L’OMS sous l’influence des industries pharmaceutique et pétrochimique

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L'OMS sous l'influence des industries pharmaceutique et pétrochimique

C’est seulement depuis le début de l’année 2010 que certains médias dénoncent l’influence de l’industrie pharmaceutique sur les pouvoirs publics, tels l’OMS et le gouvernement français notamment. Or, la mainmise des lobbies pétrochimiques vis-à-vis de l’OMS remonte quasiment à sa création. L’ONU, et particulièrement l’OMS, sont l’objet d’un intense lobbying des multinationales, de la création du Global Compact à l’ONU, en passant par l’industrie du tabac, de l’amiante, du nucléaire, jusqu’aux différentes stratégies malthusiennes mises en œuvre. C’est aussi ce qui peut expliquer, que si l’ONU et l’OMS sont parvenues à de nombreuses réussites en matière sociale et de santé, les progrès restent lents et non systématiques. En effet, malgré ses faiblesses, l’ONU est parvenue à de grandes réussites au service des plus pauvres, en particulier avec le programme sur les soins de santé primaire lancé à Alma Ata en 1970, dans les pays où l’apport financier était suffisant. Pourtant, l’ONU, du fait de son influence, est l’objet de tentative de contrôle de la part des Etats dominants et de leurs transnationales, au sein du conseil de sécurité et de chacune de ses agences.

Cependant, nous allons voir que l’ONU et l’OMS subissent parfois de graves dérives. Or, l’Etat français possède une part non négligeable de responsabilité dans la mesure où il est représenté au sein du conseil d’administration de l’OMS et qu’il dispose du droit de veto au conseil de sécurité de l’ONU. Ce dernier s’avère l’organe le plus puissant de l’ONU, mais aussi le moins démocratique.

La dépendance financière de l’OMS et de l’UNICEF vis-à-vis des entreprises privées

La dépendance financière de l’ONU et de l’OMS s’accroît du fait de la politique libérale qui cherche à diminuer le poids des pouvoirs publics. Le partenariat public-privé se développe, au détriment de la souveraineté des agences des Nations-Unis qui dépendent de manière croissante des financements des entreprises privées et de leurs intérêts commerciaux. Il ne faudrait pas se représenter le conseil d’administration de l’OMS comme une boite noire, d’où émaneraient des décisions orientées dans une direction immuable et prise de manière absolument cohérente. En réalité, les décisions d’orientation qui sont prises sont le résultat de compromis et le fruit de débats parfois houleux [1]. Les conceptions et les intérêts des différents Etats sont en effet fort différents et les décisions prises par leurs représentants sont aussi influencées par les pressions politiques exercées par les multinationales et notamment celles de la santé, par les différents lobbies tel celui de la médecine, par des fondations telle la fondation Rockefeller, par des institutions internationales comme la Banque Mondiale ou le FMI, par les organisations de solidarité internationale. Les Nations-Unies dépendent largement des fonds privés. Le président de la CNN, Ted Turner, s’est engagé à verser un milliard de dollars sur dix ans pour financer des programmes des Nations Unies. Bill Gates, président de Microsoft, a déjà versé 400 millions de dollars à l’OMS et British Airways a offert 20 millions de dollars à l’UNICEF.

Il existe plusieurs autres partenariats entre l’OMS et l’industrie pharmaceutique : L’Initiative pour le diagnostic des maladies sexuellement transmissibles (IDMST en 1990) en partenariat avec la Fondation Rockefeller notamment, l’Initiative internationale pour le vaccin contre le SIDA (IAVI en 1996) avec la fondation Rockefeller ; la Fondation AP Sloan, la Fondation Bill et Melinda Gates, Glaxo Wellcome, Levi Strauss International et bien d’autres et encore l’initiative pour l’éradication globale de la Polio, le Programme mondial d’élimination de la filariose lymphatique [2].

Christian Joly rappelle les positions des organisations de solidarité internationale vis-à-vis de l’OMS : celles ci « continuent à voir la main des multinationales dans divers programmes de l’organisation. La collaboration de l’OMS, avec les firmes multinationales, est considérée comme une soumission aux lois du marché, au détriment de la satisfaction des besoins des populations » [3].

