Le Qatar, Dracula du climat

Cette année se tiendra le QATAR MOTOR SHOW à Doha avec la participation très attendue des véhicules les plus énergivores et coûteux au monde parmi lesquels les Ferrari. Rien de bien étonnant pour la riche monarchie fossile (dans le sens également que son économie est basée sur l’extraction des combustibles fossiles/hydrocarbures). Ce qui est plus étonnant, en revanche, c’est que la pétromonarchie se soit adjugée en 2012 la dix-huitième Conférence de l’ONU sur le climat juste après l’échec de la conférence de Durban en Afrique du Sud en décembre 2011.

Le Qatar fait preuve d’un activisme international important ces derniers temps. Il a été le seul pays arabe a participer à la guerre en Lybie y compris sur le plan militaire (notamment en fournissant des armes, de l’argent et la grosse caisse de résonnance de sa chaîne de télévision Al-Jazeera). Et maintenant la Qatar est aussi très impliqué médiatiquement et financièrement dans l’offensive contre le régime de Bachar el-Assad en Syrie. Néanmoins le Qatar est à la protection du climat ce que Dracula est à la banque du sang. Pour commencer le Qatar est le pays qui a le taux d’émission de gaz à effet de serre par habitant le plus élevé au monde : 53,4 tonnes par an est le chiffre incroyable annoncé par les statistiques officielles de l’ONU soit une augmentation de 435% depuis 1990.

En comparaison, parmi les pays qui se trouvent à l’opposé et, qui plus est, sont gravement touchés par le dérèglement climatique on trouve l’Afghanistan avec 0,03 tonne par habitant, le Bangladesh avec 0,28 tonne par habitant, le lointain et sage Boutan avec 0,86 tonne par habitant et la Bolivie, grand défenseur des négociations sur le climat, avec 1,38 tonnes par habitant. Les émissions de gaz à effet de serre du Qatar dépassent celle des ses alliés au Conseil de Coopération du Golf : le Koweït, l’Arabie saoudite et les Emirats.

Alors comment expliquer les 63 millions de tonnes d’émission de gaz à effet de serre du micro Etat de l’émir Al Thani ? Il doit sa richesse à l’industrie des hydrocarbures. L’émirat, créé à l’époque par l’Empire britannique, doit presque tout importer. C’est en quelque sorte le contraire de cette usine mondiale qu’est la Chine qui, elle, assume la responsabilité des émissions de gaz liées à la production de nombreux produits manufacturés et de biens intermédiaires consommés par d’autres pays. Les émissions de gaz du Qatar s’expliquent en partie par sa consommation de combustibles fossiles / hydrocarbures sans aucun doute très élevée. Mais les émissions de gaz sont dues en premier lieu à la production, le raffinage et le transport du pétrole et à la transformation du gaz naturel qui doit être liquéfié pour le transport. Le Qatar est le principal exportateur mondial en plus de couvrir les 80% de son propre besoin en énergie.

Donc, pas étonnant que l’hôte saugrenu du sommet sur le climat 2012 fasse partie du groupe des pétromonarchies qui ont été en première ligne, dans les moments cruciaux, à faire échouer le Protocole de Kyoto, pourtant très limité. Leur seul but étant de ne pas renoncer à l’industrie des hydrocarbures. En effet, les négociateurs savaient que le Koweït, l’Arabie saoudite et les autres, inventaient chacun à leur tour un vice de procédure pendant les longues et exténuantes négociations à chacune des conférence dans le but de tout réduire à zéro.

Mais, comme l’expliquait récemment dans The Guardian le journaliste britannique et expert en environnement George Monbiot, l’Occident ne soutiendra certes aucun mouvement démocratique dans les monarchies du Golfe parce que ces monarchies sont les plus flexibles et les plus complaisantes dans leur offre. De plus, plus elles constituent d’excellents clients pour le marché de l’armement.

Il n’y a pas si longtemps, lorsque le vent du “printemps arabe” semblait souffler sur le Moyen-Orient, la Société Générale, banque française, avait mis en garde qu’une révolte en Arabie saoudite entraînerait une hausse du prix du baril qui atteindrait 200 dollars. Un prix si élevé “ferait tomber les gouvernements des démocraties occidentales”. Même si cela devait être bénéfique pour le climat. 

Source originale : Il Manifesto

Traduit de l’italien par Carolina Badii pour Investig’Action


Articles Par : Marinella Correggia

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