“Le document final ne répond pas aux aspirations des peuples”

Eclairage sur la Conférence d’examen de Durban


Entretien avec M. l’ambassadeur Germán Mundaraín Hernández, représentant permanent de la République bolivarienne du Venezuela auprès de l’ONU, à Genève. Propos recueillis par Silvia Cattori et Sandro Cruz, le 22 avril 2009.

M. l’ambassadeur Germán Mundaraín Hernández

Silvia Cattori : De nombreux Etats d’Amérique latine et d’autres continents se sont fortement engagés ces derniers mois dans les travaux préparatoires qui devaient redéfinir les critères et les normes en matière de lutte contre le racisme. Israël, de son côté, avait commencé tout de suite après la « Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée » qui s’est tenue à Durban en 2001, à propager son hostilité à la « Conférence d’examen de Durban » [http://www.silviacattori.net/article809.html#nb1″>1] qui vient de se tenir à Genève, aidé en cela par des personnalités comme Bernard-Henri Lévy et Elie Wiesel et quantité d’organisations juives venues à Genève en force. La désinformation et les mensonges qui avaient entouré la première de ces deux conférences ont atteint ici à Genève des sommets.

Il convient de rappeler qu’Israël n’a jamais accepté qu’à Durban des ONG puissent stigmatiser ses politiques de « purification ethnique », « d’apartheid », « de génocide », « de crimes racistes » contre le peuple palestinien. Le lobby pro-israélien a donc tout tenté pour faire passer comme vraie la fable selon laquelle cette conférence avait été le théâtre de manifestations « antisémites », de slogans « antisémites », alors même que les politiques racistes menées par Israël sont parfaitement documentées par le Comité national palestinien [http://www.silviacattori.net/article809.html#nb3″>3] La France n’a-t-elle pas manœuvré pour servir les intérêts des Etats-Unis et d’Israël absents ? Nul ne peut ignorer que la France, depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, a tout mis en œuvre pour jeter la suspicion sur la « Conférence d’examen de Durban », agiter la menace du boycottage, et entraîner le plus possible de pays dans son sillage. C’est Jean-Baptiste Mattéi, l’ambassadeur de France auprès de l’ONU à Genève, qui a donné le signal du départ des représentants de l’Union européenne lors du discours du président iranien. Ceci pour la partie visible. Que s’est-il passé dans les coulisses lors de la préparation de cette conférence et comment les délégations qui sont restées dans la salle et ont applaudi au discours de M. Ahmadinejad ont-elles jugé tout ce tapage ?

Germán Mundaraín Hernández [http://www.silviacattori.net/article809.html#nb5″>5]

Ils y ont participé au début pour obtenir leurs desideratas, puis ils se sont retirés. Ici, le monde a pu voir la chose en direct : quand le président Ahmadinejad a parlé, le premier jour de la conférence, les représentants d’un groupe de pays – un petit nombre de 33 pays – ont quitté la salle. Par ce comportement, ils n’ont pas donné la meilleure démonstration de tolérance. Tout comme ces quelques personnes qui ont profité du manque de vigilance du service de sécurité de l’ONU pour protester contre le président iranien au nom de l’Holocauste. Ils ne veulent pas reconnaitre toutes les victimes. Et que, si les juifs ont été victimes de l’Holocauste, chez nous l’Holocauste vient comme une crise financière où ceux qui en souffrent ne sont pas ceux qui l’ont causée.

Aucun pays d’Amérique latine et des Caraïbes ne s’est retiré ; ni aucun pays d’Afrique et d’Asie. Ils ont applaudi M. Ahmadinejad et ils ont hué le groupe de ces intolérants qui avaient programmé le sabotage et qui n’ont pas voulu entendre la déclaration du président iranien. Celui-ci n’a d’ailleurs rien dit de déplacé. Les pays occidentaux ont diabolisé Ahmadinejad. Il y a eu des discours plus forts ici, mais malgré tout, tous s’en sont pris à Ahmadinejad.

