L’art de la guerre: Après le massacre des innocents

L’art de la guerre: Après le massacre des innocents

Une des capacités de l’Art de la guerre du XXIème siècle est celle d’effacer de la mémoire la guerre elle-même, après qu’elle a été effectuée, en occultant ses conséquences. Les responsables d’agressions, invasions et massacres peuvent ainsi revêtir l’habit des bons samaritains, qui tendent une main charitable surtout aux enfants et aux jeunes, premières victimes de la guerre. L’Italie -après avoir mis à disposition de l’OTAN sept bases aériennes pour les 10mille missions d’attaque contre la Libye, et y avoir participé en larguant un millier de bombes et missiles- a lancé un « projet en faveur des mineurs atteints de traumas psychiques dérivant du récent conflit ». Le projet, d’un coût de 1,5 million d’euros, prévoit l’envoi d’une task force d’experts qui opèrera à Benghazi, Tripoli et Misrata, en collaborant avec les « autorités libyennes ». Celles que même le Conseil de sécurité de l’Onu  met en cause pour « les continuelles détentions illégales, tortures et exécutions  extrajudiciaires ».    

En Afghanistan, où meurent chaque année des milliers d’enfants à cause des effets directs et indirects de la guerre, les avions italiens ne larguent pas que des bombes et missiles, mais des vivres, vêtements, cahiers et stylos pour les enfants, de façon à « intégrer l’action opérationnelle avec l’activité de support humanitaire ». Une centaine d’enfants chanceux a reçu, dans une base militaire italienne, un paquet cadeau, produit d’ « une récolte spontanée pendant les célébrations des Saintes Messes » (en Italie…NdT). « A cette occasion », certains ont même bénéficié d’une visite médicale d’un officier médecin pédiatre. Et quand la petite Fatima a eu un bras broyé par un engrenage, il y a eu une « course généreuse et désespérée » vers l’hôpital, dans un Lynx, le blindé que les Italiens utilisent dans la guerre en Afghanistan.    

En Irak, l’Italie est engagée dans un « projet commun contre la traite d’êtres humains », dont sont surtout victimes des jeunes filles et jeunes garçons, contraints à la prostitution et au travail forcé dans les monarchies du Golfe. Tout en cachant le fait que ce phénomène est un des effets de la guerre, à laquelle l’Italie aussi a participé. Entre 2003 et 2011, il y a eu au moins un million et demi de victimes directes, dont environ 40% d’enfants, rapporte le Tribunal de Kuala Lumpur sur les crimes de guerre. De nombreux autres enfants sont morts par les armes à uranium appauvri, qui ont contaminé la terre et l’eau. A Fallujah, les malformations cardiaques des nouveaux-nés s’avèrent 13 fois supérieures à la moyenne européenne, et celles du système nerveux 33 fois supérieures.  

Ce qui fait le plus grand nombre de victimes est l’effondrement de la société irakienne, provoqué par la guerre. Environ 5 millions d’enfants sont orphelins et 500mille environ vivent abandonnés dans la rue, 3,5 millions sont dans une pauvreté absolue ; 1,5 millions d’enfants de moins de cinq ans sont dénutris et il en meurt en moyenne 100 par jour. Les premières victimes de la traite d’êtres humains sont les fillettes de 11-12 ans vendues pour 30mille dollars aux trafiquants. L’Italie[1] contribue à provoquer cet immense drame, en participant aux guerres camouflées en missions internationales de paix.  Même si le président Napolitano, s’adressant aux militaires en mission, assure : « Aujourd’hui vous, et d’autres avant vous, avez apporté une très grande contribution à un prestige renouvelé et à la crédibilité de l’Italie ».

Edition de mardi 15 mai 2012 de il manifesto.
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120515/manip2pg/14/manip2pz/322693/  

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

[1] Italie et autres pays, dont la France, qui participent aux « missions de paix » de l’Otan. NdT.
Pour les italophones, voir aussi l’émission de Rainews 24, animée par Maurizio Torrealta, sur le thème : « Pourquoi sommes-nous hypocrites quand nous parlons de guerre ? » avec le général (à la retraite) Fabio Mini, auteur du livre du même titre, Manlio Dinucci (dont l’intervention, au bout du compte, a été réduite à 2’ sur les 25 totales de l’émission !), Gianandrea Gaiani, directeur de « Analisi Defensa » et Alessandro Politi, directeur de la « Nato Defence College Foundation ». NdT. 
http://www.rainews24.rai.it/it/canale-tv.php?id=27863

Articles Par : Manlio Dinucci

A propos :

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire "L'art de la guerre" au quotidien italien il manifesto. Il est l'auteur de Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013 ; Geografia del ventunesimo secolo, Zanichelli 2010 ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, Ed. DeriveApprodi 2005.

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