieur à celui des navires. » (Arthus-Bertrand, Y., 2009, p. 128). Dans l’Arctique « canadien » lui-même, au cours de l’été 2010, trois navires dont le Nanny, un pérolier transportant neuf millions de litres de diesel se sont échoué au Nunavut et sur les rives de la mer de Beaufort et ce fort heureusement sans conséquences facheuses pour l’environnement. C’est dans ce contexte que la ruée des industries pétrolières et gazières vers l’Arctique fait craindre le pire.

Il est urgent d’ouvrir un débat public élargi sur les répercussions sur l’environnement d’une exploitation plus étendue et plus intensive des gisements sous-marins dans l’Arctique. Ce débat devrait se réaliser au plus haut niveau des instances de la gouvernance mondiale et ne devrait pas être laissé à la seule initiative des puissances économiques intéressées. Les questions fondamentales qu’il importe de poser sont les suivantes. Quels sont les effets durables provoqués dans l’ensemble des zones de vie de l’Arctique par l’exploitation actuelle des gisements dans les aires continentales arctiques et les espaces côtiers et marins du Canada, de l’Alaska (côte donnant sur la mer de Beaufort) et de la Russie? Quelles sont les dispositions qui ont été mises en place pour prévenir les accidents ou pour intervenir efficacement quand ils se produisent? Est-ce que les législations nationales des pays producteurs sont propres à assurer une surveillance adéquate et serrée des projets d’exploration et de production? Est-ce que les peuples nordiques sont invités à participer réellement dans le processus de décision concernant ces projets? Dans quelle mesure peuvent-ils récolter les dividendes issus de la commercialisation de la production? Est-ce que leur avis sont considérés à leur juste valeur? Est-ce que les projets susceptibles d’être initiés seront examinés par des organismes indépendants tant au niveau de leur justification économnique et sociale qu’au niveau de leurs impacts immédiats et cumulatifs?

 

I. Les services des écosystèmes de espaces polaires rendus à l’environnement mondial et à l’humanité

Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), les écosystèmes polaires sont indispensables pour la santé de l’ensemble des environnements terrrestres et marins. Ils contiennent plus de 70% de l’eau douce de la planète dans les masses de glace qui les recouvrent; l’Arctique fournit 28% des pêcheries commerciales mondiales et l’Antarctique 2%. L’Arctique revêt de riches ressources minérales dont le quart  des réserves mondiales de pétrole et de gaz; celui-ci contient un tiers des stocks de carbone globaux s’avérant un réservoir important pour les gaz de serre (GHGS); de plus, il est le support d’environ 300 espèces de poissons, de mammifères marins et d’oiseaux migrateurs. Entre 500 millions et 1 milliard d’oirseaux migrant sous toutes les latitudes ont besoin du climat de l’Arctique pour une phase de leur cycle de vie et plus de 20 espèces de cétacés se déplacent entre les Pôles et les Tropiques.

Il importe de rappeler que l’Antarctique est sans contredit la plus grande aire naturelle préservée de la planète, tandis que l’Arctique accueille 7 des 11 plus grands espaces de conservation dans le monde. Ces éléments sont extrêmement importants non seulement pour les services rendus par leurs écosystèmes tels que la préservation de la diversité biologique, mais aussi pour les valeurs intrinsèques liées à l’esthétique et à la culture .

On peut donc croire qu’une mise en exploitation intensive des gisements de pétrole et de gaz de l’Arctique risque d’affecter profondément ces écosystèmes précieux pour l’humanité. Même si toutes les précautions sont prises pour atténuer les risques de pollution il est indéniable que les transformations entraînées par ce genre d’activités sont de nature à nous inquiéter. Les leçons tirées de l’exploitation des gisements du Yukon, de l’Alaska et de la Sibérie devraient nous inviter à la plus grande prudence. Les accidents répétés sur plusieurs plateformes de forage offshore dans le monde nous font craindre le pire avec raison.