Il y a des pays, ici, qui nient que le racisme ait été un crime contre l’humanité. Cela nous rappelle que les grands crimes restent dans l’impunité totale. Ils ne s’en repentent pas, ils n’ont pas demandé pardon. Et ils sont encore moins prêts à toute forme d’indemnisation. Et parfois ils recourent à des subterfuges en disant « ne parlons pas du passé », comme l’a dit Obama à Trinidad. Nous aussi, pays en développement endettés, nous pourrions dire « ne parlons pas du passé » quand nous allons au Fonds monétaire ou à la Banque mondiale.

Silvia Cattori : La « ligne rouge » telle que définie comme indépassable par les diplomates français, a donc servi à empêcher que l’on qualifie l’Etat juif d’Israël d’exclusif, de raciste. Donc à faire triompher la politique des deux poids deux mesures en légitimant les actes criminels de cet Etat ?

Germán Mundaraín Hernández : Je crois que, dans cette conférence, le document final ne répond pas aux aspirations des peuples du monde.

Silvia Cattori : La « Conférence d’examen de Durban » est-elle devenue le lieu de l’échec pour les peuples qui aspirent à la multipolarité ?

Germán Mundaraín Hernández : Je ne dirais pas que c’est un échec. Je ne chercherais pas des qualificatifs comme échec ou succès. Mais je dis que le document ne répond pas aux aspirations des peuples du monde. Le sujet des indemnisations pour les peuples d’Afrique, les excuses, et le repentir, les pays que j’ai mentionnés ne veulent pas en parler. Ils ne veulent pas parler de la diffamation des religions, de l’islamophobie. Ils ne veulent pas parler de la Palestine. Je crois que cette conférence est conditionnée, comme beaucoup d’autres conférences des Nations Unies, par les pressions et par le chantage d’un groupe. Le même groupe qui a exercé des pressions pour que l’Assemblée générale ne se prononce pas sur la Palestine. Les mêmes pressions qui ont été exercées pour empêcher que l’Assemblée générale débatte et cherche des solutions à la crise financière. Les grandes puissances veulent toujours imposer leur agenda.

Silvia Cattori : Peut-on conclure en disant que le texte voté ici à Genève [1] Les délégations africaines se sont opposées à ce que l’on utilise l’appellation « Durban II » pour cette conférence (bien que cette appellation soit fréquemment utilisée par les médias)

[2] « Déclaration de principe pour la Conférence de suivi de la Conférence de Durban de l’ONU » élaboré par le Comité National Palestinien de la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions. Cette déclaration s’appuie sur les mécanismes des droits de l’Homme de l’ONU et sur les conclusions et recommandations d’experts indépendants qui ont exprimé leur préoccupation au sujet de l’institutionnalisation de la discrimination raciale et de l’Apartheid par Israël.

Cette Déclaration de principe, y compris la liste des signataires, est disponible en :
 anglais : http://bdsmovement.net/files/English-BNC_Position_Paper-Durban_Review.pdf
 arabe : http://bdsmovement.net/files/Arabic-BNC_Position_Paper-Durban_Review.pdf
 espagnol : http://bdsmovement.net/files/Spanish-BNC_Position_Paper-Durban_Review.pdf
 italien : http://bdsmovement.net/files/Italian-BNC_Position_Paper-Durban_Review.pdf

[3] M. Kouchner a constamment adopté une position de négociation dure, arrogante, menaçant de se retirer si la mention d’Israël figurait dans le projet de déclaration finale. Le fil rouge pour lui était de ne pas parler de réparations pour le colonialisme, d’interdire toute stigmatisation d’Israël, et la création d’une norme contre la diffamation des religions.

[4] Voir :
 le site de la Mission permanente de la République bolivarienne du Venezuela auprès des Nations Unies à Genève : http://www.onuginebra.gob.ve/
 le discours prononcé par M. Germán Mundaraín Hernández lors de la conférence : http://www.onuginebra.gob.ve/content/view/292/75/

[5] M. l’Ambassadeur fait ici allusion à la « Conférence sur le dialogue interreligieux au service de la paix » qui s’est tenue à l’ONU, en novembre 2008, à l’initiative de l’Arabie saoudite.

[6] Voir : http://www.un.org/french/durbanreview2009/pdf/final_outcome_doc.pdf

Articles Par : Silvia Cattori et Sandro Cruz

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