Les critiques sont moins vives en direction de l’UNICEF. Cependant, on est tout de même en droit de s’interroger sur son indépendance à l’égard des multinationales, dans la mesure où une partie importante de ses programmes concerne aussi la santé et qu’elle a souvent collaboré avec l’OMS, notamment pour la conférence d’Alma Ata qui a été organisée avec l’aide financière de la fondation Rockefeller. Or, à la différence du financement par l’impôt, le partenariat et le mécénat des organisations internationales publiques par des intérêts privés, tel Rockefeller, porte le risque de fausser les décisions, au détriment de l’intérêt général, de l’indépendance des pouvoirs publics. Les PED subissent une perte croissante de leur autonomie politique, face aux pressions exercées par les multinationales de la santé. Leur autonomie, dans le domaine de la production des médicaments, contribuerait à diminuer les coûts, donc aussi à accroître les quantités disponibles. Le Niger, par exemple, est un des seuls pays en Afrique qui dispose d’une industrie produisant des médicaments, or elle a connu de graves difficultés financières, dans les années 1990. La réussite des soins de santé primaires a été meilleure en Inde qu’en Afrique, en partie parce que celle-ci, a pendant un certain temps, développé sa propre industrie pharmaceutique, constate Jaffré, mais il ajoute que les industriels occidentaux, face à la concurrence qui risquait de s’exercer, ont fait en sorte d’asphyxier cette industrie naissante du médicament (Jaffré, 1990 : 77) [4] On peut donc considérer que les multinationales de la santé, en Afrique, sont non seulement indifférentes aux conséquences que leurs agissements auront sur les populations, mais que si leur santé se dégrade, elles considèrent que c’est un marché de plus qui s’ouvrira pour elles. Du moins, si les institutions sanitaires ou les populations sont solvables.

L’O.M.S. incite les industriels à investir dans le Tiers Monde, pour augmenter l’offre de médicaments disponibles, mais si la production nationale n’est pas protégée, dans quelle mesure cela ne nuit-il pas, à plus long terme, à l’autonomie des pays ?

Le manque d’indépendance des experts, dû aux alliances de classes, nuit à la défense de l’intérêt général.

Les parlementaires voulaient en savoir plus, sur le rôle des lobbies, dans les décisions de l’OMS sur la grippe H1N1. C’est pourquoi, le 26 janvier 2010, le Dr Keiji Fukada, le numéro deux de l’OMS a été auditionné par la commission santé du conseil de l’Europe. Ils ont constaté que le Français Bruno Lina, responsable du comité technique de l’OMS, virologue au CNRS, est par ailleurs rémunéré par Roche, Novertis, GSK et Sanofi-Pasteur. De même, le Néerlandais Albert Osterhaus est actionnaire de Viroclinics qui développe des traitements contre la grippe A. Malik Peiris et Neil Ferguson sont aussi financés par différents laboratoires, dont Baxter. Il en est de même de certains des membres du comité des sages de l’OMS : le Finlandais Juhani Eskola est rémunéré par Novartis et GSK, le Jamaïquain Peter Figueroa, (comité des sages) est financé par Merck. En France, dans le comité de lutte contre la grippe, créé par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, au moins 6 des experts qui y participent sont, eux aussi, rémunérés par l’industrie pharmaceutique : Jean Claude Manuguerra (Roche et Institut Pasteur), Jean Louis Bensoussan (Roche), Sylvie Van Der Werf (Pasteur, GSK), Brigitte Autran (Sanofi-Pasteur), Jean Beytout (Novartis), Catherine Weil-Olivier (Sanofi-GSK-Roche). Le médecin Jean Louis Bensoussan assure que « le ministère de la santé était parfaitement au courant, il fallait nous dire si cela posait un souci ». Les pouvoirs publics semblent donc avoir accepté en connaissance de cause. C’est seulement, parce que des journalistes ont découvert le manque d’indépendance de ces experts, que cela a été diffusé dans l’opinion publique. Finalement, cela n’a rien d’étonnant, car ce sont les pratiques habituelles des hauts représentants des pouvoirs publics, ils appartiennent généralement aux mêmes classes sociales que les élites économiques. Ils ont donc des pratiques et des intérêts relativement concomitants. C’est une illustration supplémentaire de ce que Marx appelle les intérêts de classe, au sein de la lutte des classes. Roselyne Bachelot,elle même avait travaillé auparavant pour un laboratoire pharmaceutique, pendant au moins 12 années. Dans son ancien CV, lorsqu’elle était au Parlement européen, en 2004, elle détaille son « activité professionnelle » : « Déléguée à l’information médicale – laboratoires ICI Pharma – de 1969 à 1976. Chargée des Relations Publiques chez Soguipharm de 1984 à 1989 » .

