Le filon australien de l’uranium : Vers un monde plus dangereux

Le rôle avide de Julia Gillard

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Le parlement australien pue la cire de parquet. Les sols de bois luisent tellement qu’ils réfléchissent les portraits de genre dessins animés des premiers ministres, des juges à perruques et des vices-rois. Le long des couloirs feutrés et brillants, les murs sont décorés d’art aborigène: une peinture après l’autre comme dans une galerie monolithique, totalement coupés de leur origine, dans une brutale ironie. Le peuple le plus pauvre, le plus malade, le plus incarcérés de la planète donne une façade à ceux qui supervisent le vol de leur terre et son pillage.

L’Australie possède 40% de l’uranium mondial, la totalité en territoire indigène. La première ministre Julia Gillard revient juste d’Inde où elle a vendu de l’uraniun à un gouvernement qui refuse de signer le traité de non prolifération nucléaire (TNP) et dont l’ennemi, le Pakistan est aussi non-signataire du traité. La menace de guerre nucléaire entre ces deux pays est constante. L’uranium est un ingrédient essentiel des armes nucléaires. Le contrat de Gillard à Delhi termine de manière formelle la longue politique du parti travailliste australien de refuser la vente d’uranium aux pays qui refusent de signer le TNP et l’obligation “de poursuivre des négociations de bonne foi sur les mesures effectives en rapport avec la cessation de la course à l’armement nucléaire le plus tôt possible et le désarmement nucléaire.”

Comme les Japonais, les Aborigènes d’Australie ont fait l’expérience de l’horreur des armes nucléaires. Durant les années 1950, le gouvernement britannique a testé des bombes atomiques à Maralinga dans le sud de l’Australie. La population aborigène ne fut pas consultée et ne reçût que de maigres mises en garde voire aucune et continue de souffrir des effets. Yami Lester était un petit garçon quand il vit le flash nucléaire et en devint aveugle. La lutte permanente du peuple aborigène pour être reconnu comme étant des êtres humains a été une lutte non seulement pour leur terre, mais aussi pour ce qu’il y a en dessous, dans ses sous-sols. Comme leur statut était à peine plus élevé que celui des moutons jusqu’en 1971, et qu’à l’encontre des moutons ils n’étaient pas comptés, bon nombre de leurs modestes droits fonciers ont été corrompus ou diminués par les gouvernements successifs de Canberra.

En 2007, le premier ministre d’alors, John Howard, utilisa l’armée pour lancer une “intervention d’urgence” dans les communautés aborigènes des Territoires du Nord, riches en ressources naturelles minérales. Des histoires sordides et mensongères de cercles pédophiles furent la couverture pour l’opération, les indigènes furent avertis qu’ils ne recevraient pas les services de base s’ils n’abandonnaient pas le bail de leurs terres. Le ministre des affaires indigènes de Gillard a depuis donné à ce projet le nom orwellien de “Grands futurs”.

La tactique demande de faire en sorte que les gens se rendent dans des “villes high tech” et de refuser aux gens des logements décents ainsi les forçant à vivre à douze ou plus dans une chambre. La relocalisation des enfants aborigènes a atteint le niveau de la triste époque de la “Génération perdue” du siècle dernier. Beaucoup ne reverront sans doute jamais leur famille.

Dès que “l’intervention” fut commencée, des centaines de titres d’exploitation des terres furent données à des industries pour l’exploration minière et l’exploitation de l’uranium.

La politique contemporaine en Australie est souvent définie par le pouvoir des compagnies minières. Quand l’ancien premier ministre travailliste (NdT: équivalent du PS foie jaune de chez nous…) Kevin Rudd, proposa un impôt sur les profits records des compagnies minières, il fut déposé par une cabale d’arrière-boutique, incluant Gillard, qui réduisit l’impôt. Des câbles diplomatiques fuités par Wikileaks révèlent que deux des comploteurs contre Rudd étaient des informateurs de l’ambassade de Etats-Unis, que Rudd avait mis en colère en ne suivant pas à la lettre les plans des Etats-Unis faits pour encercler la Chine et de rendre disponible l’uranium à la vente pour des clients des Etats-Unis comme l’Inde.