II. Les éléments justificatifs invoqués pour la mise en valeur des ressources énergétiques de l’Arctique

La population mondiale s’accroît de façon accélérée depuis le milieu du vingtième siècle et la consommation en énergie est en hausse constante et surtout celle des combustibles fossiles. On anticipe une hausse spectaculaire de la consommation dans les pays dits émergents au cours des deux prochaines décennies. Selon le Président-directeur général de Saudi Aramco, l’un des conférenciers invités au 21e Congrès mondial de l’énergie qui s’est déroulé à Montréal, Canada, entre le 12 et le 16 septembre 2010, « au cours des décennies à venir, la demande énergétique mondiale connaîtra une énorme croissance. L’Agence internationale de l’énergie prévoit une augmentation d’environ 40% d’ici 2030, ce qui porterait la demande à l’équivalent de 17 milliards de tonnes de pétrole. Il ajoute à ce propos que « nous allons continuer à dépendre des combustibles fossiles traditionnels pour la majeure partie de nos besoins en énergie au cours des prochaines décennies, alors que ces sources d’énergie – à savoir le charbon, le pétrole et le gaz naturel – fourniront 80% de la consommation d’énergie. Si la part des combustibles fossiles peut diminuer avec le temps, la quantité absolue d’énergie provenant de ces sources continuera à augmenter à cause de la hausse importante de la demande énergétique totale. » . ( Demandes énergétiques: des tendances lourdes, 16 septembre 2010).Selon les projections de Shell celle en gaz naturel augmentera de 20% d’ici 2020 et de 50% d’ici 2030, une progression deux fois plus rapide que celle du pétrole (Shields, A., 2010).

En effet, selon F. Beauregard-Tellier, « sous l’impulsion de pays émergents comme la Chine, le Brésil et l’Inde, l’économie mondiale continue de se développer rapidement. La demande d’énergie et d’autres ressources augmente au même rythme, ce qui contribue à expliquer la hausse rapide du prix de nombreux produits de base essentiels observée au cours des années récentes de croissance économique vigoureuse. Il devient aussi de plus en plus difficile de remplacer les réserves de certaines ressources importantes, notamment le pétrole. Résultat : les sociétés minières et d’énergie parcourent le globe en quête de nouvelles sources d’approvisionnement dans des régions pionnières – comme l’Arctique – qui, jusqu’à tout récemment, ne suscitaient que peu d’intérê. »

L’énergie employée aujourd’hui dans le monde entier est encore tirée de sources fossiles dans une proportion de plus de 90%  et il semble que même avec le développement des sources d’énergie renouvelables cette proportion sera prépondérante pour encore longtemps. Voilà pourquoi les industries liées à l’énergie non renouvelable sont à la recherche constante de nouveaux gisements.

III. L’exploitation des ressources énergétiques et ses répercussions sur l’environnement

Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), la pression la plus importante exercée sur les écosystèmes de l’Arctique, au cours des 25 dernières années, a été l’expansion des activités liées à l’extraction et au transport du pétrole et du gaz. Les projets d’exploitation de ces ressources ont été principalement développés sur la portion septentrionale des continents en Sibérie, dans l’extrême-Orient de la Russie et en Alaska. Les projets offshore on été réalisés dans les mer de Barents et de Beaufort. D’autres projets ont été initiés ou sont en voie de réalisation surtout en Sibérie, en Alaska, dans l’Ouest du Canada et dans la mer de Barents (UNEP, 2007, pp. 284-285).

Les projets au Canada

La consultation publique conduite à partir de 1974 par la commission Berger concernant les projets du Yukon (figures 1 et 2), a permis de mesurer l’ampleur des impacts majeurs anticipés qu’ils pourraient causer. Sur le plan environnemental la commission est arrivée aux conclusions générales suivantes:

-  Le Nord du Yukon est trop vulnérable aux risques potentiels pouvant affecter son environment;

- La commission recommande que le pipeline ne soit pas construit dans le Nord du Yukon et que celui qui est conçu pour la vallée du Mckenzie fasse l’objet d’un moratoire de 10 ans; 

- L’impact du projet sur les écosystèmes (sur les habitats naturels et les populations humaines) serait analogue à celui de la construction d’une voie ferrée à travers le territoire canadien d”un océan à l’autre;

