La guerre en Afghanistan est « terminée » : les renforts américains arrivent !

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La guerre en Afghanistan est « terminée » : les renforts américains arrivent !

Le feu vert donné par l’Administration Obama pour des renforts substantiels de troupes pour la guerre d’occupation de l’Afghanistan semble déjà, aux yeux des stratèges de l’armée étatsunienne, comme étant la garantie d’un succès assuré et que les champs de bataille seront très bientôt désertés par les résistants. Tout sera maintenant facile et un retrait probable des troupes américaines et alliées pourraient commencer en juillet 2011, c’est-à-dire dix ans après le début de l’invasion et des hostilités.

Cet optimisme présume que les résistants vont rapidement abandonner le combat et se rallier à l’appel du gouvernement de Kaboul et faire front commun contre les extrémistes et le tour sera joué. C’est vraiment vouloir ignorer les traditions guerrières et la fierté des Afghans et des talibans originaires de l’Asie centrale qui ne vont pas capituler devant les conquérants quelles que soient leur provenance et les forces dont ils disposent. Dans ce nouveau contexte, la résistance va modifier son approche et ne pas s’exposer aux frappes des conquérants.

Il est plus que probable que la première règle de conduite des résistants consistera à pratiquer un nouveau mode de guérilla, une guérilla furtive avec des actes répartis dans l’espace et dans le temps rendant toute intervention des forces occidentales complètement inopérantes, les amenant à multiplier les bavures au grand dam de la population afghane, ce qui pourrait contribuer à l’établissement d’un front massif de résistance à l’occupant qui deviendra éventuellement le seul ennemi à éradiquer aux yeux de la population afghane à l’instar du sentiment qui anime l’attitude des communautés locales vis-à-vis des Étatsuniens au Pakistan. Ainsi, la quasi certitude de voir les troupes américaines triompher relève d’une vision erronée et tronquée de l’histoire de cette région du monde.

Un autre facteur doit être analysé ici et c’est la grande détermination des résistants. Ceux-ci n’ont pas peur d’affronter la mort pour défendre leur cause, ce qui n’est pas le cas des membres des forces occidentales. Ces derniers n’ont qu’un objectif et c’est celui de sauver leur peau. Et ils ont bien raison d’agir ainsi, car ils ne connaissent même pas la raison réelle pour laquelle ils se retrouvent en Asie centrale. Ils obéissent aux ordres donnés, patrouillent les lieux et se gardent de trop intervenir afin d’éviter les faux-pas et les bavures. Avec 30 000 soldats supplémentaires pourquoi les choses devraient être tout d’une coup complètement différentes?

Ce que les États-Unis et les forces de la coalition craignent, et plusieurs observateurs l’ont noté, c’est l’effacement momentané de la résistance et l’adoption de la stratégie de l’usure. Les résistants n’ont pas d’agenda déterminé par le temps alors que les pressions pour le retrait complet des troupes internationales vont continuer à s’intensifier. C’est la raison pour laquelle la priorité sera donnée à l’entraînement et à la formation des forces armées afghanes qui seront alors invitées à prendre le relais. L’appel à l’aide de Hamid Karzai n’est que le résultat d’une mise en scène afin de donner à l’opinion publique américaine et européenne l’impression que l’Occident ne fait que répondre aux besoins de ses «amis afghans» en détresse (Karzaï demande de l’aide, Radio-Canada, le 8 décembre 2009).

Le prolongement de la guerre: De soldats et de combattants à fossoyeurs et à traumatisés

Ce qui risque de se produire c’est que cette guerre perdure et que les forces de la coalition devant rester en permanence s’épuisent. Le retour à la maison des soldats deviendra de plus en plus pénible et amer pour les intéressés eux-mêmes et pour toute la société. L’annonce d’un retrait progressif à partir de 2011 faite par le président Obama n’était qu’un dispositif visant à rendre plus acceptable l’ensemble de sa propre stratégie de guerre et donner le signal aux membres de la coalition que leur engagement renouvelé ne serait que d’une durée limitée.