Le lobby militaro-nucléaire est aux commandes de l’AIEA et de l’OMS.

« Depuis la signature, le 28 mai 1959, de l’Accord OMS-AIEA (WHA 12-40), l’OMS paraît soumise à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), pour ce qui concerne les risques liés à la radioactivité artificielle, notamment dans l’étude des conséquences sanitaires de l’explosion de Tchernobyl. Professionnels de la santé »( Independentwho, 2/12/ 2007) [5].

C’est pourquoi, le 26 avril 2007, les ONG Enfants de Tchernobyl Belarus, CRII-RAD, Réseau Sortir du nucléaire, ContrAtom Genève (parmi de nombreuses autres ONG) ont lancé un appel pour l’indépendance de l’OMS. Cet accord du 28 mai 1959 contraint l’OMS, avant toute déclaration publique portant sur les problèmes de santé liés au nucléaire, à consulter auparavant l’AIEA, afin de « régler la question d’un commun accord » . L’article III « prévoit de prendre certaines mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel de certains documents ». L’AIEA est elle-même sous l’influence de l’industrie nucléaire civile (Areva) et militaire. Auparavant, l’OMS avait déjà été soumise à la pression de lobbies du tabac, de l’amiante (Saint-Gobin), à celle des laboratoires pharmaceutiques, etc. (Independentwho, 22/03/2007) [6].

En 1995, l’OMS avait bien organisé un colloque sur les conséquences de Tchernobyl, avec 700 chercheurs, médecins, scientifiques. Michel Fernex, le représentant de l’Association des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPWN) affirme que les actes de ce colloque ont tout simplement été censurés. Les lobbies nucléaires et l’Agence internationale de l’énergie atomique ont pesé de tous leurs poids, pour que les interventions et les minutes de cette rencontre ne soient pas publiées (Bach, 2002) [7]. « Le Dr. Nakajima, alors Directeur Général de l’OMS, confirme en 2001, devant la TV suisse italienne, que la censure des actes est due aux liens juridiques entre l’OMS et l’AIEA (…). Cette dernière dépend du Conseil de Sécurité, d’où elle coordonne la promotion du nucléaire commercial. Tandis que l’OMS et les autres agences dépendent seulement du Conseil Economique et Social » [8].

En effet, pour les Etats membres du Conseil de sécurité, tels que les Etats-Unis, ou la France, le développement de l’industrie nucléaire civile est étroitement lié à l’industrie nucléaire militaire. Dominique Lorentz explique que les Etats-Unis, depuis la Deuxième Guerre mondiale, ont fourni à la France et via cette dernière, les secrets de la technologie nucléaire à plusieurs nations. Il s’agit notamment d’Israël, de l’Afrique du Sud (pendant l’apartheid), de l’Iran, de l’Irak afin de renforcer le camp anti-communiste (Lorentz, 2001) [9]. Paradoxalement, la soi-disant présence d’armes nucléaires était le principal motif de la guerre contre l’Irak en 2003. L’Etat français et Nicolas Sarkozy ont encore accéléré la dissémination du nucléaire, en négociant la vente de centrales nucléaires à la Libye en 2007.

