Les États-Unis pris dans l’engrenage du militaire

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Le budget de la Défense est à son plus haut niveau depuis 1945. Pourtant, l’augmentation constante des dépenses militaires n’a pas amélioré la sécurité des Américains. Explication d’un cercle vicieux.

Le Pentagone vient de dévoiler son projet budgétaire pour 2009. Il sera de 515 milliards de dollars, non compris le coût des guerres en Irak et en Afghanistan. L’an dernier, le total des dépenses militaires avait atteint le pic de 600 milliards de dollars, qui devrait donc être dépassé. Ajusté à l’inflation, le budget de la Défense américain est à son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les Etats-Unis dépensent plus pour la défense aujourd’hui que lors de la guerre froide. En raison de la forte croissance de l’économie américaine, qui a crû plus rapidement que les dépenses militaires, la part de ces dernières dans le PNB du pays a diminué. Washington y consacrait 14% du PNB national lors de la guerre de Corée, et 9% lors de la guerre au Vietnam, contre 4% de nos jours.

Pourtant, on peut se demander si ces chiffres ne sont pas irrationnels, au vu des besoins sociaux et de la récession qui menace. On est bien loin du débat sur les «dividendes de la paix» ouvert après la chute du mur de Berlin. Les Etats-Unis sont responsables, à eux seuls, de près de 50% des dépenses militaires dans le monde, du jamais-vu dans l’histoire de l’humanité. Les autres pays suivent, forcément, loin derrière. Les plus dépensiers sont des alliés de Washington.

Le Royaume-Uni se classe deuxième avec 55 milliards de dollars, suivent la France (45 milliards), le Japon (41) et l’Allemagne (35). Officiellement, ses rivaux, les Chinois et les Russes, consacrent respectivement 35 et 24 milliards à leurs armées. Même si ces chiffres sont sous-estimés, ils restent loin de celui des Etats-Unis. Les pays potentiellement ennemis sont encore plus loin. L’Iran a un budget de défense de 6,6 milliards de dollars (donc un ratio de 1 à 100), la Corée du Nord de 2,3, et le Venezuela de 1,6.

Malgré l’augmentation constante des dépenses militaires, la sécurité du pays n’a en rien été améliorée. Michael McConnell, directeur des services de renseignements américains, a admis devant des sénateurs qu’Al-Qaïda se renforçait et améliorait ses capacités de recrutement, d’entraînement, et même d’attaque sur le territoire américain. Les Américains sont pris dans un cercle vicieux.

Puisqu’ils augmentent sans cesse leur puissance militaire, ils privilégient les solutions militaires plutôt que des solutions politiques. Mais en donnant trop souvent la primauté aux options militaires, les Américains sont perçus comme agressifs, dangereux. Ils développent des rancoeurs, des haines, à leur encontre.

Le problème est que les menaces ne viennent plus tant des Etats-nations que d’acteurs infra-étatiques, contre lesquels les bombes nucléaires et les bombardiers ont peu d’effet. Il serait moins coûteux, plus fructueux, pour les Etats-Unis de réfléchir aux causes du terrorisme, plutôt que de se contenter d’en combattre les conséquences dans une guerre sans fin qui se nourrit elle-même. Les propos d’Eisenhower dénonçant en 1960 le complexe militaro-industriel résonnent singulièrement.


Pascal Boniface
, directeur de l’institut des études internationales et stratégiques

Articles Par : Pascal Boniface

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