- La commission recommandait même de ne pas mettre en place un corridor pour le transport de l’énergie dans la zone du delta du Mckenzie;

Figure 1. Les gisements de pétrole et de gaz au Yukon 

 

 Source: http://www.emr.gov.yk.ca/oilandgas/images/mackenzie_map.jpg  

Figure 2. Les Territoires du Nord-Ouest, Canada

 

 Source: http://www.polarwarming.ca/ 

En somme, cette commission en est venue à des conclusions marquées par les concepts du développement durable et, en particulier, par le principe de précaution. La commission recommandait l’établissement d’un certain nombre de sanctuaires et d’aires protégées pour la sauvegarde des espèces menacées ou en danger de disparition et tout particulièrement pour celle des caribous de la Porcupine, des baleines blanches, de quelques espèces d’oiseaux et d’autres animaux se trouvant dans l’Arctic National Wildlife Refuge (ANWR). (Wikipedia

Sur le plan économique, la commission concluait qu’aucun bénéfice ne pourrait être généré par les pipelines sauf les emplois créés au cours de la phase de la construction, des emplois non spécialisés et peu rénumérés. Elle émettait la crainte de voir se détériorer l’économie locale liée à la chasse, à la pêche et au piégeage jusqu’à la rendre non soutenable. 

Le Projet gazier Mackenzie est perçu comme une voie d’accès naturelle, pour le Canada, aux ressources du Plateau continental de l’Arctique.

Selon Affaires Indiennes et Nord Canada, les ressources en hydrocarbures situées au nord du cercle arctique, au Canada, sont tirées « de trois champs qui ont produit du pétrole et du gaz: le champ pétrolifère Norman Wells dans la partie centrale de la vallée du Mackenzie; le champ gazier Ikhil dans le delta du Mackenzie et le champ Cameron Hills au sud-ouest de Hay River, dans le sud des Territoires du Nord-Ouest. La production totale de gaz naturel a été de 192,4 x 106 m3 en 2009, une baisse de 5,2 % par rapport à l’année précédente. La production totale de pétrole en 2009 a été de 901,2 x 103 m3, une baisse de 4,3 % (Ainc-inac.gc.ca).

Figure 3. Terres domaniales du Canada

 Map of Canada's Frontier Lands

Source: http://www.ainc-inac.gc.ca/nth/og/pubs/ann/ann2009/ann2009-fra.asp

« Les redevances perçues pendant l’année civile 2009 pour la production de gaz et de pétrole sur les terres domaniales du Nord (figure 3) se sont élevées à 18 876 656 $, une baisse de 38 % due à la production moindre et à la chute des prix par rapport aux niveaux de 2008.» Affaires Indiennes et du Nord Canada

De plus, à cette production devrait s’ajouter celle du projet gazier Mackenzie, d’une valeur de 16,2 milliards de dollars et chapeauté par Imperial Oil et quelques partenaires. « Au sein de l’industrie canadienne de l’énergie, beaucoup considèrent ce projet comme une épreuve décisive pour l’exploitation énergétique en général dans les régions pionnières du pays. ».

« Le projet gazier Mackenzie consisterait en la construction d’installations et l’exploitation de trois champs de gaz naturel dans le delta du Mackenzie, situé dans les Territoires du Nord Ouest (figure 2), l’établissement d’un réseau collecteur de gaz naturel et de liquides de gaz naturel, la construction d’installations de traitement près d’Inuvik et l’aménagement de pipelines qui transporteront le gaz naturel et les liquides de gaz naturel vers le sud, le long de la vallée du Mackenzie» (Ainc-inac.gc.ca).

 « Les ententes conclues entre les organismes environnementaux et réglementaires, dans le cadre du Plan de coopération, ont permis la création de la Commission d’examen conjoint (CEC) du projet».

« La CEC, composée de sept membres, est une entité indépendante qui évalue les effets possibles du projet sur l’environnement et les conditions de vie des résidants de la zone du projet. Pour ce faire, elle tient une série d’audiences publiques, qui ont commencé le 14 février 2006 et qui devraient se poursuivre jusqu’à l’automne 2007». Affaires Indiennes et du Nord Canada

Les commissions d’examen conjoint forment le niveau d’évaluation environnementale le plus élevé au Canada. Ce projet a reçu le feu vert de la Commission chargée d’examiner ses impacts environnementaux au début de 2010.

