Les armateurs remercient le réchauffement climatique

Passage du nord-est (rouge) Voie maritime actuelle (bleu)

C’est une première, et certainement pas la dernière. Samedi, un bateau immatriculé à Hong-Kong, le Nordic Barents, va appareiller de Norvège pour rejoindre la Chine, traversant la toute nouvelle voie maritime dite du « Passage du nord-est ».

L’évènement est de taille. Jusqu’à présent, il fallait s’astreindre à deux conditions pour espérer emprunter la voie royale. Soit votre bateau battait pavillon russe soit, pour les cargos étrangers, la marchandise devait inévitablement être déchargée en Russie. Autant dire que Moscou tenait la dragée haute aux autres concurrents. Si l’utilisation de cette nouvelle route commerciale s’ouvre progressivement aux étrangers, la Russie maintient son avance. En effet, le Nordic Barents va être accompagné par deux brise-glaces russes, indispensable pour tracer un chemin à travers la banquise, menace constante contre les bateaux trop fragiles.

Il y a encore une vingtaine d’années, imaginer un navire utilisant ce passage relevait du pur fantasme industriel, tant la glace était solide. Mais entre-temps, le réchauffement climatique a fait son œuvre. Depuis le début des années 80, l’extension de la banquise (avancement ou recul lors du regel) est en déclin. Une véritable aubaine pour tous les armateurs. Selon Nordic Bulk Carriers, entreprise propriétaire du cargo, cette nouvelle route maritime permettrait de réduire à la fois les coûts, la distance et la durée du voyage par rapport à la précédente voie utilisée passant par le canal de Suez. C’est aussi une formidable ouverture pour certains pays, tel la Norvège ou la Suède, vers de nouvelles destinations commerciales. On pense bien évidemment à la Chine et au reste de l’Asie. Un bémol toutefois, ce passage n’est pas ouvert toute l’année. Au plus fort de l’hiver arctique, la banquise est trop résistante, même pour les navires « de classe glace » (capable de transpercer une fine couche de gel).

Mais ce déferlement d’enthousiasme masque une réalité plus dangereuse. À terme, la banquise pourrait disparaître entièrement pendant l’été dans les décennies à venir si le réchauffement climatique se poursuit. Sans imaginer de scénario catastrophe, on ne peut douter d’un impact sur notre écosystème. De plus, avec la multiplications de navires dans cette zone, la pollution risque de grimper en flèche. Dans un entretien accordé au site TF1 News, Anaïz Parfait, chargée de la campagne climat pour Greenpeace France, nous prévient. « Les conséquences environnementales d’une marée noire dans l’Arctique seraient bien plus graves que dans les zones chaudes comme le golfe du Mexique ». En sus du risque d’un accident pour un pétrolier, le sous-sol de l’Arctique contiendrait des centaines de millions de barils de pétrole. La période de forage étant conditionné à la durée de l’été, le risque d’incident peut-être élevé en cas de brusque refroidissement. Les industriels prendront-ils le risque d’une marée noire en arctique ?


Articles Par : Matthieu Alexandre

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