Matières premières : Les États-Unis à nouveau très intéressés par l’Afrique

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La décision a été dévoilée au début de ce mois et montre bien l’importance stratégique de l’Afrique pour les États-Unis. C’est la première réorganisation de la structure de commandement de l’armée américaine sur le plan mondial depuis 1946. La nouvelle structure a été baptisée African Command et reprend une partie des tâches de l’EUCOM, le commandement installé à Stuttgart.

Au cours de la dernière période de préparation, la part des opérations dirigées en Afrique par l’EUCOM est passée de presque rien en 2003 à 70% en 2006 [1]. La majeure partie de ces activités se déroule en Afrique occidentale et plus précisément dans le golfe de Guinée, entre la Côte d’Ivoire et l’Angola, une région riche en pétrole. Le gouvernement américain s’attend à ce que 25 % des importations américaines en pétrole viendront de cette région, vers 2015 (19 % aujourd’hui). Entre 1995 et 2005, les grandes compagnies pétrolières américaines ont investi plus de 40 milliards de dollars, dans cette région. Entre 2005 et 2010, 30 autres milliards sont encore prévus [2]. Le pétrole est une première raison importante de l’accroissement de l’intérêt stratégique de l’Afrique.

La Chine inquiète les USA

Une seconde raison, c’est la présence accrue de la Chine en Afrique, comme le disent les experts américains du Council on Foreign Relations : « La Chine a modifié la situation stratégique de l’Afrique. Sur tout le continent, elle est en quête de richesses naturelles, elle dame le pion aux entreprises occidentales dans les grands travaux d’infrastructure, elle fournit des prêts avantageux[3].» Actuellement, plus de 25 % des importations chinoises en pétrole viennent déjà d’Afrique. Ces dernières années, le commerce entre la Chine et l’Afrique a triplé, passant à 37 milliards de dollars, faisant de la Chine le troisième partenaire commercial de l’Afrique après les États-Unis et la France [4].

L’African Command doit aborder de façon plus centralisée et plus efficace la présence militaire en Afrique, de façon à multiplier et faciliter désormais des expéditions militaires comme celle qui a eu lieu en Somalie, voici quelques semaines, lorsque des avions américains ont mitraillé des centaines de paysans somaliens dans le vain espoir d’éliminer trois membres d’al-Qaïda.

Mais, avec la mise en place de l’African Command, les dirigeants américains ont encore de plus grandes ambitions. Une étude de l’armée américaine sur ce même African Command constate : « Ce qui manque aujourd’hui, en Afrique, c’est un mécanisme continental de stabilisation. Plusieurs tentatives ont bien été faites pour mettre sur pied des organisations régionales, comme la Communauté économique des États ouest-africains (ECOWAS) ou l’Union africaine. Mais ces organisations ont été marginalisées vu l’absence d’un soutien solide de la part des pays développés. Les Nations unies essaient sans y parvenir d’unir le monde pour aborder les grands problèmes de sorte que l’Afrique puisse aller au devant d’un avenir pacifique. » L’étude conclut : « La meilleure façon de montrer au monde que les États-Unis sont vraiment en phase avec l’Afrique consiste à installer un Commandement africain comme seule structure de commandement pour l’ensemble du continent africain [5]. »

Le général Jones, qui a préparé la mise en place de l’African Command, a constitué un groupe d’étude à Stuttgart. Quinze agences et services du gouvernement américains, de même que la chambre de commerce américaine pour l’Afrique, y ont participé. « Le combat du 21e siècle en Afrique consistera à coordonner tous les éléments pouvant avoir une influence nationale. » Autrement dit, l’African Command de l’armée américaine devient non seulement le chaînon central du contrôle militaire de l’Afrique, mais aussi
celui du contrôle politique et économique du continent.

NOTES

[1] Wall Street Journal, 25 avril 2006
[2] The Monthly Review, septembre 2006
[3] Council on Foreign Relations, More Than Humanitarism : A strategic US approach towards Africa (Conseil des relations extérieures. Plus que de l’humanitarisme : une approche stratégique américain en Afrique), 2006. 
[4] The Monthly Review, septembre 2006. 
[5] Lieutenant-colonel Paul P. Cale, African Command – the newest combattant command, US Army War College, 18 mars 2005.


Articles Par : Tony Busselen

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