Il convient d’ajouter ici que les ressources en hydrocarbures situées dans la mer de Beaufort sont revendiquées par les Étatsuniens qui contestent le tracé de la ligne droite entre l’Alaska et le pôle nord défini par le Canada (Jules Dufour, « L’Arctique, un espace convoité : la militarisation du Nord canadien », Mondialisation.ca, le 6 juillet 2007). Ceux-ci soutiennent que cette ligne devrait être tracée suivant un angle de 30 degrés vers l’Est, ce qui leur conférerait ainsi le droit de mettre en exploitation le pétrole et le gaz naturel de cette portion de la mer de Beaufort située à proximité de l’Alaska (Michael Byers, « Les eaux de l’Arctique sont canadiennes », Le Devoir.com, le 24 janvier 2006).

IV. Les ressources potentielles globales en hydrocarbures dans l’Arctique (Figures 4, 5, 6 et 7)

En 2007, 20 milliards de barils de pétrole et 8 000 milliards de mètres cubes de gaz avaient déjà été découverts dans l’Arctique, selon l’Institut Français du pétrole (Figure 4). Mais seul un dixième de la région avait alors été exploré. Selon la même source, 84% des réserves de pétrole et de gaz de l’Arctique sont situées en mer.

Figure 4. Développement industriel dans l’Arctique

 Industrial development in the Arctic (map/graphic/illustration)

Source: http://maps.grida.no/go/graphic/industrial-development-in-the-arctic

Les données de 2008 sur les ressources en hydrocarbures dans cette région polaire sont de nature à raviver l’intérêt pour leur exploitation. La fonte marquée observée de la banquise de l’océan arctique faciliterait grandement l’installation de plateformes ainsi que le transport vers les marchés de consommation. Selon F. Beauregard-Tellier, « l’Arctique est la source d’environ 10% de la production pétrolière et d’un quart de la production gazière du monde ».

Selon d’autres sources qui font autorité en la matière et, notamment l’United States Geological Survey (USGS) les fonds sous-marins de l’Arctique, selon une évaluation effectuée en 2008, renfermeraient 13% du pétrole non découvert (90 milliards de barrils non découverts et techniquement extratible), 30% du gaz naturel non découvert (1 670 milliards de pieds cubes ou 47.3 milliards de mètres cubes) de gaz naturel techniquement extratible) et 20% des liquides de gaz naturel (44 milliards de liquides de gaz naturel techniquement extratible) qui existent dans le monde et ce dans plus de 25 différents gites. En bref, ces ressources situées au nord du cercle arctique représentent environ 22% des ressources non découvertes et techniquement extratibles du monde (figure 4).

Figure 5 . Ressources pétrolières du Nord du Canada 

 

Source: http://www2.parl.gc.ca/Content/LOP/ResearchPublications/images/prb0807_1-f.gif

Le potentiel en hydrocarbures de l’Arctique sur les territoires de la Russie, en Norvège et au Danemark (Figures 7 et 8)

Selon les données compilées par F. Beauregard-Tellier une large part de la production russe de pétrole et de gaz provient de la région arctique de ce pays à l’instar de l’importance du pétrole de l’Alaska pour les États-Unis.

« De fait, la Russie est le premier producteur arctique de pétrole et de gaz et elle possède plus de 75 p. 100 des réserves connues qui s’y trouvent, plus de 90 p. 100 des réserves connues de gaz, de même que de vastes quantités probables de ces ressources, mais qui n’ont pas encore été découvertes. À lui seul, le bassin de la Sibérie occidentale est à l’origine d’environ la moitié de la production pétrolière de la Russie. Gazprom, la société énergétique contrôlée par l’État, est en train de mettre en valeur des gisements gaziers dans la mer de Barents (champ Shtokman), dont on dit qu’ils contiennent deux fois plus de gaz que l’ensemble des réserves du Canada. La mer de Tchoukotka, relativement peu exploitée et située entre le nord ouest de l’Alaska et l’est de la Sibérie, contient aussi d’importantes réserves de pétrole et de gaz ». L’Arctique : Les hydrocarbures (Figures 7 et 8).

