La nouvelle catastrophe du business nucléaire

FUKUSHIMA Le réacteur n° 3 qui a explosé est alimenté par du Mox, mélange d’oxydes d’uranium et plutonium

La nouvelle catastrophe du business nucléaire

Les centrales nucléaires au Japon 

Concernant le nucléaire, « j’expliquerai aux citoyens qu’on peut le faire en sécurité et qu’il n’est pas juste d’avoir peur : garantir la sécurité d’un réacteur nucléaire n’est pas difficile » : c’est ce que déclarait le 3 mars dans une interview à La Stampa le professeur Umberto Veronesi (éminent oncologue italien), qui venait de démissionner du groupe Pd (Partito democratico) au Sénat pour assumer la charge de président de l’Agence pour la sécurité nucléaire (créée après que le Parlement ait décidé en 2009 le retour de l’Italie au nucléaire, aboli par un référendum populaire en 1987). Une semaine après a lieu la catastrophe au Japon, dont les conséquences  peuvent être beaucoup plus graves que celles annoncées.

Le réacteur n° 3 de la centrale de Fukushima, explosé lundi, est en fait alimenté par du combustible Mox, un mélange d’oxydes d’uranium et plutonium, beaucoup plus radioactif que le combustible à l’uranium. Il augmente les risques d’accidents nucléaires et, en cas de fuite, commet extrêmement plus de dégâts. Une contamination par Mox cause des niveaux beaucoup plus élevés de tumeurs. Il suffit de penser que le plutonium, étant donnés sa durée de demi-vie, reste dangereux pendant 250 mille ans. Cette nouvelle catastrophe confirme, avec une évidence dramatique, que la voie du nucléaire est impraticable.

 

Les 442 réacteurs électronucléaires, en fonction dans le monde, sont concentrés pour plus des trois-quarts dans 17 pays de l’Ocse économiquement les plus développés : en tête les Etats-Unis avec 104 réacteurs, suivis par la France (59) et le Japon (54). Les autres se trouvent surtout en Russie (31), Inde (18), Ukraine (15) et Chine (11). Le tout génère à peine 6% de la production mondiale d’énergie primaire et environ 15% de celle d’électricité.

  

La construction de réacteurs électronucléaires, après avoir atteint un pic dans les années 70 et 80,  s’est pratiquement arrêtée dans les pays les plus développés : des 55 nouveaux réacteurs, un seul est en construction aux USA, la majorité se concentre en Chine, Russie et Inde. Avant tout parce que l’énergie électronucléaire est de moins en moins compétitive. Au prix payé par les citoyens, s’ajoute un coût supplémentaire de 30% que ceux-ci payent indirectement à travers l’argent public donné aux sociétés privées du secteur électronucléaire.  Et les coûts de construction des centrales ont presque doublé dans la dernière décennie.

  

Vient ensuite le problème de stockage des plus de 300 mille tonnes de scories radioactives (constituées de métaux lourds), en augmentation chaque année de 10 mille tonnes, qui restent dangereuses pendant des siècles et millénaires. Pour Veronesi « il y a des solutions pour le faire, à l’intérieur d’une montagne ou à de grandes profondeurs ». Mais aucun pays n’a trouvé la solution : aux USA le sénat a renoncé en 2009, pour des raisons de coût et de sécurité, au dépôt souterrain dans le Mont Yucca (Nevada), après 25 années de travail et une dépense de 13,5 milliards de dollars. Et d’autres matériaux radioactifs s’accumulent quand, après 30-40 années (pas 60-100 comme soutient Veronesi), toute la centrale doit être démantelée.

Comme le coût du démantèlement et de la décontamination du site (environ un milliard de dollars aux USA) est en continuelle augmentation, les sociétés privées qui gèrent les centrales demandent aux gouvernements l’autorisation d’en prolonger l’activité.  Mais ceci comporte des dépenses plus élevées de manutention et de plus grands risques de dégâts et d’incidents : le réacteur n°1 de la centrale de Fukushima, qui a explosé samedi, avait atteint les 40 années d’activité. D’ici l’an 2020, plus de 150 réacteurs électronucléaires auront atteint ou dépassé cette limite.  D’ici 2030, s’y ajouteront plus de 200 autres, qui pour être démantelés demanderont d’autres subsides publics.

  

Le problème le plus grave, pratiquement irrésolu, est celui de la sécurité des implantations nucléaires. En mai 2010, ce même Veronesi et d’autres illustres scientifiques, parmi lesquels Margherita Hack (astrophysicienne de renom) et Carlo Bernardini (professeur émérite de physique à l’Université de Rome), ont demandé dans une lettre ouverte au secrétaire du Pd Bersani de revoir la position anti-nucléaire, en soutenant que le nucléaire constitue une « opportunité insubstituable » pour notre pays et que « le record de sécurité des implantations nucléaires n’a pas de comparaison avec celui de toute autre filière énergétique ». Ce dont étaient convaincus aussi ceux qui ont construit au Japon, dans des zones hautement sismiques et sujettes au tsunami, des réacteurs nucléaires au plutonium.

 

Edition de mercredi 16 mars 2011 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/16-Marzo-2011/art11.php3  

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.

Toutes les notes en italiques ont été rajoutées à la demande de l’auteur pour la version française.

Manlio Dinucci est géographe.


Articles Par : Manlio Dinucci

A propos :

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire "L'art de la guerre" au quotidien italien il manifesto. Il est l'auteur de Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013 ; Geografia del ventunesimo secolo, Zanichelli 2010 ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, Ed. DeriveApprodi 2005.

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