L’ultimatum de guerre de Netanyahou à l’ONU

Israeli Threats to Wage War on Iran and the U.S. Elections

Le discours belliqueux et provocateur prononcé jeudi 27 septembre par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou devant l’Assemblée générale des Nations unis a mis en évidence le fait que les projets pour une attaque militaire non provoquée contre l’Iran étaient très avancés.

Netanyahou a fixé une date butoir de quatre à neuf mois après les élections américaines en novembre pour le lancement d’une guerre, apparemment pour détruire les installations d’enrichissement d’uranium de l’Iran. Il a dit en montrant une bombe avec une mèche allumée grossièrement dessinée, « Au rythme où ils poursuivent actuellement l’enrichissement, ils finaliseront l’enrichissement moyen et pourront passer à l’étape finale au printemps prochain, au maximum l’été prochain… La ligne rouge devrait être tracée exactement ici, avant que l’Iran n’achève la deuxième étape d’enrichissement nucléaire nécessaire à la fabrication d’une bombe. »

C’était un ultimatum à l’adresse de l’Iran d’abandonner son programme d’enrichissement nucléaire ou d’avoir à faire face à de massives représailles exercées par Israël et les Etats-Unis. Netanyahou qui a critiqué le gouvernement Obama pour avoir retardé une action militaire contre l’Iran, a souligné dans son discours devant l’ONU la convergence de vues entre les Etats-Unis et Israël.

Le but de « mettre un terme au programme d’armes nucléaires de l’Iran, » a-t-il dit, unit « tout autant les Démocrates que les Républicains. » Il s’est exprimé deux jours après que le président Obama a prononcé son discours devant l’Assemblée générale en déclarant, « un Iran doté de l’arme nucléaire n’est pas un défi auquel nous pouvons faire face… Les Etats-Unis feront ce qu’ils devront pour empêcher l’Iran d’obtenir une arme nucléaire. »

Netanyahou a cherché à donner l’impression qu’il serait prêt à renoncer à une frappe israélienne contre l’Iran avant les élections américaines en échange d’un engagement clair de la part de Washington de lancer une guerre l’année prochaine.

Son discours a démontré le caractère criminel de la politique étrangère tant d’Israël que des Etats-Unis. Il a présenté Israël – qui poursuit une occupation illégale de la Palestine et qui a attaqué tous les Etats arabes voisins durant son existence relativement courte – comme étant la victime et l’Iran – qui n’a jamais attaqué Israël – comme étant l’agresseur.

Il a exigé que l’Iran abandonne un programme d’enrichissement nucléaire qui est totalement légal en vertu des termes du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) alors qu’Israël a refusé de signer le traité et a construit illégalement environ 400 ogives nucléaires. Ni Israël ni les Etats-Unis ni l’Agence internationale de l’énergie atomique n’ont présenté la preuve qui contredit les affirmations de l’Iran de développer de l’énergie nucléaire à des fins civiles. Les Etats-Unis admettent que l’Iran ne possède pas d’armes nucléaires et n’a pris aucune décision d’en construire.

La guerre préparée par les Etats-Unis et Israël est une guerre d’agression, une soi-disant « guerre préventive » – une chose ouvertement adoptée comme politique par le Troisième Reich nazi dans les années 1930 et 1940 et condamnée par le Tribunal de Nuremberg comme crime de guerre. Elle a été interdite dans les documents constitutifs de l’ONU elle-même.

Après le discours de Netanyahou, lui et Obama se sont déclarés foncièrement d’accord pour ce qui était de leur confrontation de l’Iran. Le candidat présidentiel républicain, Mitt Romney, a couvert le discours d’éloges.

Le premier ministre israélien a dit samedi à la presse israélienne qu’il avait eu « un entretien assez long » avec Obama, et suivi par une « réunion en tête à tête avec Clinton [la secrétaire d’Etat]. » Il a ajouté, « Nos équipes vont se rencontrer au plus haut niveau hiérarchique. Je pense qu’Israël et les Etats-Unis peuvent parvenir à des conclusions bien plus concrètes que les commentateurs ne peuvent le penser. »

Ces déclarations suggèrent que des engagements ont été pris par le gouvernement Obama avec le soutien bipartite des Républicain et qui sont dissimulés à la population américaine. L’ensemble de la campagne électorale est menée sans qu’un débat sérieux n’ait lieu sur la probabilité d’une guerre contre l’Iran et ses implications pour les Etats-Unis, l’Iran et le monde.