« Pour les projets de recherche, ’régler la question d’un commun accord’ avec l’AIEA, conduit à censurer l’expression de l’OMS, dans le domaine des accidents nucléaires (…). L’annexe au programme des Conférences OMS de Genève mentionne que ’début 1990 L’OMS est invitée par le Ministère soviétique de la Santé à mettre sur pied un programme international d’aide’. ’Mai 1991 Achèvement du projet international par les soins de l’AIEA’. Ainsi, c’est l’AIEA qui a fourni les plans demandés par le Ministre de la Santé de l’URSS, en lieu et place de l’OMS. Ceci explique que les atteintes génétiques, connues pour être essentielles depuis la publication, en 1957, du rapport d’un groupe d’étude réuni par l’OMS sur les ’Effets génétiques des radiations chez l’homme’, aient été omises, les caries dentaires ayant pour l’AIEA une plus haute priorité » [10].

En 1995, l’AIEA contestait les morts et les cancers de la thyroïde chez les enfants vivant à proximité de Tchernobyl. Sous la pression des chercheurs et des associations, à partir de 1996, les chiffres officiels commencent à évoluer.

A la conférence de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de Kiev du 4 au 8/6/2001, M. A. Gonzales, représentant de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA), déclare que : ’Tchernobyl a causé 31 morts, 2000 cancers évitables de la thyroïde chez l’enfant et qu’à ce jour il n’existe aucune preuve, validée internationalement de l’impact sur la santé publique qui soit attribuable à Tchernobyl par expositions (aux radiations) (Jougneau, 2004 :106) [11]. Or, il y a entre 600 000 à 800 000 « liquidateurs », des pompiers, des militaires, des civils qui ont été chargés de réparer les dégâts liés à l’explosion de nucléaire de la centrale et de faire disparaître toutes traces des conséquences de la catastrophe, en s’exposant directement aux radiations (GSBPCCPCS , 1986) [12].

Selon le député de Bélarus, A.E Volkov, dans son pays, il y a aujourd’hui, 85% des enfants des régions contaminées sont malades ; avant l’explosion ce n’étaient que 15% (Pena Vega, 2002) [13]. « Le Médecin-chef de la Fédération de Russie signalait, en 2001, que 10% des 184.000 liquidateurs russes étaient décédés et qu’un tiers était invalide. L’Ukraine a fourni 260.000 liquidateurs. Selon le communiqué de presse de l’ambassade d’Ukraine à Paris, publié le 25 avril 2005, 94,2% d’entre eux étaient malades en 2004. « Lors des Conférences de Kiev en 2001, on apprenait que 10% de ces travailleurs sélectionnés étaient décédés (la moitié étant de jeunes militaires) et qu’un tiers était gravement invalide, la situation se détériorant rapidement. L’ambassade d’Ukraine comptait 87,85% de malades chez les habitants des territoires encore radiologiquement contaminés. La proportion des malades augmentait d’année en année » (Independantwho 2/12/2007). Enfin, selon Alla Yarochinskaga il y a eu « 70 000 mineurs dont la plupart sont morts en plaçant des tuyaux de refroidissement sous la dalle du réacteur pour éviter une explosion thermonucléaire » (Yarochinskaga, 2004) [14].

Dans le même ordre d’idée, la France, entre 1960 et 1996 , n’a pas hésité, à réaliser des 193 explosions nucléaires militaires expérimentales grandeur nature. Il semblerait qu’elle visait aussi à étudier l’impact de la radioactivité nucléaire sur l’être humain. « Environ 150.000 personnes ont participé, en tant que personnel civil et militaire, aux 210 essais nucléaires français – dont une cinquantaine en atmosphère – réalisés au Sahara algérien entre 1960 et 1962, puis en Polynésie française, sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, entre 1960 et 1996 ». L’armée française a ainsi effectué des explosions nucléaires expérimentales, sans protéger suffisamment les salariés appartenant à la population locale et les soldats français. Le 27 avril 2009, la justice a examiné les dossiers de huit plaignants, dont trois étaient encore “survivants”. Le 26 novembre 2008, Hervé Morin, le ministre de la Défense, a donc reconnu que ces essais ont engendré des maladies et il a annoncé une prochaine loi, sur l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara et en Polynésie.