Gillard a depuis retourné la relation australo-américaine à son niveau historique, de la même manière que l’était un pays satellite européen de l’URSS. La veille de l’arrivée d’Obama à Canberra l’an dernier pour déclarer que la Chine était le nouvel ennemi du “monde libre”, Gillard annonça la fin de l’interdiction par son parti sur les ventes d’uranium.

Les obsessions de l’après guerre-froide de Washington demandent aussi les services de l’Australie. Ceci inclut l’intimidation de l’Iran et la destruction de l’indépendance de cette nation, le torpillage du TNP et la prévention de l’établissement de zones non-nucléaires, qui menaceraient la dominance nucléaire dans la région des Etats-Unis et d’Israël. A l’encontre de l’Iran, signataire du TNP et grand supporter d’une zone non-nucléaire au Moyen-Orient, les Etats-Unis et Israël ne veulent pas entendre parler d’inspections. De plus ces deux pays menacent l’Iran d’une guerre, qui d’après les agences de renseignement américaines combinées, ne possède pas d’armement nucléaire.

L’inversion nécessaire de la réalité et la doctrine du double-standard demandent “un processus minutieusement orchestré”, assure un officiel australien à l’ambassade des Etats-Unis, cité par Wikileaks. D’après les câbles américains il y a des “idées australiennes” enthousiastes pour forger une information qui aidera à discréditer Mohamed El Baradei, qui en tant que directeur de l’AIEA de 1997 à 2009, a réfuté répétitivement les accusations américaines disant que l’Iran construit des armes nucléaires. Le directeur du bureau australien du contrôle de l’armement est mis en évidence comme étant un chien de garde américain, mettant en garde contre “la pente savonneuse” où s’engagent les gouvernements qui “exercent un jugement indépendant” sur les affaires nucléaires. Patrick Suckling, un autre officiel australien, a été rapporté dire aux Américains que “l’Australie désirent les sanctions les plus fortes et les plus incapacitantes contre l’Iran”. Les victimes de Sickling sont aujourd’hui des hommes, femmes et enfants ordinaires. Le 5 Octobre, l’alliance australienne contre le nucléaire, qui incorpore des groupes aborigènes à travers tout le pays, s’est rassemblée à Alice Springs. Elle a appelé à un moratoire sur toutes les exploitations et ventes d’uranium. Les femmes aborigènes ont fait une demande très spéciale à Gillard, qui a été élue par les médias blancs récemment comme une héroïne féministe. Aucune réponse n’était attendue.

Le 17 Octobre, tous les ronds de jambes et promesses de servilité à leurs puissant patrons ont fini par payer puisque l’Australie a été intronisée comme membre non-permanent du conseil de sécurité de l’ONU, connu à Canberra comme “la grande table”. Le timing est parfait. Une attaque par l’OTAN sur la Syrie ou l’Iran, ou les deux, n’a jamais été aussi proche. Une guerre mondiale pointe à l’horizon depuis la marque de 50 ans lorsque “le monde s’arrêta”, écrivit l’historien Sheldon Stern. C’était la crise des missiles de Cuba en 1962, lorsque les Etats-Unis et l’URSS furent si proches d’une guerre nucléaire. Des documents maintenant déclassifiés montrent que le président John F. Kennedy avait autorisé “à des avions de l’OTAN, pilotes turcs aux commandes, de décoller à destination de Moscou et de lâcher une bombe”.

L’écho aujourd’hui résonne on ne peut plus clairement.

John Pilger

Article original en anglais :

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Australia’s Uranium Bonanza: Making the World a More Dangerous Place, le 24 octobre 2012

Traduction : Résistance 71

 

Articles Par : John Pilger

A propos :

John Pilger is an award-winning journalist and filmmaker whose articles and documentaries have been published worldwide. For more information on John Pilger, visit his website at www.johnpilger.com

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