Libye, Afghanistan… La guerre à tout prix

Le surcoût entraîné par les engagements militaires de la France risque de dépasser 
le milliard d’euros. Des chiffres que le gouvernement se garde bien de communiquer.

Chasser le Kadhafi en Tripolitaine et guerroyer en Cyrénaïque n’entraînent, à en croire Gérard Longuet, aucune dépense supplémentaire pour la France. L’intervention en Libye « reste à l’intérieur de l’enveloppe budgétaire des opérations extérieures (Opex) », dont le budget 2011 « est estimé à 900 millions d’euros », a claironné le ministre de la Défense ce week-end dans les colonnes du Parisien. Une rengaine qu’il dégaine chaque semaine depuis le début de l’opération, le 19 mars.

Général de réserve de l’armée de l’air et chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), Jean-Vincent Brisset opine du chef :« La France n’engage en Libye que vingt-cinq avions assurant leurs missions depuis leurs bases françaises. Cette intervention est relativement peu coûteuse. » Un feu de paille qui aurait tout de même coûté 4 millions de dollars par jour à l’US Air Force jusqu’au retrait de ses avions. Soit une facture totale dépassant les 608 millions de dollars au 4 avril.

Côté français, la grande muette refuse de présenter l’addition. Ne reste donc qu’à résoudre un bon vieux problème de mathématique. Combien va-t-on payer l’enlisement libyen sachant que l’heure de vol d’un Rafale et d’un Mirage 2 000 est évalué entre 11 000 et 13 000 euros et que la France assure, selon le ministre, 20 à 25 % des 150 sorties aériennes effectuées chaque jour d’une durée minimale de deux heures ?

La centaine de sorties des chasseurs français n’est pourtant pas le plus onéreux. « Le déploiement dans la zone du porte-avions Charles-de-Gaulle s’évalue en millions par semaine », raconte Jean-Vincent Brisset ; 45 000 euros par heure, disent d’autres experts. Et chaque tir de missile de croisière Scalp, dont le nombre n’a pas été communiqué, est évalué à 750 000 euros. À cela s’ajoutent les 50 000 euros qui partent en fumée dès qu’explose une bombe à guidage laser, indispensable pour limiter les dommages collatéraux.

Ces dépenses s’ajoutent aux opérations extérieures existantes, qui ont coûté 866 millions d’euros en 2010. Le retrait progressif des Balkans, l’an dernier, a été compensé par le renforcement de troupes sur le théâtre afghan en 2010 (4 545 soldats), qui avale à lui seul un demi milliard d’euros. La question n’est donc pas de savoir si l’enveloppe des 900 millions d’euros prévue pour les Opex en 2011 sera dépassée, mais quand elle le sera.

De plus, ce budget ne représente pas l’ensemble des frais engagés par les 10 000 soldats français opérationnels sur la planète. Comme l’indique un rapport parlementaire datant de 2009, il ne recouvre que les surcoûts, à savoir les primes qui s’ajoutent aux soldes, l’installation de matériels supplémentaires, ou les réparations compte tenu de l’usure accélérée des véhicules. En Libye, le coût des munitions en sera décompté, mais pas le coût « normal » des unités mobilisées pour cette opération.

Pour alléger la note, Gérard Longuet ne refusera donc pas les 50 millions d’euros promis par l’ONU pour l’application de la résolution 1973. Une goutte d’eau qui n’infirme pas le constat d’ensemble : la France va payer très cher les ambitions guerrières de ses dirigeants.

Pierre Duquesne

Articles Par : Pierre Duquesne

Sur le même sujet:

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: media@globalresearch.ca

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

For media inquiries: media@globalresearch.ca