L’URSS, la Chine et Les Etats Unis ont fait de même. Dans le désert du Nevada, entre janvier 1951 et 1962, ces derniers ont réalisé plus de 100 d’explosions atomiques à l’air libre [15]. En 1980, à Salt Lake City, il y eut 1992 plaignants accusant l’administration centrale Etats-uniennes d’être responsable des maladies que cela leur a occasionnées, mais le nombre de personnes atteintes est bien supérieur à ce chiffre. Certains estiment que les bombes nucléaires, sur Hiroshima et Nagasaki, n’étaient pas nécessaires, pour mettre fin à la guerre contre le Japon. Ils considèrent donc que le gouvernement des Etats Unis a sacrifié des milliers de personnes civiles à des fins expérimentales sur les populations, mais surtout, pour montrer ainsi la puissance nouvelle des USA, afin de disposer d’un avantage psychologique futur sur le pays ne disposant pas de la bombe nucléaire. En effet, une seule bombe aurait suffi pour cela. On voit donc à nouveau que la puissance des intérêts militaro-industriels passe généralement avant l’intérêt des populations.

Les lobbies du tabac et de l’amiante mettent l’OMS sous pression.

Parallèlement aux lobbies nucléaires, les lobbies du tabac et de l’amiante ont exercé une influence considérable sur l’OMS. Une série de procès, contre les industriels du tabac, s’est tenue aux Etats-Unis. Par exemple, entre 1996 et 2003, sur 40 procès jugés, 12 procès ont été perdus par l’industrie du tabac, pour un montant de 377 millions $ d’amende, contre Philip Morris (groupe Altria) et Brown & Williamson (groupe BAT et Ligett) ) (Deffains, 2006) [16]. « Ces procès lancés aux États-Unis contre des fabricants de tabac, dans les années 1990, ont permis de découvrir des millions de documents internes et confidentiels révélant les comportements délinquants de l’industrie du tabac. Ces documents ont dévoilé les stratégies des industriels du tabac pour contrer les politiques de santé publique. Ils ont, en effet, délibérément caché qu’ils savaient depuis les années 1960 que la cigarette était nocive, que la nicotine engendrait une dépendance physique importante et qu’ils jouaient sur la teneur en nicotine des cigarettes pour en augmenter les effets » (Toxic-corp, 2007) [17].

Gro Harlem Bruntland, lorsqu’elle dirigeait l’OMS en 2000, a demandé un rapport sur le rôle de l’industrie du tabac. Ce rapport, publié le 2 août 2000, accuse l’industrie du tabac d’être ’active, organisée et calculatrice’ de ’saper son action pour la santé’, de ’subversion’ de l’OMS. En effet, la liste des stratégies adoptées est longue. « L’industrie du tabac aurait donc tenté d’influencer les membres de l’OMS, en leur offrant des emplois et ainsi tirer avantage de leurs contacts avec l’Organisation,pour influencer le contrôle du tabac par celle-ci, faire pression sur les budgets de l’OMS consacrés à ce contrôle… espionnage, propagande, falsification, campagnes de dénigrement, financements philanthropiques pour gagner les faveurs de l’OMS, (telles que des campagnes de vaccination), utilisation d’autres agences de l’ONU ou de la Banque mondiale pour obtenir des informations ou faire pression sur l’OMS » (Zeltner, 2000) [18].

Il avait été scientifiquement démontré, depuis les années 60, que l’amiante est cancérigène et que ses victimes se comptaient par milliers. « Or, pendant les années 80 et 90, sous couvert de rapports « officiels » de l’OMS et du Bureau International du Travail (BIT), les « experts » de l’industrie vont tenter de faire accepter, comme vérité scientifique, un double message : l’amiante blanc (chrysotile) est peu ou pas toxique son ‘’usage contrôlé’’ est possible » (Thébaud-Mony, 2000) [19]. Ces tentatives ont échoué finalement, grâce à l’action de chercheurs indépendants, tel Castleman (1998) [20] dénonçant l’action des lobbies, au sein des organisations internationales.

Ne pas respecter les lois sanitaires, permet parfois aux transnationales d’accroître leurs profits.

Certaines transnationales n’hésitent pas à entreprendre des essais de protocoles et de médicaments, sans l’accord des patients. Le gouvernement nigérian a porté plainte contre le laboratoire américain Pfizer, car il accuse le premier groupe pharmaceutique mondial d’avoir testé en 1996, un médicament sur 200 enfants lors d’une épidémie de méningites qui ont tué 11 d’entre eux et en a laissé handicapés de nombreux [21]. Cette histoire a été popularisée par le film « The constant Gartner », tiré d’un roman de John le Carré.