Le jour même où le président Obama a présenté la nouvelle stratégie guerrière des États-Unis pour l’Afghanistan, les insurgés lui ont signifié qu’il verra désormais davantage de cercueils défiler devant lui et que ses combattants se transformeront en porteurs de dépouilles mortelles et en fossoyeurs: « Dans un communiqué, les insurgés estiment que le plan présenté le 1er décembre par le président américain n’est “pas la solution aux problèmes de l’Afghanistan » et que ce plan leur permettra d’accroître leurs attaques et ébranlera l’économie américaine, qui est déjà en proie à la crise. » Les talibans ajoutent que « le renforcement du contingent américain se traduira par des pertes accrues pour l’armée américaine » (AP, 2009).

Selon Bruce Riedel, l’un des anciens conseillers du président Barack Obama sur la crise dans la région. « tous les indicateurs et toutes les statistiques démontrent que la dynamique est aujourd’hui entièrement en faveur des talibans ». C’est ce qu’il a déclaré au cours d’un colloque organisé dans la capitale fédérale par un groupe de réflexion, la Jamestown Foundation (Washington est «en train de perdre» en Afghanistan, Cyberpresse, le 9 décembre 2009).

Conclusion

Dans l’esprit des stratèges du Pentagone la guerre serait déjà terminée. Le processus de neutralisation des forces de la résistance sera réalisé en quelques mois et on assistera à l’annonce officielle de la fin de la guerre par le président Obama, comme l’avait fait l’ex-président G.W. Bush pour celle de l’Irak quelques mois après son déclenchement. Il est important de ne pas être dupes des déclarations émanant de la Maison-Blanche, car les manoeuvres livrées dans cette guerre, à l’instar de ce qui est fait dans les autres autres conflits armés sont présentées dans la presse internationale en pièces détachées et sont manipulées selon l’humeur changeante de l’opinion publique. C’est ainsi que le discours du 1er décembre du président Obama a présenté une version (l’envoi de renforts) et son contraire (un retrait à partir de 2011) en même temps de manière à déjouer ainsi toute opposition à sa stratégie et de détourner l’attention vers le rôle déterminant désormais dévolu au régime de Kaboul.

Références

AFP. 2009. Washington est «en train de perdre» en Afghanistan. Cyberpresse.ca. Le 10 décembre 2009. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/international/etats-unis/200912/09/01-929574-washington-est-en-train-de-perdre-en-afghanistan.php  

AP. 2009. Les talibans estiment que la stratégie afghane d’Obama conduira à une augmentation des pertes américaines. LATRIBUNE.fr. Le 2 décembre 2009. En ligne: http://www.latribune.fr/depeches/associated-press/les-talibans-estiment-que-la-strategie-afghane-d-obama-conduira-a-une-augmentation-des-pertes-americaines.html 

DE LUCE, Daniel. 2009. Le général McChrystal promet de briser l’élan des talibans. AFP. Cyberpresse.ca. Le 9 décembre 2009 En ligne: http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/200912/08/01-929182-le-general-mcchrystal-promet-de-briser-lelan-des-talibans.php 

DUFOUR, Jules. 2008. Les guerres d’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak. Un bilan horrifiant de portée mondiale. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 22 juillet 2008. En ligne : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=9645 

DUFOUR, Jules. 2009. La poursuite de la guerre contre la terreur avec l’approche de la «main tendue». Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM), le 30 novembre 2009. En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=16331 

KELLERHAIS Jr, Merle David. 2009. Obama Addresses Afghanistan Strategy December 1. Le 30 novembre 2009. America.gov. Engaging the world. En ligne: http://www.america.gov/st/peacesec-english/2009/November/20091130152512dmslahrellek0.2036554.html 

RADIO-CANADA.CA. 2009. Afghanistan: Karzaï demande de l’aide. Le 8 décembre 2009. En ligne: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2009/12/08/005-Karzai-aide-militaire.shtml 

Articles Par : Jules Dufour

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