«La Norvège et le Danemark (Groenland) possèdent également des ressources énergétiques appréciables dans l’Arctique. Par exemple, la société Statoil de Norvège exploite activement des champs gaziers dans la mer de Barents, tandis que des activités de prospection se poursuivent au large du Groenland et des îles Féroé, dans la mer de Norvège. » L’Arctique : Les hydrocarbures.

Figure 6. Transporter l’énergie à travers l’Eurasie 

 

Source: http://www.cartografareilpresente.org/IMG/jpg/russie.jpg

Figure 7. Les pipelines de l’Asie septentrionale

  

Source: http://www.nationspresse.info/wp-content/uploads/2009/04/pipelines_europe.gif

Des données plus récentes datant de juin 2010 présentent des estimations qui nous invitent à croire que les réserves en hydrocarbures dans les régions de l’Arctique sont beaucoup plus considérables.

« Les chercheurs sibériens viennent de révéler leurs prévisions concernant les réserves d’hydrocarbures off shore, et c’est l’Arctique qui se taille la part du lion, rapporte le site ng.ru ».

« Le fruit des recherches menées par la Section sibérienne de l’Académie des sciences russe (ASR) concernant l’estimation des réserves mondiales off shore d’hydrocarbures a été rendu public pour la première fois ».

«Cette communication a été faite à l’occasion d’une réunion sur le Programme de recherches fondamentales de l’ASR intitulé « Problèmes fondamentaux de l’océanologie: physique, géologie, biologie, écologie », qui s’est tenue récemment à l’Institut d’océanologie de l’ASR, sous la présidence de l’académicien Robert Nigmatouline».

«À cette occasion, l’académicien Alexeï Kantorovitch a communiqué pour la première fois les estimations de la Section sibérienne de l’ASR concernant le volume d’hydrocarbures contenu dans l’océan mondial».

« Océan Pacifique: 10 milliards de tonnes de pétrole et environ 25.000 milliards de mètres cubes de gaz; océan Atlantique: 35 milliards de tonnes de pétrole et 65.000 milliards de mètres cubes de gaz; océan Indien: 40 milliards de tonnes de pétrole et 70.000 milliards de mètres cubes de gaz; océan Glacial Arctique: 90 milliards de tonnes de pétrole et 250.000 milliards de mètres cubes de gaz».

«Tous ces chiffres sont impressionnants, mais l’on retiendra avant tout la part considérable qui revient à l’Arctique, avec 50% du pétrole océanique et près de 70% du gaz. L’académicien Kantorovitch a précisé qu’il s’agissait d’évaluations minimales et que celles-ci n’incluaient pas les énormes réserves d’hydrates de gaz de l’océan mondial» (Ria Novosti).

Conclusion

L’Arctique déjà grandement affecté et fragilisé par le réchauffement global sera-t-il capable de supporter les répercussions appréhendées d’une exploitation intensive de sa plateforme sous-marine? Les conséquences que pourrait provoquer une marée noire sur les écosystèmes sont difficiles à évaluer et le principe de précaution devrait guider les décideurs et ce même au prix de renoncer à la mise en valeur de leurs richesses.

Les peuples du Nord comptent encore grandement sur les ressources fauniques de cet océan et de la banquise qui la recouvre. Pour eux, la déstabilisation des conditions climatiques a déjà eu une incidence marquée sur leurs activités traditionnelles. Le déploiement de vastes corridors d’énergie et de sites d’exploitation additionnels sera perçu comme ayant un impact cumulatif sur les zones de vie qu’ils fréquentent depuis des millénaires. À la réalité sévère du Nord ils ont toujours su s’adapter, mais il leur serait très difficile de faire face à la destruction irréversible de leur environnement. Selon Rune S. Fjellheim et B. Henriken, « il n’y aucun doute que l’exploitation des gisements de pétrole et de gaz sur les terres et les territoires autochtones sont des activités qui exercent des effets extrêmement négatifs pour les sociétés autochtones, à cause du caractère intrinsèque de leur économie de subsistance et d’occupation du territoire ainsi que de leur dépendance culturelle vis-à-vis des terres et de leurs ressources. »

