La production de semences est également une question politique

Les semences saines et sans OGM sont capitales pour la culture jardinière et l’agriculture. Elles seules garantissent une nourriture saine et protègent de la dépendance créée par les grandes entreprises agroalimentaires. Horizons et Débats a souvent fait état des agissements dans le domaine de la production des semences. Voici cependant un exemple positif.

La reproduction végétale

La nature a prévu différents types de reproduction, selon les conditions locales et climatiques qui varient beaucoup. Il est fascinant d’observer la multiplicité de ces «méthodes».

Il faut différencier deux mécanismes principaux: la reproduction végétative, qui aboutit à la formation de plantes génétiquement identiques, et la reproduction générative qui opère grâce à des semences. La multiplication végétative asexuée produit une nouvelle plante identique issue d’une partie de la plante originale. C’est le cas, pour prendre un exemple concernant les jardins familiaux, de la fraise qui forme, chaque année, de longues pousses munies de nouvelles plantes. De même, la pomme de terre, organisme accumulateur, donne, l’année suivante, des plantes génétiquement identiques.

Le deuxième mécanisme, la reproduction sexuée par le biais de semences, est beaucoup plus important pour le jardin familial. La plus grande partie de nos légumes provient de semences ou de plantes.

Dans la reproduction sexuée, la plante forme une fleur qui est ensuite fécondée. Le pollen (mâle) est transporté sur le stigmate (femelle). Cette fertilisation se fait par les vents ou les insectes, avant tout les abeilles qui volent de fleur en fleur, disséminant ainsi le pollen sur les différentes fleurs de la même espèce. Une fois fécondé, le stigmate produit de nouvelles semences. Autour de la semence se forme une enveloppe dure qui la protège des champignons et d’autres agents nuisibles de l’environnement, chaque plante produisant des semences dont la taille et la forme lui sont propres. Souvent les semences sont enfermées dans une sorte de «compartiment» qu’on peut très bien voir en regardant un cynorrhodon, une pomme coupée en deux ou un haricot. L’enveloppe protectrice forme, avec les semences, le fruit. Les semences de beaucoup de plantes se détachent facilement, comme celles du pissenlit. On procède de la manière suivante: on coupe la partie porteuse de semences avant que celles-ci ne se détachent, on la suspend à l’envers et on recueille les semences dans un linge ou un sac.

Amélioration des légumes de jardin

Dès les débuts de la civilisation, depuis qu’il cultive des plantes, l’homme a cherché à améliorer la reproduction grâce à des croisements ciblés.
C’est ainsi que se sont formées, au cours des siècles, les différentes variétés de légumes que nous cultivons dans nos jardins et nos champs. L’homme a su tirer profit de la diversité génétique des semences et cultiver, par la sélection, les plantes les plus précieuses et les plus efficaces. Malheureusement, on observe aujourd’hui une tendance inverse: On réduit la diversité par la sélection, l’amélioration et les monocultures. D’anciennes plantes cultivées, qui étaient souvent à la base des croisements, disparaissent entièrement avec leur matériel génétique. Il en résulte un appauvrissement de la diversité naturelle.

Le génie génétique dans la production de semences

Ces dernières années ont amené un autre changement important dans la production de semences. De nombreuses plantes ont été génétiquement modifiées. Ce faisant, on a créé un cheval de Troie car il s’agit là d’une emprise massive sur l’écosystème naturel savamment équilibré qui ne tardera pas à entraîner des conséquences importantes. Les manipulations génétiques ont eu pour effet que ces semences ont pu être brevetées, si bien que Monsanto et d’autres grandes sociétés agro­alimentaires contraignent les agriculteurs à acheter leurs semences chaque année chez elles. Cela représente un changement fondamental. Dans le monde entier, depuis des milliers d’années, depuis que l’homme cultive la terre, on gardait une partie de la récolte pour la semer dans les champs l’année suivante. Or cette coutume millénaire vient d’être interdite puisqu’il est exclu de tirer de nouvelles semences des semences brevetées!

Les semences biologiques Zollinger
 
Il y a 25 ans, la famille Zollinger a commencé à produire elle-même des semences au moment où l’on offrait de plus en plus de semences hybrides sur le marché et que la production était profondément bouleversée. Les semences hybrides, il est vrai, ont normalement un bon rendement la première année mais il est impossible d’en tirer des semences soi-même, si bien que chaque année, on doit en acheter de nouvelles (voir encadré). Au cours des années, la famille Zollinger a donc développé de plus en plus la production de semences biologiques et en offre aujourd’hui une large gamme.

Au vu de l’évolution des semences OGM, ce qu’a réalisé la famille Zollinger n’en apparaît que plus valable, car cela permet de s’opposer à cette tendance.
L’entreprise Zollinger est située aux Evouettes, à l’entrée du Valais (Suisse). On y voit des champs entiers de fleurs, de légumes et de céréales. Tout est très soigné et les couleurs sont un plaisir pour les yeux.

Autrefois, la famille était installée en Suisse orientale, mais bientôt elle a cherché un terrain plus vaste. La production de semences nécessite un climat doux où les températures hivernales ne tombent pas beaucoup en dessous de 0° C et où les étés sont chauds et secs pour que les semences atteignent leur pleine maturité. En même temps, les conditions doivent correspondre à celles qui règnent en Suisse, c’est-à-dire à la production de variétés robustes. C’est pourquoi des terres situées dans le Sud, par exemple dans le Midi de la France, ne convenaient pas. En Suisse, il existe différentes régions idoines: la vallée du Rhin, le Klettgau schaffhousien et le Bas-Valais. Ainsi la famille Zollinger a-t-elle finalement, il y a 14 ans, jeté l’ancre aux Evouettes. Depuis, elle y produit, sur un terrain de 5 à 7 hectares, des semences biologiques destinées aux petits consommateurs.
Les expériences faites au cours de ces années ont permis aux Zollinger d’acquérir un grand savoir horticole très demandé en matière d’évaluation, de production de semences et de diffusion de variétés précieuses. L’Office fédéral suisse de l’agriculture tire profit de ces connaissances dans le cadre de son Plan d’action national (PAN) de sauvegarde de la diversité des plantes cultivées.

