La campagne contre l’Iran et le droit international

La campagne contre l’Iran et le droit international

En adhérant aux Nations Unies, 192 Etats du monde ont pris les engagements suivants:

•    «Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin: prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces contre la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l’ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix;
•    Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du prin­cipe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde.»
De plus, il est inscrit dans la Charte des Nations Unies, concernant les devoirs des Etats membres:
•    «Les membres de l’Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger.
•    Les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.»

Le fait que certains Etats, membres des Nations Unies, ont contrevenu à maintes reprises à ces dispositions ne dispense pas le monde actuel de ces engagements. Bien au contraire: Toutes les guerres menées après la Seconde Guerre mondiale ont démontré de façon cruelle à quel point était vrai ce que, en 1945, les membres fondateurs des Nations Unies avaient écrit au début du préambule de la Charte: «Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances.»

Est-ce compatible avec ces principes que des représentants de gouvernements et de médias attaquent verbalement avec force un pays et n’excluent pas une guerre contre lui?

C’est bien ce qui se passe depuis de nombreuses années envers l’Iran. Et avec un ­nouvel élan depuis ces dernières semaines et mois.

On ne tient pas compte du fait
•    que ce n’est pas que le gouvernement iranien qui affirme depuis des années ne pas vouloir posséder des armes atomiques, mais les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’énergie atomique (AIEA) de même que les services secrets ne peuvent apporter de preuve tangible d’un programme d’armes atomiques de l’Iran. Les rapports actuels des services secrets américains ont même attesté que l’Iran ne mène pas de programme d’armes atomiques. Certains adversaires de l’Iran prétendent même qu’il ne s’agit pas de prouver l’existence d’un tel programme, mais que c’est à ce pays à prouver qu’il n’en a pas – mais comment est-ce possible alors que tout ce que l’Iran présente comme preuves est remis en question;
•    que les déclarations du président iranien concernant Israël sont présentées dans les médias occidentaux de façon erronée et qu’on ne connaît pas de plans de guerre de l’Iran contre Israël;
•    que des plans de guerre israéliens ­contre l’Iran (et même des Etats-Unis) existent très probablement alors même que la Charte des Nations Unies interdit toute acte d’agression;
•    que l’Iran est menacé d’intervention guerrière par d’autres pays, voire par de hauts officiers allemands: Entre-temps le manuscrit du discours du général allemand de l’OTAN, Karl-Heinz Lather, tenu le 25 mars à Bonn devant la

Communauté de soldats catholiques a été rendu public. Et c’est précisément lors de la Journée mondiale de la Paix 2010 qu’il a dit: «D’ailleurs, la communauté internatio­nale [en fait les Etats membres de l’OTAN] pourrait se voir contrainte d’intervenir militairement si l’Iran ne renonce pas à ses ambitions d’un armement atomique. Il semble que l’action politique, la diplomatie et les sanctions n’apportent guère de solution.» Puis il ajouta – à l’encontre des obligations de la Charte de l’ONU – que «les Etats et les gouvernements [ceux de l’OTAN] acceptent en général [donc pas toujours] un mandat des Nations Unies comme condition d’une intervention militaire [ce qui, selon lui, n’est pas obligatoirement le cas];

•    que les propositions soumises à l’Iran ne respectent pas l’égalité des droits de tous les Etats inscrite dans la Charte des Nations Unies et on soumet l’Iran à des exigences sans aucun fondement dans le droit des traités touchant au nucléaire – ce que les décisions du Conseil de Sécurité de l’ONU au sujet du programme nucléaire iranien ne peuvent cacher;
•    que des Etats qui, comme Israël, le Pakistan et l’Inde, refusent de se soumettre au Traité sur la non-prolifération des armes nuclé­aires (TNP), et disposent d’un énorme arsenal d’armes nucléaires, ne sont pas contraints de rentrer dans le rang (sans parler des 5 puissances nucléaires «officielles», qui ont aussi signé le TNP et se sont engagés à réduire leurs arsenaux nucléaires, voire à les supprimer, mais qui sont à des lieues de leur application) – on travaille ici aussi à deux niveaux;
•    que ce n’est pas la «Communauté inter­na­tionale» qui fait pression sur l’Iran, mais avant tout Israël, les Etats-Unis et l’UE, lesquels se sont unis contre l’Iran et exercent une pression sur les autres pays pour qu’ils se soumettent à leur volonté. La plupart des Etats et des gouvernements, comme par exemple les 118 membres du Mouvement des non-alignés, considèrent la politique de l’Iran différemment et estiment qu’il y a une possibilité d’entretenir des relations avec ce pays et de résoudre les conflits, se démarquant ainsi nettement du bloc politique des 3 pays sus-mentionnés, lesquels ne représentent finalement qu’une petite minorité dans l’ensemble du monde.

On n’évoquera pas ici les vraies raisons des plans de guerre contre l’Iran. On se contente de signaler que toute cette agitation guer­rière est alarmante pour tout un chacun qui s’intéresse raisonnablement à ce problème. Il est vrai aussi que tous ceux qui menacent l’Iran ne veulent pas forcément la guerre. Toutefois, ils aplanissent le terrain pour ce petit groupe de pays qui veulent cette guerre, en violation de la Charte des Nations Unies.

Il est particulièrement inquiétant de constater qu’on n’entend plus aucune voix contraire dans ces gouvernements et ces médias-là. Il n’y a aucun débat, on se contente de hurler avec les loups, alors même que ces cris n’ont rien à voir avec la vérité, mais ne sont poussés que pour soutenir des projets poli­tiques inavouables.

Cette volonté d’ignorer la Charte des Nations Unies n’est pas un délit mineur. C’est proprement une tentative de porter un coup à l’effort des peuples et des Etats de vivre en paix et dans la justice. C’est une menace pour l’humanité et c’est pourquoi, au sein de la Communauté internationale, ils sont nombreux à ne pas vouloir suivre cette voie.

Au cours des derniers 20 ans, plusieurs guerres ont été déclenchées contre la volonté de la Communauté internationale, avec des conséquences dramatiques tant pour les victimes qu’en ce qui concerne les coûts. Il est donc important de réfléchir à la façon d’empêcher une nouvelle guerre et aux moyens à disposition pour faire respecter le droit international – et cela par tous les Etats.  


Articles Par : Karl Müller

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