Aux Etats Unis, l’administration nationale a été inculpée, car elle contraignait des enfants malades du Sida à expérimenter de nouveaux médicaments pour l’industrie pharmaceutique, en profitant du fait que l’accord de leurs parents était difficile puisqu’ils étaient orphelins et sous la responsabilité de l’assistance publique. « Le géant de l’industrie pharmaceutique GlaxoSmithKline est mêlé au scandale. L’entreprise a sponsorisé des expériences sur des enfants de l’Incarnation Children’s Centre, un centre de l’assistance publique à New York, spécialisé dans le traitement des malades du VIH et dirigé par des œuvres de bienfaisance catholiques ». Glaxo a sponsorisé au moins 4 essais médicaux depuis 1995 dans lesquels ont servi des enfants noirs et hispaniques du centre Incarnation. Ces essais, sur des enfants atteints du VIH à leur naissance, étaient expérimentaux et les effets secondaires potentiellement dangereux, car cela consistait à de ’essais cliniques de phase 1’ figurant donc parmi les plus risqués. Certains de ces essais visaient à tester la ’toxicité’ des médications contre le SIDA. Le service de la santé de la ville a enquêté sur cette affaire et a relevé que plus de 100 enfants du centre Incarnation ont été utilisés dans 36 expériences, dont au moins 4 sponsorisées par l’entreprise Glaxo [22].

Les dirigeants des grandes entreprises s’affranchissent parfois de l’Etat de droit à travers des expérimentations sanitaires illégales, ou en vendant des médicaments non homologués, frelatés, faux…. Le marché parallèle des médicaments notamment, est en forte progression, avec les petits vendeurs ambulants et illicites qui proposent des médicaments ou distribuent des injections, dans la rue et sur les marchés. La mafia alimente ce marché noir et les faux médicaments prennent un essor dramatique, ce qui engendre de nombreuses victimes. L’OMS estimait que 60% des médicaments circulant en Afrique et 30% au Brésil sont des contrefaçons, plus ou moins efficaces ou dangereuses et elle évaluait le chiffre d’affaires de ce secteur à 80 milliards de francs français environ. Le commerce illicite de médicaments est d’autant plus aisé que les produits génériques sont souvent livrés sans notices d’utilisation et que les lois en vigueur concernant les contre indications sont beaucoup plus laxistes pour les pays en développement. Ces pays permettent à certains revendeurs sans scrupule, parfois grâce à la mafia, d’écouler les stocks de médicaments déjà périmés. Les considérations humaines deviennent inexistantes, lorsque se profile la perspective de bénéfices considérables…

La concurrence entre laboratoires pharmaceutiques, stimule encore les dérives de l’industrie pharmaceutique. En 2005, un reportage sur Arte, expliquait ainsi, que deux chercheurs américains se sont battus pour être le premier à trouver un vaccin anti-variolique et celui qui a gagné l’a créé à partir de reins de singe. C’est à ce moment, que le virus du Sida qui était présent auparavant chez certains singes, serait passé à l’homme. Ce serait donc l’ambition et la volonté de créer le premier un vaccin brevetable par l’industrie pharmaceutique, qui serait à l’origine de ce manque de précaution.

Contrôler les institutions de protection de la santé permet de favoriser les intérêts du capitalisme pharmaceutique.