Préparation du sol et culture

Même dans la production de semences, on respecte la rotation des cultures afin que le sol soit exploité de manière équilibrée et possède suffisamment d’engrais. La première année, on cultive une céréale, de préférence de l’épeautre. L’année suivante, on sème de la luzerne, bon fournisseur d’azote; l’année suivante, on cultive une plante sarclée: maïs, pomme de terre ou légumes. La quatrième année, on cultive des légumes, des herbes et des fleurs pour la production de semences. L’entreprise dispose en tout de 25 hectares, dont 5 à 7 sont réservés à la production des semences de légumes, d’herbes et de fleurs. Les tunnels et terrains de culture réservés à la production de semences sont souvent très éloignés les uns des autres, afin d’éviter le croisement involontaire de plantes de la même famille et de garantir la pureté des variétés. C’est pourquoi la plantation du chou blanc est très éloignée de celle du chou rouge. Si le pollen est diffusé par le vent, les plantes doivent être cultivées en maintenant une distance d’au moins 1200 mètres.

La récolte des semences La récolte se fait principalement à la main. Ensuite, les semences sont séchées, puis délicatement battues. Le nettoyage se fait à l’aide de machines spéciales et à la main. Il s’agit d’un long travail.

L’entreprise possède ses propres sélections et produit des variétés garanties sans OGM (voir encadré) pour les jardins familiaux et les petits consommateurs. Souvent, on lui envoie d’anciennes variétés de semences qu’elle cultive en examinant ensuite si elles s’adaptent au jardinage familial.
Dans la production en gros pour les besoins de l’agriculture, les plantes devraient préférablement mûrir toutes au même moment pour que les produits se présentent, à l’étalage des marchands de primeurs, tous aussi beaux les uns que les autres. Mais ce n’est pas souhaitable pour le jardinage familial. Là, un certain retard dans la maturation est apprécié pour que la famille puisse récolter petit à petit les différents légumes. Dans chaque sachet se trouvent donc également des semences au mûrissement retardé, la quantité étant destinée à un carré de 5 mètres sur 5 environ.

Catalogue
 
L’entreprise édite un catalogue à la présentation soignée où les plantes sont décrites précisément et accompagnées d’une illustration. Sont indiquées la famille, la taille, la saveur, les semences et la récolte. Certaines descriptions sont complétées par des informations supplémentaires, notamment sur l’origine de la plante et par des recettes. En feuilletant le catalogue, on ressent l’enthousiasme qui anime l’entreprise.

Il vaut la peine de se faire inscrire au fichier clients de l’entreprise Zollinger. On reçoit alors gratuitement, chaque mois de janvier, le nouveau catalogue. Et un soir d’hiver, on peut s’installer confortablement, jeter un coup d’œil à ses anciens sachets de semences et commander par la poste ce dont on a besoin. Ainsi, même avant que la saison des jardins ne commence, on est déjà pourvu en semences.
 
A part l’alimentation équilibrée à base de plantes saines, la production de semences pures et biologiques est une question hautement politique. Les grandes multinationales agroalimentaires sont axées sur le profit. Elles font que l’agriculture dépende d’elles et s’accommodent du fait qu’elles détruisent des terres précieuses et l’écosystème avec des plantes OGM et des produits chimiques. Aussi toute initiative visant à s’opposer à ce processus ne saurait-elle être trop louée.

On peut commander le catalogue, disponible également en français, par courriel: info@zollinger-samen.ch, www.zollinger-samen.ch     •

Qu’entend-on par semences hybrides?

Les semences hybrides sont produites par le croisement de deux plantes parentes sélectionnées. Le rendement de la première génération étant notablement meilleur et homogène, elles sont par conséquent, à première vue, intéressantes pour l’agriculture. Mais si l’on essaie de récolter des semences à partir de cette première génération, il s’avère que tous les descendants ne sont pas génétiquement purs et manquent de vigueur, ce qui veut dire que le jardinier est contraint d’acheter chaque année de nouvelles semences et dépend entièrement du semencier. Il peut facilement reconnaître les semences hybrides: Les sachets portent le sigle F1 qui signifie «Filius 1»: la première génération a un bon rendement.
Il faut noter que les semences hybrides ne sont pas génétiquement modifiées, mais issues du croisement de générations parentes sélectionnées.

Qu’est-ce que la sélection?

La sélection est une procédure visant à créer des variétés pures et robustes. On sélectionne les meilleurs exemplaires d’une variété en les faisant mûrir dans un tunnel. On en tire les semences destinées aux cultivateurs, les semences de base.

Prenons l’exemple du chou blanc. On le souhaite beau et compact. Aussi élimine-t-on les plantes ne répondant pas à ce critère. Cependant les beaux légumes ont de la peine à fleurir et par conséquent à produire des semences. C’est pourquoi on coupe la moitié supérieure des dix exemplaires les plus beaux, ce qui facilite la formation de pousses et de fleurs, puis de semences. Celles-ci possèdent et transmettent alors toutes les bonnes propriétés de la plante.

Articles Par : Hedwig Schär

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