Il y a une conspiration du silence, maintenue par les deux partis politiques et les médias, malgré une opposition populaire d’ensemble contre une nouvelle guerre au Moyen-Orient, pour entraîner la population américaine précisément dans une telle catastrophe.

Entre-temps, les Etats-Unis, Israël et les pays alliés sont en train d’exécuter des manoeuvres dans le Golfe persique dans le cadre de préparatifs pour une frappe militaire. Jeudi 27 septembre, les forces navales de 25 pays ont achevé un simulacre de bataille dans ce qui était la plus grande manoeuvre militaire ayant eu lieu dans le Golfe. Faisaient partie de l’armada, aux côtés des Etats-Unis entre autres la Grande-Bretagne, la France, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis.

Ce mois-ci, les Etats-Unis et Israël réaliseront des jeux de guerre impliquant des attaques simulées contre l’Iran et la Syrie. Selon le journal israélien Maariv, ces manœuvres ont été baptisées « répétition générale. »

Selon divers articles de presse, un assaut lancé par les Etats-Unis sera tout sauf étroitement ciblé et bref. Les journaux israéliens parus en août avaient rapporté que le conseiller américain à la Sécurité nationale, Thomas Donilon, avait informé Israël de projets américains débutant avec le lancement initial de centaines de missiles de croisière pour démolir les « défenses aériennes, les bases de renseignement et les postes radar de l’Iran. » Ceci serait suivi par une vague de bombardiers B-52 qui largueraient des « bombes à charge pénétrante [bunker-buster bombs] sur toutes les facilités nucléaires iraniennes. »

Un groupe de réflexion influent de l’armée et du renseignement de Washington, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) a publié le mois dernier une longue analyse sur l’ampleur éventuelle de l’attaque américaine contre l’Iran. Le rapport a énuméré huit bases de missiles et douze installations industrielles et de recherche qui seraient bombardées, en plus des cinq principaux sites nucléaires de l’Iran.

Il y a un réel danger que les Etats-Unis ou Israël ne recourent à des armes nucléaires. Un article de presse a indiqué qu’Israël avait renforcé sa force sous-marine qui serait équipée d’armes nucléaires.

Dimanche, un certain nombre de signataires d’une récente étude sur les implications d’une attaque américaine contre l’Iran, diffusée par l’Iran Project, a publié une rubrique dans le Washington Post et réclamé un débat public avant toute action militaire. Les auteurs de la rubrique comprenaient l’ancien dirigeant de l’US Central Command, l’amiral à la retraite, William Fallon, l’ancien sénateur républicain Chuck Hagel, l’ancien membre du congrès Lee Hamilton et un autre ancien commandant du Commandement central, le général de marine à la retraite, Anthony Zinni.

La rubrique a averti de ce qu’une attaque des Etats-Unis contre les installations nucléaires iraniennes pourrait rapidement dégénérer en un déploiement de troupes américaines au sol et déclencher une guerre régionale « impliquant la Syrie, le Hezbollah, les Palestiniens et d’autres Etats arabes et groupes terroristes. »

Une fois de plus, après l’Afghanistan, l’Irak et la Libye, la population américaine est précipitée dans une guerre criminelle sur la base de faux prétextes et de mensonges – cette fois-ci contre un pays dont la population est plusieurs fois supérieure à celles des cibles précédentes. Et ce, dans des conditions où les tensions – d’ordre social, national, religieux et sectaire – sont plus explosives encore dans tout le Moyen-Orient et l’Asie centrale.

Comme dans le cas des guerres précédentes du vingt et unième siècle, les véritables objectifs de la guerre sont cachés. L’Iran est ciblée non pas en raison de son programme nucléaire mais en raison de ses vastes ressources pétrolières et parce qu’elle est présumée être le plus grand obstacle régional à l’hégémonie américaine au Moyen-Orient et en Asie centrale. Les Etats-Unis sont déterminés à monopoliser le contrôle des ressources pétrolières mondiales dans le but de compenser leur déclin économique dans le monde et d’affaiblir la position de leurs principaux rivaux, en premier lieu la Chine.

La population américaine a le droit de connaître quels sont les projets de conquête et de meurtre de masse qui sont en train d’être tramés dans son dos ! Elle devrait exiger des comptes au gouvernement et aux deux candidats présidentiels des partis du grand patronat.

L’unique force sociale capable de stopper les fauteurs de guerre et de les désarmer est la classe ouvrière. La lutte contre la guerre requiert la construction d’un mouvement de masse socialiste et internationaliste pour mettre un terme au système capitaliste qui engendre la guerre et la répression.

 

Article original, WSWS, paru le 1er octobre 2012

Articles Par : Barry Grey

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