L’avocat Jean Dury explique que « l’AMA (Association Médicale Américaine) fut fondée en 1847, dans le but officiel de l’amélioration des pratiques de santé. Dès 1910, le Flexner Report a « favorisé la médecine scientifique afin d’éliminer toute autre philosophie », écrit Dury. Le rapport Flexner fut commandé par l’AMA à la Carnegie Foundation qui appartient à la famille Rockefeller « dans le but d’entreprendre une inspection de toutes les universités et écoles de médecine tant aux États- Unis qu’au Canada, afin de montrer si elles dispensaient leurs enseignements, en tenant compte de la nouvelle médecine scientifique moderne. Dans son étude entreprise en 1905, Simon Flexner, engagé par la Carnegie Foundation, dénigra systématiquement les écoles de naturopathie, homéopathie, etc… car non conformes à l’approche scientifique. Il fallait ainsi faire disparaître plusieurs écoles et aussi plusieurs médecins encombrants et compétiteurs. Le résultat fut accompli. En 1907, il y avait 160 écoles de médecine aux États-Unis et en 1914, soit 4 ans après la sortie publique du Rapport, il n’en restait qu’une centaine. (…). Le contrôle se fit sentir sur le plan juridique également. Le “ Pure Drug and Food Act ” de 1906 annonce la prohibition et engendra en 1908 le premier d’une longue série de procès intentés contre les adeptes de la médecine traditionnelle, dont la source principale de remèdes provenait des plantes. Cette pharmacopée non brevetable ne pouvait intéresser la finance qui flairait déjà le potentiel de l’approche allopathique où le profit était impossible sans brevets » [23]. Le Dr Richard Kunnes a siégé à l’AMA et brûla sa carte de membre, durant une réunion de l’AMA, pour protester contre la mainmise des intérêts des transnationales dans cette institution publique [24].

En 1906, est signé le Food and Drug Act, puis en 1927 est créé la Food, Drug, and Insecticide Administration. Elle est renommée, en 1930, du nom de Food and Drug Administration – (FDA : Administration de l’alimentation et des médicaments). Le vétérinaire Burroughs qui travaillait pour la FDA affirme que « le dossier fourni par Monsanto (à la FDA) était aussi haut que moi […] Or, le règlement de la FDA nous impose de ne pas dépasser un délai de cent quatre-vingts jours pour analyser les données (…). En fait, c’est une technique des entreprises pour décourager un examen minutieux : elles envoient des tonnes de papiers,en espérant que vous vous contenterez de les survoler (…). Burroughs, quand il a vu que des « données manquaient », demande à l’entreprise de « revoir sa copie » (…). « Il est d’abord suivi dans sa requête par la FDA, avant de se trouver « mis sur la touche » (…). « On m’a bloqué l’accès aux données que j’avais moi-même demandées, jusqu’à ce que je sois complètement dépossédé du dossier. Et puis, le 3 novembre 1989, mon chef m’a raccompagné à la porte, c’était fini pour moi [licencié] (…) pour incompétence ». « L’agence a sciemment fermé les yeux ,sur les données dérangeantes, parce qu’elle voulait protéger les intérêts de la société, en favorisant au plus vite la mise sur le marché de l’hormone transgénique… » [25]. 

Alfred N. Richards préside l’Académie Nationale des Sciences à Washington. Or, il est un des administrateurs et des actionnaires principaux de Merck et Co, un des piliers du capitalisme pharmaceutique [26]. Par conséquent, on relève à nouveau un conflit d’intérêts entre les intérêts privés et publics, qui se révèle défavorable à l’intérêt général, et défavorable aux médecines naturelles, telles que la phytothérapie, ou l’homéopathie.

L’OMS a créé, en 1963, la Commission du Codex Alimentarius. Elle a pour fonction de définir des normes alimentaires (normalisation) en vue d’assurer la sécurité alimentaire et les échanges internationaux. Les directives ont donc un impact majeur, sur le commerce alimentaire et la concurrence, entre les industriels du secteur alimentaire et pharmaceutique. « La Commission du Codex ayant adopté, lors de sa session de juillet 1995, à l’initiative de certains pays anglo-saxons, des limites maximales de résidus pour cinq hormones naturelles interdites dans la Communauté, les Etats-Unis et le Canada attaquèrent, devant l’OMC, les mesures communautaires interdisant l’importation des viandes d’animaux traités avec ces hormones. En août 1997, l’OMC donna tort à la Communauté en estimant que la réglementation communautaire était non fondée et discriminatoire » [27]. En représailles, « depuis le 29 juillet 1999, les Etats-Unis imposent des droits de douane de 100% sur des produits gastronomiques européens représentant une valeur globale de 116.8 millions US dollars » [


Articles Par : Thierry Brugvin

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