La Colombie : l’Israël de l’Amérique latine ?

Pour affronter le monde d’outre-Atlantique qui semble se liguer de plus en plus contre eux, les États-Unis ont plus que jamais besoin de « l’intégration des Amériques ». La ZLÉA est toujours prévue pour 2005, mais seul son volet militaire risque d’être au rendez-vous tellement est grand le danger colombien pour des voisins tels le Brésil de « Lula » et le Venezuela de Hugo Chavez..

Dans la nuit du 24 au 25 février, une forte explosion secouait le consulat colombien et l’ambassade espagnole à Caracas causant des dommages considérables aux deux édifices.

Aussitôt imputé aux « cellules bolivariennes » par les grands médias du Venezuela, l’attentat arrivait pile pour faire monter d’un autre cran le ton déjà acerbe entre les gouvernements colombien et vénézuélien.

Déjà, certains ministres du gouvernement Uribe accusaient ouvertement le président Chavez et, depuis janvier, le gouvernement brésilien de Inacio Lula da Silva de collaborer directement avec les guérillas des FARC et de l’ELN. Ces critiques étaient parfois reprises (et surtout jamais démenties) par le premier ministre espagnol Jose Maria Aznar, le secrétaire de l’Organisation des États américains (l’ex-président colombien Cesar Gaviria) et plusieurs officiels américains.

« Ces excès verbaux, explique le parlementaire colombien Gustavo Petro, ex-guérillero du mouvement M-19 au journal Liberacion de Bogota, font partie d’un plan bien précis: provoquer des actes violents par l’une ou l’autre des parties extrêmes des sociétés polarisées que sont la Colombie et le Venezuela ».

Uribe le voyant

« Le district de Chacao (lieu de l’explosion) est contrôlé politiquement, socialement et militairement par l’opposition anti-Chavez. La police qui, là-bas, assure la sécurité de même que des groupes de citoyens armés, tous appartiennent à l’opposition ». Pourquoi de tels attentats surviennent-ils dans ce quartier contrôlé par l’opposition de droite ?

Petro ajoute que, dix heures avant l’explosion, le président Uribe avait envoyé un communiqué au président Chavez enjoignant à ce dernier de mieux protéger la frontière de plus de 2000 kilomètres qu’il partage avec la Colombie.

Dans un passage drôlement prémonitoire, le communiqué mentionnait que les guérilleros colombiens qui se cachent au Venezuela représentent un danger pour le « peuple frère » et que « viendra un moment où ils finiront par bousculer des citoyens vénézuéliens ».

Paramilitaires agglutinés

Mais Petro voit tout autrement la question de la frontière: « Il n’y a pas que les guérillas qui passent la frontière. Les paramilitaires aussi. En fait, ce sont eux qui contrôlent la frontière colombo-vénézuélienne ».

« Leur tactique est d’y agglutiner hommes et matériel militaire en espérant qu’un secteur extrémiste et puissant de l’opposition à Hugo Chavez, ou même les États-Unis, les engage pour faire la guerre en territoire vénézuélien dans le style de la contra nicaraguayenne »

Dirigeants et habitants des zones frontalières confirment les dires de Petro en remarquant que, depuis l’élection de Hugo Chavez, les incursions des FARC au Venezuela ont nettement et étrangement diminué.

Suicides nationaux

« On est en voie d’idéologiser les relations internationales de la Colombie, ajoute Gustavo Petro. Uribe s’allie avec les États qui appliquent les recettes économiques du FMI et, en échange, part en campagne contre les gouvernements populaires qui veulent s’affranchir de ces mêmes recettes. La Colombie devient l’Israël de l’Amérique du Sud. »

Ayant échoué sur toute la ligne à renverser le gouvernement, l’opposition anti-Chavez n’a plus dans son sac que le terrorisme. Elle cherche à « importer les techniques colombiennes du meurtre commandé et de la violence armée ».

« Il s’agit de profiter du conflit interne en Colombie pour l’internationaliser. Uribe a déjà demandé publiquement l’intervention américaine et la droite antidémocratique, au Venezuela comme ailleurs, n’ignore pas qu’une telle intervention serait forcément régionale. Cette droite est fin prête à ce jeu de suicides nationaux. »

Plusieurs autres analystes latino-américains voient dans le Plan Colombie et l’Initiative régionale andine le germe d’une guerre régionale délibérément et maintenant définitivement implanté par l’administration américaine.

Armes, avions de haute technologie, paramilitaires, armée régulière disproportionnée, citoyens (un million !) armés par un régime quasi fasciste, instructeurs militaires et mercenaires américains, opposition combative mais terrorisée: tout cela, disent-ils, ne demande qu’à déborder les frontières des pays « hostiles » aux États-Unis que sont le Brésil et le Venezuela.

Mais aussi l’Equateur du nouveau président Lucio Gutierrez (l’un des militaires allié au mouvement indigène ayant renversé le président Mahuad en 2000) qui vient tout juste de refuser d’appeler « terroristes » les guérillas colombiennes.

 

 

Articles Par : André Maltais

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