Liban : Les énièmes faux calculs de la coalition pro-occidentale

Une fois de plus, la coalition pro-occidentale du 14-Mars a fait de mauvais calculs. Elle a cru pouvoir pousser le gouvernement de Najib Mikati à la démission, en exerçant une pression populaire à travers le rassemblement du dimanche 27 novembre à Tripoli, et en appelant de ses vœux des pressions diplomatiques étrangères, dans le cadre de l’affaire du financement du Tribunal spécial pour le Liban (TSL).

Cette coalition s’est même crue à deux doigts de concrétiser son rêve lorsque le Premier ministre a menacé de démissionner si le financement du TSL était rejeté. Mais comme d’habitude, les paris du « 14-Mars » se sont avérés perdants. Le « grand rassemblement » de Tripoli était en réalité une « petite réunion », qui n’a rassemblé que quelques milliers de personnes, en dépit des moyens colossaux déployés sur les plans financiers et médiatiques.

Pendant dix jours, les responsables du « 14-Mars » ont occupé toutes les chaînes de télévision pour mobiliser les masses dans le chef-lieu du Liban-Nord, le fief de Najib Mikati. Cependant, les foules n’étaient pas au rendez vous. A la dernière minute, le « Courant du futur » de Saad Hariri a dû se rabattre sur le Akkar, à coups de bus spécialement affrétés. Pour leur part, les partisans annoncés des Forces libanaises et des Kataëb étaient totalement absents, n’osant pas faire le déplacement. Les campagnes médiatiques annonçant la présence physique de Saad Hariri et de Samir Geagea au meeting n’auront pas réussi à déplacer les foules.

Le « Courant du futur » a une fois de plus fait preuve d’une méconnaissance totale de la dignité et de l’état d’esprit des citoyens de Tripoli. Pour eux, Geagea reste l’assassin d’une figure historique de la région, Rachid Karamé, tué en juin 1987 dans l’explosion d’une bombe placée par des partisans de Geagea à bord de son hélicoptère. Pour sa part, Amine Gemayel était président de la République à cette époque et pour les Tripolitains, il reste responsable de l’impunité des assassins de Rachid Karamé. Arrivé à quelques kilomètres de Tripoli, il a dû rebrousser chemin après avoir reçu un appel téléphonique lui déconseillant de poursuivre son chemin en raison de la faible mobilisation et de l’ambiance hostile à sa présence dans la ville.

La majorité des habitants de Tripoli a donc montré qu’elle ne veut pas être utilisée pour attiser les conflits internes et comme tremplin pour pousser le fils de la ville, Najib Mikati, à la démission et faire entrer ainsi le Liban dans une zone de turbulences destinée en principe à nuire au régime syrien, mais touchant en fait le Liban.

Concernant le financement du TSL, Najib Mikati a trouvé une formule qui concilie son souci de ne pas placer le Liban en porte-à-faux avec la « communauté internationale », et le refus catégorique du Hezbollah et du général Michel Aoun de financer ce tribunal, jugé « politisé et anticonstitutionnel ». Quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir de la décision de M. Mikati, force est de reconnaitre qu’elle brise le rêve du « 14-Mars » d’utiliser cette question pour mobiliser l’Occident contre le Liban et le convaincre d’imposer des sanctions ou de prendre des mesures de rétorsion.

A cet égard, le Hezbollah et le général Aoun ont fait preuve d’un sens patriotique aigu et d’une grande flexibilité. Tout en réaffirmant leur refus de principe de financer le TSL, ils n’ont pas mis les bâtons dans les roues du Premier ministre, du moment que la question du financement n’a pas été débattue en Conseil des ministres.

Résultat de ce nouvel épisode du bras de fer : le gouvernement sort renforcé ; Najib Mikati voit sa popularité grandir chez les sunnites au détriment de Saad Hariri ; le Hezbollah peut se réjouir d’avoir préservé la stabilité du Liban à un moment ou l’Occident souhaite l’utiliser comme base arrière dans sa bataille contre la Syrie ; Michel Aoun voit son exigence de se pencher sur les dossiers socio-économiques satisfaite.

Le grand perdant est le « 14-Mars », incapable de mobiliser des foules et encore moins de déstabiliser le gouvernement de Najib Mikati.

New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 60, 5 décembre 2011.

Pierre Khalaf :  Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

Articles Par : Pierre Khalaf

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