Le projet de faire de l’Arctique un site du Patrimoine mondial de l’humanité, celui de le consacrer en une Zone libre d’armes nucléaires (Z.L.A.N.) proposé par le Groupe canadien du PUGWASH et celui de sa démilitarisation doivent être promus par l’ensemble du système onusien et examinés en profondeur dans le cadre d’un panel ou d’un forum d’experts de haut niveau. Ce qui est requis pour l’Arctique est ni plus ni moins ce qui a été réservé au continent Antarctique, soit un statut de protection le mettant à l’abri à tout jamais des convoitises des industries minières et énergétiques. Une mobilisation de toutes les forces de la société civile en ce sens sera nécessaire, car les pays qui revendiquent leur souveraineté dans cette région du monde se sont montrés déterminés à en prendre le contrôle et ce au détriment des bienfaits que cet écosystème rend à l’ensemble de l’humanité.

En effet, selon ZURBAINS.COM, « l’espoir de préserver le pôle Nord résiderait, selon les chercheurs, dans la capacité à parvenir de le doter d’un statut protecteur, comme pour l’Antarctique. Mais là où le pôle Sud (Antarctique) est un désert inhabité, l’Arctique compte 4 millions d’habitants et attise les convoitises des pays limitrophes… Pour parvenir à conquérir une portion de territoire, les États voisins s’appuient sur la Convention internationale sur le droit de la mer, qui autorise l’exploitation des ressources naturelles jusqu’à 200 milles sans dépasser les 350, à condition de prouver que cette extension est la prolongation de son plateau continental.

Tandis que les ténors de l’industrie des énergies fossiles s’évertuent à rendre homnage à l’énergie produite à partir du charbon, du pétrole et du gaz en invoquant les bienfaits qu’ils rendent à l’humanité la consommation de ces produits ne cesse d’augmenter au détriment de l’ensemble de l’environnement mondial. Il semble que l’on ne veut pas comprendre que le réchauffement global qu’ils entraînent exerce les répercussions des plus destructrices des zones de vie dans les pays les plus pauvres comme l’a très clairement démontré le Global Humanitarian Forum. En effet, selon les données d’un rapport de cet organisme lancé à la fin du mois de mai 2009, on calcule que plus de 325 millions de personnes les plus pauvres de la planète sont sérieusement affectées par les changements climatiques pour des coûts totaux de l’ordre de 125 milliards de dollars par année: « C’est plus que le montant actuel de l’aide de tous les pays industrialisés aux pays en développement.»

L’Arctique, nous l’avons déjà esquissé, appartient au patrimoine commun de l’humanité à l’instar de l’Antarctique. Il doit donc être traité en conséquence. Il doit faire l’objet d’une entente internationale sous le patronage de l’ONU pour sa conservation et le respect de son intégrité. Les ambitions de conquête des États limitrophes devraient être canalisées vers l’entreprise de la restauration et de la conservation des ressources renouvelables de cette région et ce en accord avec les priorités définies par les peuples du Nord. C’est l’un des défis que l’Organisation des Nations Unies doit relever. Avant de permettre la poursuite des travaux d’exploration des fonds sous-marins il faut absolument bien connaître les impacts potentiels des activités de production dans l’ensemble de la région. Il nous semble important que les pays limitrophes collaborent à ce travail essentiel. C’est là où prend tout le sens du moratoire réclamé par le Conseil des Canadiens en juin dernier. Pour cet organisme, « tant qu’un débat public n’aura pas permis de mieux cerner les enjeux de ces projets, le gouvernement fédéral doit mettre fin au processus d’appel de propositions en cours pour l’octroi des licences d’exploration en mer » (Francoeur, L.-G., 2010).

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Jules Dufour, Ph.D., est président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi,   membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l’Ordre national du Québec.


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