Madeleine Parent – L’inspirante

Madeleine Parent - L'inspirante

Les monuments de notre histoire, souvent, parlent fort, sont éclatants, excentriques, mythiques, idolâtrés. Même dans la vie de tous les jours, ils ne passent pas, ne passaient pas, inaperçus.

Il faudra bien pourtant apprendre à construire d’autres statues maintenant que Madeleine Parent, la menue, la discrète, est disparue. Se rappeler que le courage, celui d’affronter un Duplessis et de porter le syndicalisme dans des lieux qui y étaient réfractaires, n’est pas synonyme de grosse voix, de gros bras. C’est un message immense que de souligner ce qu’une force tranquille peut accomplir quand entrent en jeu des convictions profondes.

Il est difficile aujourd’hui d’imaginer ce que fut d’être une Madeleine Parent. Quelques mots de Monique Simard le résument le mieux: «Elle avait choisi son camp et n’y a jamais dérogé.» Oui, elle avait rompu avec son confortable milieu social, n’avait pas eu d’enfants, pas connu la richesse, ni les honneurs. Mais en face, il y avait vraiment un autre camp, sur lequel on pouvait bâtir une vie, trouver l’amour, l’amitié, la reconnaissance: celui de l’action collective. Madeleine Parent a donc pris fait et cause pour les ouvriers, les femmes, les autochtones, les immigrants, les oubliés — et la souveraineté du Québec. Sur le terrain, toujours, et sans avoir peur des durs revers que la lutte entraîne, qu’il s’agisse d’être emprisonnée ou d’entendre les pires rumeurs sur sa vie privée.

Ce modèle s’est perdu au cours des dernières décennies: on est plus prudents aujourd’hui, on se ménage davantage. Et l’action collective ne se vit plus comme une totalité. Il est à cet égard fascinant de lire les questions, fort légitimes, que pose Nicole Lacelle dans ses Entretiens avec Madeleine Parent et Léa Roback, publiés en 1988 aux Éditions du Remue-ménage. Vous, Madeleine Parent, n’avez-vous jamais été en burn-out, regretté de ne pas avoir eu d’enfants, eu peur d’être rejetée, peur tout court? Avez-vous mal vécu les 15 ans où vos luttes n’avançaient pas; d’être en «mobilité sociale descendante»; de voir certains s’attribuer le mérite de vos luttes? Et le vrai pouvoir, ça vous aurait plu?

À tout cela, Madeleine Parent répond non, non, non. Abandonner, regretter, mais pourquoi donc? L’espoir la portait, des amis, des ouvrières l’entouraient, et il n’était que normal de chercher à vivre selon ses convictions. Les gens de son milieu ne pouvaient la comprendre, «alors je ne les voyais plus, c’est tout. Et j’étais tellement occupée…». Car l’injustice ne fait jamais de pause, n’est-ce pas?

C’est une grande exigence que de chercher à mener une vie aussi cohérente, qui résiste au chant des sirènes de la popularité, du confort, des compromis, de sa place dans l’histoire. Qui ne se grise pas non plus de sa marginalité. Mais cela simplifie le message: sa présence à une manifestation n’avait qu’un sens — que la cause était juste. Et que la justice appelle l’action, pas seulement les beaux discours, et qu’on y mettra le temps qu’il faudra. À défaut d’un modèle à suivre, cela reste une inépuisable source d’inspiration. Et a sa place dans les livres d’histoire.

Articles Par : Josée Boileau

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