Mohammed Merah, l’ouvrage de la surface enregistreuse

L’ « œuvre » a procuré un embrasement médiatique éphémère.

Elle a puisé sa substance dans le matériau même de la vie ravie échappée des orifices d’un feu jailli de quelques mètres d’elle, le coup à bout portant.

Par quelque morceau que se prenne le récit, il en subsistera des fragments épars qui ne s’y colleront pas.
Comment rassembler en un même déroulement un séjour en Afghanistan et un passage par Tel Aviv ?

La crête teinte en rouge vif du jeune punk et client de boîte de nuit et l’immense Coran qui décore la chambre.

La plainte déposée par la mère d’un jeune voisin il y a quelques mois et la réputation d’un garçon doux et serviable.

Mohammed Merah, l'ouvrage de la surface enregistreuse

Photo Carré d’Info

L’allégation d’un séjour en hôpital psychiatrique et son inscription sur la « no fly » liste des services de renseignements étasuniens.

L’usage du téléphone cellulaire de son frère et son appartenance à une nébuleuse internationale richement dotée en moyens logistiques.
Son marquage par la DCRI et l’importance de l’arsenal accumulé sans provoquer une alerte.

Juxtaposition de signifiants majeurs pour l’époque présente, chacun irradiant sa propre constellation de référents, sans copule logique entre eux qui les lieraient pour produire le roman idéologique agréable aux mass media.

La nature de ses victimes, soldats français de confession musulmane, écoliers franco-israéliens juifs, n’autorise pas une interprétation confortable de cette folie meurtrière.

Le dispositif Mohammed Merah est l’indice de la dissolution du Sujet.

L’ancienne monade animée par un sens et obéissant à des motivations enchaînées dans une histoire personnelle n‘a plus cours dans les traités post-modernes d’ontologie, car n’est plus l’Histoire selon un décret récent.

La composition Merah peut être vue comme un collage de matériaux hétérogènes, ficelles, ferblanterie, peinture acrylique rutilante projetée sur un panneau désarticulé en plusieurs volets, paravent à une scène vide d’acteurs, de metteur en scène et d’auteur.

Mohammed Merah se lit selon une succession de tableautins délivrés par la messe cathodique du journal de 20 heures, explosion d’émotions codifiant la pensée et régissant les conduites. Mohamed Merah, interprète de l’hétéroclite non métabolisable et indigeste du JT, est le produit de l’Industrie de l’information et de l’usinage des consciences.

Ses injonctions insistantes à l’enfermement dans un pur présent emprisonnent le spectateur de sa propre vie dans une schizophrénie qui le fait osciller d’une angoisse organisée en panique dévastatrice à l’exaltation euphorique tout autant déstructurante.

Anders Behring Breivik et Mohammed Merah restituent de façon brutale et abrupte les incohérences du discours courant tronqué de sa capacité narrative et historique et de la religion ambiante qui s’en dégage, celle du seul tout de suite et maintenant. Leurs gestes ne les définissent pas selon l’acte sartrien plein qui les existentialiserait, ils ne fondent aucune morale ni esthétique libératrice. Ils ne font que reproduire à la manière du photocopieur, sans aucun égard au contexte, des morceaux d’anthologie de l’Information génératrice de consensus autour de slogans, petits éclats diffusés à ficher dans les mémoires entre deux messages publicitaires.

Quelques tragiques heures de gloire.

Son nom, intensément cité ces derniers jours comme l’avait imaginé Andy Warhol, sera bientôt enfoui sous l’oubli. Qui se souvient précisément de celui du tueur norvégien de juillet 2012 ?

Ces dernières décennies, la politique régresse au rang de fait divers et chaque fait divers porte à son plus haut point d’incandescence la vérité des politiques erratiques, ou tout simplement de leur absence, faite par des gouvernants dont le dispositif démocratique merveille sans nulle autre pareille nous équipe.

Deux évidences émergent de l’interlude imposé par la bouffée délirante de Mohammed Mehra à cette campagne électorale atone rythmée par les résultats de sondage effectués auprès d’internautes rémunérés pour leur peine.

Le Sortant a été élu il y a cinq ans pour ses prétentions sécuritaires. La France mise en danger par ses cailleras sera nettoyée au Karcher. Le dragon terroriste, menace existentielle majeure, sera terrassé sous le glaive renforcé et unifié du Renseignement intérieur et extérieur, annonce faite solennellement lors de la publication du Livre Blanc de la Défense en 2008.

Le meilleur d’entre eux, Alain Juppé, laisse échapper qu’il faut faire le constat d’une faille dans le dispositif de ce Renseignement. La nonchalance des services vis-à-vis des projets d’un individu surveillé qui laisse plus de traces que le Petit Poucet quant à ses intentions sacre l’action du Sortant comme une faillite.

Et pour peu qu’on veuille bien la considérer, la deuxième évidence trop exposée comme la Lettre volée pour qu’on daigne la remarquer, c’est que cet acte pointe la politique étrangère de la France. Mais que fait donc l’armée française en Afghanistan ? Qu’a donc été la réaction de la diplomatie française ou de sa Défense quand l’armée alliée sous l’autorité de laquelle servent les unités françaises massacre ignominieusement sans vergogne des civils afghans ?

Mais de cela, la démocratie que le monde barbare nous envie n’en débattra pas.

Car elle est vouée à l’amnésie. Les attentats du 11 mars 2004 à Madrid ont produit un effet indésirable non prédictible, la non reconduction au pouvoir de l’équipe gouvernementale de José Maria Aznar, l’homme de droite aux accointances multiples avec le régime de Franco.

Cette démocratie de la Représentation, théâtre sans tréteaux, est utilement portée par la métaphore du mur rideau miroir des bâtiments et des tours infligés aux espaces modernes inhabitables de nos villes. Les immeubles se réfléchissent, de façon déformée, indéfiniment entre eux, légitimant le discours redondant fermé sur lui-même.

Il génère un vertige démultiplié pour qui a encore le sens de la verticalité et de la gravitation quand il ne valide que la seule dimension admise de notre modernité et de nos valeurs enviées, la superficialité, la surface abîmée dans la contemplation d’elle-même.

Articles Par : Badia Benjelloun

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