La défense américaine ne s’affaiblit pas, elle se recentre vers l’Asie !

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Barack Obama a présenté la semaine dernière la nouvelle feuille de route de sa défense militaire, annonçant ainsi une réduction de 10 à 15 % du budget colossal octroyé à l’armée américaine. Evoquer un affaiblissement militaire serait toutefois hâtif, l’objectif reste de contrer la puissance chinoise…


Le président Obama vient d’annoncer des coupes majeures dans le budget de la défense des Etats-Unis. Avec 500 milliards de dollars en moins dans les dix ans qui viennent, l’armée américaine va perdre 10 à 15 % de son colossal budget. Sans doute y-a-t-il de la marge : l’armée américaine a aujourd’hui un niveau de dépense équivalent à l’ensemble des autres budgets militaires de la planète. Avec environ 600 milliards de dollars par an, ce budget représente deux fois les dépenses totales de l’Etat français. Le problème est que ces deux budgets ont le même type de financement, à savoir la dette. Dans un contexte d’aggravation de la crise des finances publiques, il n’est guère étonnant de voir le gouvernement américain réduire un poste qui représente 20 % de ses dépenses.

Certes, cette décision doit être relativisée. Les Etats-Unis ont déjà connu dans le passé des réductions significatives de leurs dépenses militaires. Ainsi, au lendemain de l’effondrement du bloc soviétique, Washington a voulu toucher les « dividendes de la paix ». Le budget américain de la défense, fortement augmenté pendant la présidence de Ronald Reagan (1980-1988), s’est réduit tout au long des années 1990. On pensait alors qu’avec le « nouvel ordre mondial » cher au président Bush père, la sécurité collective serait assurée à moindres frais. De même, le montant actuel du budget résulte d’une forte augmentation intervenue à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Entre 2000 et 2010, le budget de la défense américain a augmenté de 81%, passant de 281 milliards de dollars votés en loi de finances à 571 milliards.  

Cette annonce a néanmoins des conséquences majeures. L’armée américaine, aujourd’hui la mieux équipée de la planète (douze porte-avions, trois mille avions de chasse, cinq mille drones…), pourrait voir ses capacités amoindries. C’est un défi majeur pour les Etats-Unis dont l’outil militaire est au cœur de la puissance. Déjà partis d’Irak, les Américains vont quitter l’Afghanistan en 2014. Si l’espionnage, la cyberguerre, la lutte contre le terrorisme ou la prolifération nucléaire sont préservées par les économies annoncées, d’autres programmes sont menacés, en particulier dans l’armée de terre. Toute la question est de savoir si ces coupes vont durablement affaiblir les forces américaines. La réponse n’est pas simple car, aux Etats-Unis comme en France, les dépenses de défense ne sont pas toujours optimales. Ainsi le pays compte t-il autant de bases navales que d’Etats côtiers…

Reste qu’une armée moins dotée sera aussi une armée qui intervient moins. Pour Obama, élu en 2008 sur un programme isolationniste, ce retrait américain est assez logique. Le président n’a jamais été partisan d’un trop fort interventionnisme : on l’a vu en Afghanistan ou en Libye où il a beaucoup hésité avant de dépêcher des renforts. Une nuance toutefois : élevé en Indonésie et à Hawaï, Obama est aussi tourné vers l’Asie. Et c’est là, a-t-il annoncé, que seront concentrées les forces américaines, face à la Chine, le second budget de défense au monde. Les Etats-Unis ont ainsi prévu la création d’une base militaire à Darwin, au nord de l’Australie. On est donc en train d’assister à une réduction des moyens et à un déplacement du centre de gravité de la puissance militaire des Etats-Unis vers l’Est. Le temps idéal pour l’Europe de combler le vide et d’augmenter ses dépenses militaires, pour peu qu’elle en ait la volonté…et les moyens !

Articles Par : Guillaume Lagane

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